‹ Le général Hoche à QuiberonChapitre 21 sur 38 · LA REDDITION DES ÉMIGRÉS · texte numérisé non relu

LA REDDITION DES ÉMIGRÉS

Au port Haliguen, la division de Sombreuil et les restes de la division d'Hervilly formaient encore un ensemble de 2 à 3,000 hommes, capables de combattre. Cependant pas un coup de fusil ne fut tiré, ni une charge à la baïonnette ou à Tépée tentée contre les TOO grenadiers de Hoche, quand la canonnade anglaise les arrêta un moment.

Les émigrés reculèrent presque jusqu*au bout de la presqu'île et s'arrêtèrent sur le petit plateau, où s'élevait le Fort-Neuf (ci-devant Saint-Pierre), sans défense du côté de la terre. Ils eussent tous été jetés à la mer, exterminés, si les républicains l'avaient voulu, comme le reconnaît Puisaye luimême ; leur unique espoir était « la clémence des vainqueurs », comme dit le comte de Contades.

« Le général ïloche, raconte Rouget de Tlsle, arrivait au pied du Fort-Neuf, à la tête de ses grena-

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diers. Après les avoir rangés en bataille, dans un fond, à Tabri du feu des Anglais : « Amis, leur cria-t-il, prenez haleine et finissons-en ! — Et toi, s'adressant à un petit tambour qui se trouvait à côté de lui, tiens-toi prêt à battre la charge! » Ces mots me firent frissonner : « Ah! général,' quelle effroyable hécatombe!... — Que voulez-vous que je fasse, expliqua-t-il vivement... Dois-je^ laisser aux Anglais le temps d'embarquer les émigrés, de faire un moumment sur mes derrières, peut- être de m^e couper la retraite?.., » Après avoir réfléchi un instant : « Eh bien! s'écrie Hoche avec chaleur, allez leur signifier qu'ils rendent ks armes, ou que je les jette à la mer... Surtout qu'ils aient à faire cesser le feu de la flotte anglaise ; si je perds tin homme, ils sont tous motets. »

« Je me portai rapidement vers le fort... Je répétai les propres paroles que le général m'avait chargé de transmettre... Le galop d'un cheval me fit retourner. Je vis Mesnage accourant le sabre à la main, la tête enveloppée d'un mouchoir blanc, et qui s'écria : « Qu'est-ce à dire, messieurs? Le général veut bien vous accorder quelque répit, et vous continuez vos embarquements! Qu'ils cessent à l'instant môme, ou c'en est fait devons! N'y a-t-il que des émigrés parmi vous? N'y at-il plus de Français ? » A cet appel, un violent hourra éclate : « Oui, oui, il y a des Français, crièrent à la fois tous les soldats enrôlés de force en Angleterre; Vive

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la Nation! vive la République!.., » Ils s'élancent à corps perdu dans la plaine et viennent à toutes jambes s'agglomérer autour de Mesnage... Le découragement et la consternation des autres m'annonçaient qu'ils allaient se sounrettre...

« Je me hâtai de retourner au général : « Us vont se rendre. — Oui, me répondit-il, voilà ma tache remplie, mais celle des représentants commence. Qu'ils viennent partager cette affreuse responsabilité! p

« Je trouvai les représentants au milieu de la Légion nantaise... En débouchant sur la plateforme, nous vîmes Hoche et Sombreuil qui se promenaient paisiblement, l'un à coté de l'autre, tout au bord du rocher, Hoche le plus près du bord... Us s'avancèrent à notre rencontre... Hoche exposa la demande de Sombreuil d'être conduit, ne fût-ce que pour une heure, à la flotte anglaise, afin de démasquer les auteurs de la catastrophe... Les représentants refusèrent... Sombreuil ensuite remit son sabre entre les mains de Tallien, après en avoir respectueusement baisé la lame à demi sortie du fourreau... Cette douloureuse cérémonie terminée, la conversation s'établit à peu près sur le pied de la familiarité... Après vingt minutes de causerie insignifiante, M. de Sombreuil fut confié à la garde d'un colonel, aux égards duquel il fut expressément recommandé... Pendant l'entrevue de M. de Sombreuil avec les représentants, nulle transaction ne

^uî invoquée par lui, nulles plaintes, nulles réclamations ne furent élevées... »

Moreau de Jonnès (de Tlnstitut), qui était parmi les grenadiers, ne dit rien de la prétendue assurance- de la vie que ses compagnons d*armes auraient donnée aux émigrés se mêlant à eux. Il ignore l'existence de pourparlers quelconques en vue d'une capitulation irréalisable. Il rapporte simplement que « deux pièces de campagne, mises en batterie, coupèrent les communications » entre les fuyards et la flotte anglaise, et qu'alors « Tennemi, sommé par le général Mesnage de mettre bas les armes, se rendit à discrétion ».

L'étudiant Pacqueteau, porteur du drapeau de la Légion nantaise, qui fut arboré sur le fort Penthièvre, racontait le lendemain même, 4 thermidor, dans une lettre à son père, à Nantes :

« Nous poursuivons les émigrés, etc., etc., jusqu'au bord de la mer, envenimée de l'escadre anglaise, qui, protégeant leur retraite par une grêle de boulets, qu'elle fait pleuvoir sur nos têtes, les aide à s'embarquer dans des chaloupes. La précipitation, avec laquelle les plus lâches d'entre eux se jetaient dedans, en fuit couler trois. Le reste s'e^t rendu prisonnier : i,602 émigrés et 5,000 soldats, chouans, etc. Ils sont à Auray. Le représentant du peuple Tallien est parti, ce matin, pour Paris, pour savoir de la Convention ce qu'elle décidera de leur sort. »

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