‹ Le général Hoche à QuiberonChapitre 18 sur 38 · LES TRANSFUGES PATRIOTES · texte numérisé non relu

LES TRANSFUGES PATRIOTES

Hoche n*avait quitté son camp retranché de Sainte-Barbe que pour laisser croire qu'il se maintenait sur la défensive. Il avait recommandé de diriger vers Vannes « les républicains, enrôlés de force ^ans les prisons d'Angleterre, qui venaient en foule voir leurs amis ». Il voulait les interroger et les utiliser, loin des lignes des royalistes, à Tabri de leur espionnage.

L'un de ces « transfuges » était un marin de Dieppe, Goujon dit David, canonnier au fort Penthièvre, qui, par le bord de la mer sauvage, atteignit, dans la nuit du 11 au 18 juillet, la redoute des grenadiers réunis. Ce jeune homme de vingt à vingt-six ans, conduit chez le général en chef, fut interrogé par Rouget de Lisle. 11 raconta que, pris en mer et enfermé sur un ponton des Angkis,

« y mourant de misère et de maladie, comme les autres, il avait fait le lâche et s'était engagé dans Royal-Louis » ; que, « résolu à s'échapper pour venir avertir le gouvernement français de l'expédition qui se préparait », il s'était emparé d'une barque . et allait tenter la traversée de la Manche, avec deux ou trois camarades; l'un de ceux-ci ayant trahi, comme chef du complot, il avait subi la peine du fouet. Découvrant ses épaules, il montrait les marques de l'humiliante tortura qu'il avait subie. En ce moment, Hoche s'approcha et lui fit expliquer si une colonne pourrait atteindre le fort Penthièvre par la route périlleuse qu'il avait suivie.

Deux autres échappés de Quiberon, sergentsmajors dans le détachement de l'ancien régiment de la Reine qui avait accepté de rester avec les émigrés, Antoine Mauvage et Nicolas Litté, fournirent aussi de précieux renseignements et furent également choisis pour servir de guides aux troupes républicaines. Tous les trois furent ramenés au camp de Sainte-Rarbe, ayant chacun pour compagnon un sous-officier, « leurs ombres », comme disaient les grenadiers.

En conseil de guerre, auquel assistaient les deux membres du Comité de Salut public, fut discutée la surprise du fort Penthièvre. Des trois officiers du génie présents, deux réputèrent très imprudente une tentative en dehors des règles de l'art ; le der-

nier seul appuya le plan présenté par Hoche.

Tallien et Blad y applaudirent.

Aussitôt furent expédiées, de Vannes, des instructions où tout était prévu.

La solide brigade de Lemoine, à Tarrière-garde, devait soutenir Tattaque et, au besoin, couvrir la retraite. Drut, chargé de la garde du camp, devait, de sa batterie de quatre, dominant la mer, tirer à boulets rouges sur les bâtiments anglais qui se montreraient. Humbert, avec 500 hommes d*élite, devait enlever la palissade du fort, sur la droite, « égorgeant tout ce qui s'y trouverait, à moins que les fusiliers ne vinssent se joindre à sa troupe ; point de grâce pour les officiers, sergents d'infanterie et canonniers ». Botta, dont la brigade suivait, devait occuper le village de Ker-Hostin, « faire fusiller tous les individus armés qui sortiraient des maisons, les officiers et sous-officiers », n'épargnant que « les soldats sans armes qui viendraient le joindre x>. L'un et l'autre, en arrivant à la presqu'île, avaient à faire crier par la troupe : « Bas les armes ! A nous les patriotes ! » L'attaque la plus hasardeuse, le long de la mer sauvage, était confiée à l'adjudant général Mesnage, ayant David Goujon pour guide ; il devait « passer sur le corps des grand'gardes ennemies, suivre le fossé jusqu'à la gorge, sans tirer un coup de fusil, et faire passer à la baïonnette toutcequ'ilrencontreraitd'ennemis ». Le général Valletaux, le soutenant du reste de sa

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brigade, devait « se précipiter dans le fort, en s'en rapprochant pour éviter son feu ».

Cependant l'expédition, prête le 19 au soir, dut être ajournée, parce que les mots d'ordre, que des « transfuges » s'étaient chargés de procurer afin d'écarter les sentinelles avancées des émigrés, n'avaient pas été obtenus ; surtout parce que le ciel était trop pur et la mer trop calme.

Blad et Tallien étaient retournés à Vannes quand, fort tard, arriva à Sainte-Barbe leur colique Guezno. Le général en chef l'invita à « partager le pot-au-feu, qu'il avait fait mettre dans une des crèches à vache du village » . Ils couchèrent sous le même toit, « sur des battes de paille ». Le lendemain matin, comme ils observaient les positions de l'ennemi. Hoche dit :

« Trop beau temps ! Je ne puis faire passer Tarmée sous le feu de ces canonnières (anglaises) . Elles nous foudroieraient avec leur mitraille. Dès qu'un vent fort et une mer agitée les obligeront à se tenir un peu au large, j'en profiterai pour traverser la Falaise, enlever le fort en face et jeter à la mer tous les ennemis que je rencontrerai. »

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