L'ACTION DE HOCHE
Le général en chef de Tarmée des côtes de Brest a été avisé, le 26 juin, par le représentant Brûe et par les autorités du Morbihan, de Tapparition des Anglais à Quiberon,
Le 27, Hoche est à Vannes. Le premier ordre qu'il donne est d'évacuer les petits postes entre Lorient et la Vilaine, et de ramener tous les détachements épars sur la route que les envahisseurs pourraient prendre. L'adjudant général Romand se retire, en conséquence, d'Auray, emmenant les autorités civiles à Hennebont et Lorient. U n'y a que 400 hommes au chef-lieu du Morbihan ; néanmoins les administrateurs du département, du district, et les officiers municipaux sont résolus à rester à leurs postes. C'est Hoche lui-même qui, par écrit, leur déclare :
8'i LE GÉNÉRAL HOCHE A QUIBEROîi
« Il pourrait être infiniment dangereux pour vous de rester dans la place, qui, d'ailleurs, n'est susceptible d'aucune défense. Je vous invite à faire évacuer les caisses, les papiers des administrations et à suivre de vos personnes la garnison, dans le cas où elle effectuerait sa retraite ; ce à quoi elle sera contrainte, si Tennemi se présente en force. »
Le général en chef s'est hâté de « prévenir sous le sceau du secret » son lieutenant dans le Finistère, Chabot. Il lui a ordonné de « laisser 100 hommes au chef-lieu de chaque district, d'établir des postes aux établissements nationaux », et d'amener le gros de sa division à Quimper, pour « secourir Lorient, sans découvrir Brest, qui devra être défendu jusqu'à la mort ».
De son chef d'état-major général, resté à Rennes, il a réclamé 4,000 hommes, à tirer de la division de Chabot, avec 6 pièces de canon et 2 ôbusiers ; 1,000 hommes de la division de Rey, qui est à Dinan, pour venir occuper Ploërmel, centre de ralliement, sous le commandement de l'adjudant général Valletaux.
Les généraux en chef des armées des côtes de Cherbourg et de l'Ouest sont pressés : le premier, de veiller sur Saint-Malo ; le second, d'expédier de Nantes le plus possible de troupes pour repousser les Anglais. A Chérin et à tous, il recommande « du secret et du calme ».
Le 28, il dirige lui-même une première recon-
naissance du côté d*Auray. Le 29, les postes dégarnis du Morbihan lui ayant procuré 2,200 hommes, il fait une seconde sortie, qu'il pousse jusqu'à Tendroit d'où Ton peut apercevoir Quiberon et la flotte britannique. Sa retraite immédiate est interprétée comme une défaite, dans laquelle, d'après l'officier de santé Bruno, 300 à 400' républicains auraient péri.
A quoi, le jour même, 12 messidor, il est répondu :
« AUX CITOYENS OEPiCIERS MUNICIPAUX DE VANNES.
« Le but de ma sortie d'hier avait pour objet une reconnaissance : 1° de la flotte anglaise et du camp ennemi, qu'on m'avait dit établi à Carnac ; 2*" des forces que pouvaient avoir les ennemis sur la rive gauche de la rivière d'Auray; S"" de faire connaître à l'armée, campée . à Landévant, que j'étais dans les environs avec des forces. C'est pour remplir ce dernier objet que j'avais amené avec moi une pièce de canon, à laquelle je fis faire jgrand feu, vers dix heures du soir.
« Afin de remplir tous ces objets à la fois, j'ordonnai au chef d'escadron Guérin de se porter sur Sainte-Anne avec 1,000 hommes; à l'adjudant Verno't-Dejeu de marcher sur Pont-Sal et Saint- Goustan à la tête de 100 hommes (il avait la défense d'entrer dans Auray), tandis que je marchais moi-
même avec 360 hommes sur Baden, d'où on découvre l'escadre anglaise et Carnac.
« Après m'ètre assuré qu'il n'existait pas de camp, je rejoignis l'adjudant général Dejeu, à l'approche duquel les brigands avaient fui de Pont-Sal, sans nous faire brûler une cartouche.
« Nous allâmes ensemble voir Saint-Goustan. Sa seule colonne s'est mise en bataille et a été au feu sur les Chouans renfermés dans Auray. Le résultat de son appel du jour, c'est l'absence de 18 hommes, savoir 3 ou 4 tués, 12 blessés, la plupart légèrement, et 3 hommes pris dans Auray, quoique la défense d'y entrer ait été faite.
« Mon objet rempli à mon désfr, je fis partir l'ordre à Guérin de me joindre à Pontr-Sal, où j'arrivai à minuit et demi. A trois heures du matin, je donnai six heures complètes de repos à toute la petite armée et la ramenai ensuite à Luscanen, où elle est maintenant.
« Voilà, citoyens, le détail exact de ce qui a été fait et est arrivé. Je méprise les donneurs de mauvaises nouvelles et ne me vengerai du citoyen Bruno qu'en publiant la vérité et en lui faisant avouer ses torts.
« Je vous prie de donner communication de la présente aux administrations de district et de département.
« Le général en chef y
« L. Hoche. »
Le 30, le général Josnet-la-Violais ayant repris Landévant avec des renforts fournis par Chabot, Valletaux, avec les renforts expédiés par Rey, se porte contre Bois-Berthelot et réoccupe Auray, à huit heures du matin.
Hoche expédie alors cette dépêche à Paris :
« Belle-Isle a des vivres pour deux mois. Ne craignez rien pour Lorient, ni des suites de la descente ; elle ne fera qu'ajouter à la gloire des armes républicaines.
« Je demande du numéraire. Tai été en avant avec qmlques louis que far appointés avec moi ; mais, à mon grand regret, je n'en puis offrir beaucoup à la patrie.
« Mon dessein est de ne point avoir d'affaires particulières ; elles aguerriraient les Chouans ; mais bien une action générale, dans laquelle les troupes déploieront sans doute leur vaillance accoutumée...
« De la cavalerie ! Je puis à peine rassembler 300 chevaux ! »
Le 1*' juillet, arrivent quelques nouveaux détachements ; sous trois jours, Canclaux, commandant en chef de Tarmée de l'Ouest, va faire parvenir 4,000 hommes, parmi lesquels l'excellente Légion nantaise.
Grâce à celle-ci, bien disciplinée, aux ordres de Lemoine, le général en chef peut solidifier sa petite armée de 1 à 8,000 hommes, dont les excès l'exaspèrent d'autant plus qu'il n'y peut couper court,
r VU qu'elle est sans subsistances, ne s'en procurant qu'à l'aide des baïonnettes ».
Le canap est porté au point essentiel, à Sainte- Barbe, qu3 les émigrés ont négligé de garder après le départ des Chouans qui s'en étaient emparés,
La garantie contre les attaques pouvant venir de l'intérieur de la Bretagne est obtenue grâce au zèle du commandant en chef de l'armée des côtes de Cherbourg, Aubert du Bayet, qui, le 3, a mis en mouvement quelques-unes de ses troupes pour l'armée des côtes de Brest, sans attendre les auxiliaires annoncés de l'armée du Nord.
A la date du 5 juillet, les communications sont rouvertes entre Vannes, Auray et Hennebont; la plupart des postes de la côte sont réoccupés. L'armée républicaine, de 13,000 hommes, contraint, le 6, les derniers Chouans restés en dehors à s'enfermer dans la presqu'île de Quiberon. Elle repousse, le 1 au matin, une tentative de sortie. L'après midi. Hoche fait savoir à son état-major de Rennes : « Les Anglo-Émigrés-Chouans sont bloqués comme des rats. »