‹ Le général Hoche à QuiberonChapitre 14 sur 38 · SITUATION DES CATHOLIQUES-ROYALISTES · texte numérisé non relu

SITUATION DES CATHOLIQUES-ROYALISTES

En ramenant sous la protection des canons du fort Penthièvre et des canonnières anglaises les Chouans, que les émigrés n'étaient pas allés secourir aux postes avancés, Vauban accusait publiquement d'Hervilly et demandait un conseil de guerre pour juger entre eux.

D'Hervilly s'était entêté à ne rien faire ni laisser faire, sous prétexte de ne pas compromettre les régiments d'émigrés dont l'Angleterre lui avait confié la conduite. C'était d'ailleurs, contre son gré que l'expédition avait été dirigée vers la Bretagne. Comme lui, ses nobles compagnons d'armes auraient préféré être descendus en Vendée. Ils considéraient Charette comme le royaliste par excellence et un véritable homme de guerre, tandis que Puisaye ne leur paraissait être qu'un intrigant

constitutionnel et un général d'aventure. Les Chouans, débraillés, avec de longues chevelures mal peignées, sous de grands chapeaux noirs crasseux, leur avaient fait, dès qu'ils les avaient aperçus, Tefifet de bandits, incapables de discipline, indignes d'être commandés par des gentîlhommes. — « Est-ce que nous sommes faits pour chouanner? » s'écriaient-ils tout haut. — De fait, ils avaient évité de se mêler aux Chouans, quand ceux-ci avaient pris l'offensive. Ils les auraient volontiers repoussés de la presqu'île, lorsque les patriotes les y eurent acculés.

« J'étais, rapporte le comte de Contades, major général de Puisaye, j'étais dans le fort Penthièvrè, quand nous aperçûmes, de très loin, la falaise couverte d'un monde prodigieux. Vieillards, enfants, femmes, officiers. Chouans, tous couraient pêle-mêle, frappés d'une terreur que rien ne peut dépeindre... Les Chouans, sans chercher la porte, avaient escaladé les revêtements et franchi les palissades ; en un mot, ils nous avaient pris d'assaut. Je voulus mettre un peu d'ordre et les arrêter. Ils se jetèrent à mes pieds, pleurant et tombant entre mes jambes, de façon que j'étais dans le plus grand embarras. D'Hervilly, hors de lui, frappait comme un furieux sur tout le monde : « Au nom de Dieu, me disait-il, débarrassez-moi de tout ce monde-là ! » Comme s'il était possible de se débarrasser de plus de 12,000 hommes, qui avaient

perdu la tête, et de quarante charrettes qui obstruaient tous les passages. Pour comble de malheur, une voix s'écria : « Voilà les Bleus! » €ette "voix fut le signal d'une décharge générale et dans tous les sens. Vauban, qui était au bas des revêtements, voyant la plus grande partie des fusils dirigés sur lui, n*eut que le temps de se jeter à bas de son cheval.

« Jusque-là, nous n'avions pas vu un ennemi.

Nous aperçûmes alors une centaine de tirailleurs. L'on tira deux ou, trois coups de canon dessus, et ils se replièrent. Nous vîmes de loin quelques troupes en bataille, mais peu nombreuses. Pendant ce temps-là, M. de Puisaye dînait tranquillement.

« Les Chouans furent chassés du fort et cantonnés dans la presqu'île. »

Le même témoin oculaire qualifie de « véritable cacade », la tentative de sortie, à laquelle Hoche n'a daigné consacrer qu'une ligne dans son rapport au Comité de Salut public.

« L'ordre, dit ContadeSjfut donné à minuit. D'Hervilly forma de ses troupes trois colonnes, qu'il fit précéder par cinq détachements de Chouans, formant à peu près 600 hommes. Quoique le poste des Chouans ne dût pas être l'avant-garde, ceux-ci • étaient si bien choisis qu'ils ont tenu mieux que les troupes de ligne... A minuit, nous nous mîmes en marche dans le plus grand ordre et dans le plus

profond silence. Nous n'étions pas à vingt pas de la sentinelle, quand elle nous cria : « Qui vive ! » On hésita à répondre. Elle tira sur nous, en criant : € Aux armes ! » Le poste fît feu, mais dans le plus grand désordre. Si nous étions tombés dessus, la baïonnette au bout du fusil, il était clair que les républicains étaient surpris, que le fort Sainte- Barbe était emporté.

« J'allai demander des ordres à M. d'Hervilly, qui était à la tète de son régiment. Il éta.t furieux, comme à son ordinaire, t Ote^-vous de là, monsieur, me dit-il ; pardieu ! vous aurez assez de coups de fusil ! . . . »

Il fit avancer deux pièces de canon et leur ordonna de tirer. « — Et sur quoi ? demanda Tofficier, je ne vois rien. — Sur ces feux », dit le général, et Toffijcicr obéit à regret, prévoyant ce qui allait arriver.

« Dès que les républicains, éclairés par le feu de nos pièces, eurent une direction pour les leurs, leur feu commença et nous fûmes écrasés de boulets et d'obus... Nous eûmes une centaine d'bommes tués ou blessés... »

Une revanche, si faible que les rapports républicains omettent d'en parler, fut essayée deux ou trois jours après. Un petit camp d'avant-garde fut pillé et l'on se retira en bon ordre.

