‹ Le général Hoche à QuiberonChapitre 22 sur 38 · NÉGATION IMMÉDIATE DE LA CAPITULATION · texte numérisé non relu

NÉGATION IMMÉDIATE DE LA CAPITULATION

Les chroniqueurs de la légende catholiciue royaliste prétendent qii'il dût y avoir quelque chose de verbalement convenu entre le général républicain, qui fit la sommation, et le commandant des émigrés, puisque ceux-ci dépéchèrent Boson de Périgord et Gesril du Paspeu à Tamiral anglais, afin qu'il se hâtât d'arrêter la canonnade. La menace de Hoche : « Si je perds un homme, ils sont tous morts », suffit pour expliquer cette suprême démaiche. Si Boson parla d'une « capitulation honorable », personne n'y voulut croire à bord de la Pomone, Puisaye moins que tout autre. Sir John Warren n'arrêta la canonnade que parce (|ue r.osril, arrivé à la nage, dit « de la i)art de Sonibreuil « (juc « si le feu ne cessait pas, tout allait être égorgé », termes exacts de la sommation du général Mesnage.

Hoche ne se rencontra avec Sombreuil qu'une seule fois, dans le Fort-Neuf, après la reddition. Il est, par conséquent, impossible que le général en chef républicain, sans attendre les deux membres du Comité de Salut public, qui accompagnaient son armée, ait pu, sur échange de parole d'honneur, faute de papier pour signer, accorder une capitulation sous cette forme militairement absurde donnée par un émigré, la Roche-Bar naud, dans ses Méinoires sur l'expédition de Quiberon :

« Le général comte de Sombreuil se dévoue à faire le sacrifice de sa vie pour celle de ses compagnons d'armes renfermés au Fort-Neuf;

« Tous les émigrés pourront se rembarquer ;

« Les soldats seront prisonniers de guerre, et libre à la République de les incorporer dans les rangs de ses troupes, si elle le juge à propos. »

C'est peut-être bien ce que Sombreuil avait décidé de demander, lorsque son cheval le ramena de la mer au port Haliguen. Mais déjà, lorsqu'il se rencontra avec le général en chef victorieux, la seconde des trois conditions n'avait plus de raison de se produire. Hoche avait donné l'ordre d'arrêter le rembarquement, qui s'opérait sous la protection des canons anglais, tirant à mitraille sur ses troupes.

La légende de l'impossible capitulation a été complètement détruite par ces explications d'un autre émigré, le comte de Contades :

« La corvette V Alouette était à demi-portée de canon el faisait un feu terrible sur la côte. Comptant obtenir à ce prix une capitulation, on fit cesser le feu, et nos malheureux camarades mirent bas les armes. Ils ont attesté une capitulation qui n'a jamais existé.

« Sombreuil s'avança avec quelques chefs de corps. On lui à toujours répondu : « Faites taire le feu des frégates, mettez bas les armes, ou vous serez tous passés au fil de Tépée. » Quelques individus ont dit : « Rendez-vous, on ne vous fera rien. » Mais il n'y a jamais eu de vraie capitulation, faite avec le général, qui n'avait aucune raison d'en accorder à des gens qui ne pouvaient pas faire la plus petite résistance et avec lesquels ses soldats étaient pêle-mêle.

« Le Commodore Warrcn envoya sur-le-champ à terre le capitaine Keats et Carton, lieutenant de la Pomane, demander quelle était la capitulation. On les reçut très mal et on leur rit au nez quand ils en parlèrent... »

Les deux officiers anglais étaient porteurs d'un billet non signé, pas môme cacheté, écrit par le marquis de la Jaille, et ne contenant que ces mots : a Le Commodore demande quelles sont les conditions de la capitulation? » Hoche leur rendit le papier en disant « qu'une pareille missive ne méritait pas de réponse. »

Le lendemain, sir John Warren fit porter un

message de forme tout à fait régulière par les mêmes parlementaires.

« Le capitaine (Keats), dit le comte de Vauban, était chargé de solliciter l'échange des prisonniers ou offrir telles rançons qu'il plairait à Tennemi de proposer... M. le comte de Sombreuil et les officiers de la marine étaient particulièrement désignés ; on représentait qu'étant officiers anglais.les lois de la guerre devaient les mettre à Tabri de tous mauvais traitements; qu'ils étaient seulement et ne pouvaient être regardés que comme prisonniers de guerre, et que l'on devait craindre les représailles. « Le capitaine tâcha de faire valoir la prétendue capitulation. Tout fut rejeté dans les formes les plus dures... On nia toute espèce de capitulation; on renvoya l'officier anglais en lui disant qu'iZ n'en avait jamais existé. »

Ce dont rendait ainsi compte au général en chef le général commandant à Quiberon, Lemoine, le 5 thermidor an III (23 juillet 1795) :

« Mon cher général, hier, deux officiers de la flotte anglaise ont demandé à me parler. Le poste m'a de suite envoyé chercher et, pendant ce temps, les a fait débarquer. J'étais à cheval alors et, de suite, je me suis transporté sur les lieux, avec les généraux Valletaux et Drut, plutôt pour les faire rembarquer que pour les écouter. Sans doute, ce que je leur ai dit les a peu satisfaits ; de suite ils sont partis pour leur bord. D'après les ordres que

je vais donner, f espère que ces messieurs ne mettront plus les pieds dans la presqu'île pour parlementer ».

