‹ Le général Hoche à QuiberonChapitre 10 sur 38 · LA RUPTURE DE LA PACIFICATION · texte numérisé non relu

LA RUPTURE DE LA PACIFICATION

Le 13 mai, réapparaissait, dar>s la Manche, une rlotte anglaise de 23 navires qui, après avoir enlevé un convoi sorti de Cherbourg, descendait vers- la Bretagne. Elle passait devant le cap Fréhel, et faisait la chasse à une corvette qui se réfugiait au fond de la baie de la Fresnaye. Sur les batteries de la côte elle lançait plus de 500 boulets, que les hommes et les femmes du voisinage ramassaient, pour les renvoyer à Tennemi, en en chargeant une pièce « traînée par eux-mêmes de plus d'un quart de lieue ».

Le Comité de Salut public, très inquiet, se décida, le 20 mai, à ordonner aux trois armées des côtes de Cherbourg, des côtes de Brest et de l'Ouest d'exécuter, par grandes masses, des marches combinées dans le but de mettre immédiatement fin « aux déprédations et brigandages qui se perpé-

tuaient de la part des Chouans, et de s'opposer aux débarquements anglais ». Les troupes, disposées en petits détachements, se procuraient très difficilement leur subsistance. Il eût été impossible de les faire vivre concentrées. L'ordre resta inexécuté par les trois généraux en chef, parce qu'il était inexécutable.

Cormatin n'avait qu'un moyen de prouver et la sincérité de son désir de réaliser la paix qu'il avait promise, et l'autorité qu'il prétendait exercer sur la chouannerie entière : faire lever l'interdiction de laisser les villes et l'armée s'approvisionner. Il s'en abstint. Mais il alla se plaindre à Lanjuinais et Defermon des mesures militaires visiblement préparées « contre une province qui. reconnaissait la République et avait fait, par sa bouche, le ser ment de ne jamais porter les armes contre elle ». Il réitéra la proposition « d'envoyer aux Anglais qui paraîtraient sur la côte un républicain, muni d'un écrit de sa main, dont les représentants du peuple approuveraient les expressions, pour annoncer à ces mêmes Anglais que leurs tentatives étaient vaines ». En séance du directoire du département d'Ille-et-Vilaine, il répéta que « si les Anglais essayaient de débarquer, il les combattrait avec tous les siens » .

Or, en ce moment même, l'un des plus actifs des lieutenants de Puisaye, d'Allègre, revenant de Londres, annonçait aux chefs royalistes du Morbi-

han que les Anglais avaient été déterminés à diriger la grande expédition préparée plutôt vers Quiberon que vers les Côtes du Nord, où l'organisation de la défense venait de faire avorter plusieurs tentatives de débarquement. Le conseil insurrectionnel, présidé par le comte de Silz, un des signataires de la paix de la Mabilais, avait aussitôt chargé l'abbé Grillo d'aller avertir Scépeaux, sur la rive droite de la Loire, puis, sur la rive gauche, Stofflet et Cliarette, afin d'opérer une puissante diversion au moment où l'événement se produirait. L'émissaire avait gagné la Vendée le 22 mai.

Le 23, était arrêté à Ploërmel un courrier porteur de trois lettres fort intéressantes. L'une était signée par Louis de Frotté et trois de ses compagnons. Ils y annonçaient leur préparation de la chouannerie en Normandie et demandaient au conseil du Morbihan de « lier avec eux une correspondance suivie, ne se laissant rien ignorer de leurs positions respectives ». Les deux autres lettres étaient de Cormatin. Dans la première, le baron réclamait la signature du comte de Silz, afin de garantij» avec la sienne « un emprunt pour la cause ». L'objet de la seconde était d'empêcher les violents Morbihannais d'éclater trop tôt et de tout compromettre :

« Songez que nous ne sommes plus un parti isôléy que nous tenons à tous les royalistes de France, que nos démarches dépendent d'une déci-

sion générale ! Où nous mèneront les moyens que vous semblez adopter? A tme déclaration formelle de guerre, qui nécessiterait nos amis à se battre, sans avoir dans ce moment les ressources suffisantes, ou, s'ils ne le pouvaient absolument, laisserait tomber sur nous tout le poidsr des forces qu'avec le temps nous pourrons nous partager. Alors, quelle terrible conséquence !.. .

« En dissimulant les rassemblements, comme on le fait ailleurs, on ôterait d'abord tout prétexte d'excuse aux républicains, et, leur méfiance étant moindre, nos affaires n'éprouveraient pas les entraves qui nous gênent et qui finiront peut-être par nous être funestes... Quelque douloureux qu'il soit pour nos cœurs de dissimuler, nous y sommes contraints, et la nécessité partout est une loi irrévocable... ^of^ amis nous invitent à ne pas nous écarter de nos projets et de nos plans de pacification. »

Les trois lettres furent remises aux représentants du peuple qui se trouvaient à Vannes. Bruë, Guermeur et Guezno s'empressèrent d'en envoyer copie au Comité de Salut public et à leurs collègues à Rennes, en leur conseillant ou plutôt en les sommant de faire emprisonner Cormatin et ses complices.