Puis, l'on s'occupa de fortifier l'isthme, pour faire de la presqu'île, comme disaient les ingé-

nieurs royalistes, « un second Gibraltar ». On essaya d'employer les paysans réfugiés à élever des retranchements ; on s'aperçut vite qu'ils n'aimaient guère à travailler, et qu'ils lâchaient la pelle sous prétexte « qii'ils n'étaient pas assez nourris ».

La question des vivres devint une cause de conflits violents. D'Hervilly prétendait réserver les rations anglaises aux soldats entretenus par l'Angleterre et ne les fournir qu'à ceux des Chouans qui s'enrôleraient dans ses régiments. Puisaye ne souffrit pas qu'on mît ses volontaires bretons à demi-ration et qu'au lieu de farine, on leur donnât du riz, « qu'ils ne savaient pas faire cuire ». Mais distribuer ration entière à 20 ou 30,000 personnes bloquées, c'était gaspiller les ressources de l'expédition et, pour l'heure, le pillage des denrées était presque impossible à empêcher. On décida donc de se débarrasser des bouches inutiles et de lancer les Chouans dans l'intérieur, afin de prendre entre deux feux les républicains assiégeants.

Le 10 juillet, s'opérèrent deux embarquements assez importants, à Port-Haliguen et à Port-d'Orange.

Le premier conduisit dans l'anse du Pouldu 3,000 personnes et quelques centaines de Chouans, commandés par Lantivy et Jean-Jan. Le second, le plus considérable, descendit, à la pointe Saint- Jacques de la presqu'île de Rhuys, Tinténiac, Ca-

doudal, Mercier et d'Allègre, avec 3,500 Chouans et 100 émigrés du régiment de Loyal-Émigrant.

11 est certain qu'au moment du départ de ces derniers, le général en chef de Tarmée catholique et royale de Bretagne, toujours optimiste, s'écriait : « Ils vont revenir attaquer les patriotes par derrière ; nous les attaquerons par devant, et nous en ferons une déconfiture effroyable ! > Mais il n'est pas sûr que le jour de leur retour par les terres vers Sainte-Barbe ait été déterminé d'avance. 11 est seulement prouvé que la fameuse « armée rouge », ainsi nommée à cause de l'uniforme anglais qu'elle avait revêtu, fut détournée le plus loin possible, par l'Agence royale de Paris, toujours hostile à l'entreprise de Puisaye.

En prenant terre près de Sarzeau, Tinténiac trouve des instructions, qui lui enjoignent, au nom du Roi, de se rendre à Elven, où il doit recevoir des ordres précis. Il y parvient, en bousculant sur sa route plusieurs détachements républicains. Par un billet du chevalier de La Vieuville, il est appelé au château de Goëtlogon, où des dames l'attendent avec le message du Roi. 11 s'y rend, par Josselin, qu'il prend, mais sans pouvoir faire capituler le commandant Grublier d'Aubeterre, maître du château.

Poursuivi par celui-ci, il le repousse, se dégage encore d'une colonne qui lui barre le passage et atteint Goëtlogon, le 16.

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II y dînait en compagnie des dames de Bois- Iiardy et de Guernisac, lorsqu'il entend crier aux armes. Georges €adoudal, Mercier et d'Allègre, restés au camp, avaient déjà repoussé Tattaque, quand il arrive au milieu d'eux. 11 aperçoit, derrière une haie, l'un des tirailleurs qui couvraient la retraite des patriotes, et lui crie de mettre bas les armes. « Pour toute réponse, raconte Rouget de Lisle, l'homme le met en .joue, tandis qu'il est lui-même ajusté par Cadoudal, le frère de Georges ; les deux coups partent ensemble ; Tinténiac et le tirailleur tombent morts. »

Le commandement de « l'armée rouge » fut pris alors par le jeune vicomte de Pont-Bellanger ; la plupart des autres chefs refusèrent de le suivre du côté de Saint-Brieuc.

Dans cette, direction devaient aussi arriver LantivyetJean-Jan; mais leurs bandes, à peine débarquées à l'embouchure de la rivière de Quimperlé, avaient quitté l'habit anglais, et regagné leurs villages, en se promettant bien « de ne jamais plus s'enrôler dans une armée où l'on mourait de faim » . D'ailleurs, c'était l'époque de la moisson; tous ceux des Chouans qui avaient des champs étaient pressés d'aller faire leurs récoltes.

L'appel de « Farmée rouge » vers les Côtes-du- Nord avait été préparé par un avis du chevalier de La Vieuville au gouverneur anglais des îles de la Manche, que, si une flotte se présentait à Saint-

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Malo, le port lui serait livré ; ce qu'il affirmait sur rhonneur. L'escadre chargée des émigrés de Jersey se présenta, en effet, mais elle fut reçue à coups de canon. Le temps qu'elle perdit de ce côté Tempècha d'aller renforcer l'expédition de Quiberon ; ce qui, d'après le chevalier de Chalus, « eût presque doublé le nombre des émigrés et peut-être prévenu leur perte ».

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