La reprise de la presqu'île de Quiberon, achevée à^six heures du matin, avait été annoncée par le général en chef de l'armée des côtes de Brest à son collègue de l'armée de l'Ouest, Canclaux, à Nantes, en ces termes très caractéristiques du profond patriotisme de Hoche et de sa générosité à l'égard des vaincus :

« Fort Penthièvre, 3 thermidor an 111 {21 juillet 1195).

« Les soldats de la République ont forcé, ce matin, l'armée de la Contre- révolution à mettre bas les armes et se sont rendus maîtres du fort Penthièvre. Les Anglais ont assisté de loin à l'affaire. On s'est battu avec énergie des deux côtés. Ces hommes égarés se sont souvenus qu'ils étaient Français et avaient des Français devant eux. Ah ! si les coquins qui regardaient le combat de leurs vaisseaux avaient osé y prendre part, je me serais senti dix fois plus de courage! M. de Puisaye a pris une barque au premier coup de canon.

« L. Hoche. »

Voici la dépêche transmise à Chérin, chef de l'état-major général à Rennes, et à La Vallette, commandant à Lorient :

« Les valeureuses troupes que je commande ont,

à doux liçures du matin de ce jour, emporté d'assaut le fort Penthièvre et le camp retranché de la presqu'île de Quiberon, dont elles se sont emparé sans faire halte. N'ayant diantre alternative que de se jeter à la mer ou dêtre passée au fil de .la baïonnette, la noble armée a mis bas les armes. Elle arrive prisonnière à Auray, conduite par quatre

bataillons.

« L. Hoche. »

Ayant quitté la tente de d'Hervilly, où il avait tenu une conférence avec les représentants, vers une heure de Taprès-midi, Hoche s'était arrêté à Auray, d'où il expédia au Comité de salut public sa Relation de V affaire du S thermidor. Voici comment y est racontée la dernière partie de l'opéra tion, sans qu'il soit question, de près ni de loin, d'une capitulation régulière, ou d'une reddition verbale avec des conditions quelconques :

« Bientôt nos troupes ont été à la poursuite des ennemis, et la présence de 2,000 hommes dans la presqu'île a fait mettre bas les armes aux régiments d'Hervilly et d'Hector, Damas, Béon, Rohan, Saluées et Périgord, formant la division du comte Charles de Sombreuil. Loyal-Émigrant et les Chouans ont fait mine de vouloir se défendre, en se retirant du côté du port où ils devaient se rembarquer. Les tètes de colonnes ont été dirigées sur ces rebelles, et 100 grenadiers, les tenant en échec, les ont

contraints d*imiter leurs camarades ; ce qu'ils firent, n'ayant d'autre espoir que de se jeter à la mer ou d'être passés au fil de la baïonnette.

« Déjà les embarcations reportaient quelques chefs à bord ; une vingtaine de coups de canon à mitraille les empêchèrent de revenir, et là, sur un rocher, en présence de l'escadre anglaise, qui tirait sur nous, fut pris Vétat-major, à la tête duquel était Sombreuil, les chefs de corps, officiers d'artillerie et du génie.

« Nos troupes étaient sur pied depuis dix heures du soir, par le temps le plus horrible. Elles firent halte à ce moment, six heures du matin.

« Tous les prisonniers, dont aucun ne fut insulté, furent conduits au fort et de là à Auray. Les femmes chouannes et leurs malheureux enfants furent mis en liberté. . .

« Le voilà donc, monsieur Pitt, le résultat de trois années de travaux!... Monsieur Pitt, il est un Dieu vengeur! Vos forfaits seront punis! »

Au bas de l'affiche contenant les relations du général en chef sur les deux affaires du 28 messidor et du 3 thermidor, imprimée à Saint-Brieuc et placardée par les soins de l'administration départementale des Côtes-du-Nord, on lit :

« Je garantis sur l'honneur la vérité des faits contenus dans les lettres ci-dessus. Les malveillants répandront, sans doute, que j'ai sacrifié beaucoup

ir)2 IM GÉNÉRAL IlOCITE A QUIBERON

triiommes pour m'emparer du fort Penthièvre. Je répondrai par des faits et en faisant imprimer les résultats des appels. Quelle doit être votre rage, vils ennemis de la patrie? Depuis le 1®' messidor, la République n'a perdu que 200 de ses défenseurs, et vos amis sont terrassés.

« Le général en chef, L. Hoche. \>

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