BoUet et Grenot avaient encore, la veille, invité à dîner avec eux « le vice-roi de Bretagne » et croyaient l'avoir décidé à une démarche décisive de pacification sincère. Ils consultèrent Hoche, qui se

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prononça pour Tarrestation immédiate du « général des Chouans » et de son état-major. Elle fut opérée dans un faubourg de Rennes, le 25 mai, à cinq heures et (demie du soir.

Les prisonniers furent dirigés vers le quartier général d'Aubert du Bayet, qui les fît déposer à l'Ile Pelée, en rade de Cherbourg.

Le soulèvement du Morbihan fut prévenu par une rapide expédition de Josnet- le -Violais contre Grand-Champ, où il ne trouva que le président du conseil des Chouans, de Silz, qui fut tué avec treize de ses hommes, le 28. En deux autres endroits, les rebelles furent battus, mais les détachements républicains ne se crurent pas assez forts pour pénétrer au fond de la forêt de Lanvaux, où 3,000 fuyards furent recueillis par Georges Cadoudal.

Hoche avait mis en mouvement 20 colonnes mobiles. Il en forma 12 nouvelles. Le 1'''' juin, il lançait cette proclamation à l'armée :

« Braves camarades, votre courage n'est plus enchaîné...

« Les principaux chefs des Chouans ont trahi le serment solennel qu'ils avaient prêté de se soumettre à la République française, de reconnaître ses lois et de ne jamais porter les armes contre elle. . Le Ciel, vengeur du parjure, a permis que le plan de nouveaux massacres, qu'ils avaient tracé de leurs mains, tombât en notre pouvoir. Ils sont arrêtés...

« Déjà de Silz, un des principaux conjurés, et 310 de ses complices viennent d'expier, dans le Morbihan, sous les baïonnettes républicaines, leur manque de foi.

« Il est temps que ces contrées soient débarrassées des assassins féroces qui les infestent ; il est temps qu'une poignée d'agitateurs, d'insolents royalistes, de misérables émigrés, grossis de tous les bandits vomis par l'étranger, s'anéantisse devant la puissance d'une République victorieuse de tant de rois!...

« Je déclare aux habitants des campagnes, de quelque religion qu'ils soient, que l'armée que j'ai l'honneur de commander protégera de tout son pouvoir la sûreté des personnes et des propriétés, la liberté des cultes et la Iranquillité de leurs ministres, lorsqu'ils obseiweront les lois, et qu'an lieu d'exciter à la sédition, ils prêcheront la paix et Vunion entre les hommes... »

Grâce à ce déploiement simultané d'énergie militaire et de tolérance religieuse, la capture de l'homme qui avait dit « qu'il n'avait qu'à lever le doigt pour soulever la Bretagne » ne provoqua pas de mouvements inquiétants.

Celui que dirigea Boishardy, dans les départements des Côtes-du-Nord et du Finistère, lui coûta la vie, le 17 juin. Les grenadiers, exaspérés, promenèrent sa tête coupée dans les rues de Lamballe et de Moncontour. Ce dont ils étaient vivement

blâmés et punis par Hoche, qu*, dans un ordre général, s'écriait : « Pensent-ils, ces êtres féroces, nous rendre témoins des terribles scènes de la Vendée?... Non! citoyens, ce pays ne sera pas transformé en Vendée ! »

Dans Tarrondissement de l'armée d'Aubert du Bayet, sur la lisière de l'Anjou et du Maine, furent traquées les bandes du très ardent Coquereau, tué à la fin du mois de juin, en un petit combat près de Daon.

Sur la rive gauche de la Loire, continuait la comédie de la pacification. Il s'y tenait même, sous la tente de la Jauiiayc, le 8 juin, une conférence entre les représentants Ruelle, Jary, Dornier, Menuau, Chaillon et Gaudin, d'une part, et, de l'autre, les chefs vendéens Charette, Stofflet, Sapinaud, Fleuriot, De Bruc et Couëtus.

Un mémoire des plaintes et réclamations des pacifiés y était présenté par l'abbé Dernier. Scépeaux et Béjarry, quelques jours après, étaient chargés d'aller le porter à Paris et de discuter avec les Comités de gouvernement, comme délégués des ci-devant armées vendéennes. Stofflet, durant cette négociation prolongée plus d'un mois, ne bougea pas.

Mais Charette, le 25 juin, se précipita à l'improviste sur le petit camp des Essarts, y surprit un bataillon de Saône-et-Loire^ jouant aux boules, et massacra 150 à 200 volontaires. Le lendemain

seulement, 26, il signait, de son quartier généra, de Belleville, le manifeste par lequel il expliquait sa rupture « de Tapparence de conciliation avec la soi-disant République française ».

Il a\'ait reçu, le mois précédent, l'avis du conseil des Chouans du Morbihan, et il tentait la diversion recommandée, juste au moment où les Anglais amenaient les émigrés devant Quiberon.

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