MULTIPLICATION DES COMMISSIONS MILITAIRES
La condamnation atténuant beaucoup la gravité de l'incident, les apologistes des vaincus de Quiberon prétendent qu'il y a eu une première commission militaire qui se refusa à juger, et que, le même jour, fut improvisée une seconde commission, forcée de condamner.
Le président de la première, commission aurait même, d'après la légende, prononcé ces parolçs : « Je ne puis condamner maintenant ceux que j'ai absous, le sabre à la main, sur le champ de bataille ! » Par malheur, le trop glorifié capitaine républicain Douillard n'a pas laissé trace de son existence dans les procès verbaux des archives du Morbihan ni dans les états de service du ministère de la guerre, et son prétendu mot historique est de pure invention.
U7ie seule commission siégea à Auray, le 9 thermidor, celle que présidait Barbaron, celle qui jugea Sombreuil, Tévèque de Dol et leurs compagnons. Mais, le lendemain, 10, elle adressa cette lettre au représentant du peuple :
« Presque tous les prisonniers émigrés, que nous venons d'interroger, font valoir la foi d'une capitulation; ils répondent ne s'être rendus que parce que plusieurs officiers et soldats de V armée, de la République leur ont assuré qu'ils auraient la vie sauve, s'ils mettaient bas les armes; que, comptant sur cette promesse verbale, ils s'étaient rendus pour épargner le sang des deux partis. Ils en étaient tellement persuadés qu'un des leurs s'est mis à la nage pour aller annoncer cette capitulaticn à la corvette ou frégate, dont le feu inquiétait nos troupes, qu'il cessa au même instant et que cet officier revint à terre.
<i Nous ignorons si cette capitulation existe; si elle est, notre marche est arrêtée. Nous vous invitons, en conséquence, à nous faire connaître la vérité et à nous tracer la conduite que nous devons t:^nir dans la carrière pénible que nous parcourons.
« Sombreuil, La Landelle et Petit-Giiyot sont, il est vrai, déjà jugés ; mais Sombreuil était chef, et les deux autres n'ont pas parlé de capitulation.
« Au surplus, dans l'exécution, il vaut mieux, sans doute, n'en avoir jugé que trois que prononcé sur tous. Si même les jugements, que nousi avons
rendus hier, n'étaient pas mis à exécution, nous vous prions de les suspendre. Le plus léger doute, quand on condamne, peine la conscience de l'homme juste. Il est besoin, en outre, (t éclairer V opinion publique, qui paraît croire à cette capitulatiouy ce qui rendrait odieuses nos opérations, sio7i ne s'em pressait de la détruire.
« Au reste, Favis que nous vous demandons ne suspendra nullement nos travaux. Nous continuerons à interroger, et renonciation seule de nos jugements sera arrêtée. Salut et fraternité.
« Les membres de la Commission militaire :
Barbaron, président; Ducarpe, capitaine; Moysey, lieutenant; Bouvet, sergent-major ^ etCussY, caporal; — HussoN, secrétaire. »
Blad répondit, le jour même, par cet arrêté : « La commission militaire créée en vertu de l'arrêté du 3 de ce mois est cassée et cessera ses fonctions aussitôt la communication dû présont. Elle est remplacée par une autre commission, composée comme suit : « François BouilloUy capitaine du 2* bataillon de tirailleurs, président; Ignace Bischop, lieutenant; Julie7i Curpin, lieutenant; Jourdan-Belle- Pointe y adjudant sous-lieutenant (du même bataillon); Duhem^ sous-lieutenant au 16* chasseur à cheval, juges; Tilloy, quartier-maitre au 2® bataillon de tirailleurs, secrétaire; — laquelle nous rendra journellement compte de ses travaux. »
198 I.E GÉNKÎIAI. HOCHn: A QUIBERON
Les jours suivants, Tincident était expliqué au Comité de salut public et Thypothèse d'une capitulation impossible niée avec la plus grande publicité.