‹ Le général Hoche à QuiberonChapitre 31 sur 38 · LE SURSIS EN FAVEUR DES ÉMIGRÉS MINEURS · texte numérisé non relu

LE SURSIS EN FAVEUR DES ÉMIGRÉS MINEURS

A la première nouvelle du débarquement à Carnac, les représentants en mission dans le Morbihan et le Finistère, Topsent, Guezno et Guermeur, avaient lancé Tordre d'arrêter comme suspects, les pères, mères, femmes et enfants d'émigrés. Mais, la Convention ayant aboli la loi des suspects et le Comité de salut public s'opposant à l'application des procédés de la Terreur, l'arrêté du 28 juin n'avait pas été exécuté. Les mères, femmes, filles, sœurs, parentes des prisonniers, affluèrent à Auray et à Vannes, dès qu'y furent ramenés les prisonniers du 21 juillet. Elles purent, dès les premiers jours, s'ouvrir des relations dans les prisons, préparer des évasions, et, d'un autre côté, exercer sur les militaires, sur les fonctionnaires des administrations, sur le membre

du Comité de salut public lui-iftème, d'ardentes pressions en faveur de ceux qui leur étaient chers. Par elles fut propagée Pillusion d'une capitulation accordécî à Sombreuil ; toutes leurs séductions forent employées à y intéresser Thumanitéet l'honneur des officiers républicains. Ce fut sur les démarches, nullement entravées, de trois d'entre elles, que Blad consentit à accorder le sursis en faveur des émigrés mineurs.

M'"* de Talhouët, dont le mari s'était fait tuer au combat du 19 juillet, avait retrouvé son fils, un jeune homme de vingt ans, parmi les prisonniers d'Auray. Elle envoya à Vannes sa fille, accampagnée de W^ de Bocozel, elle-même femme d'un prisonnier. Un avocat, M. Jolivet, rédigea pour chacune d'elles une pétition, qu'elles allèrent présenter au membre du Comité de salut public. Blad les reçut fort bien et, en lisant la pétition de M^^** de Talhouët, s'écria : « Quelle triste mission m'a laissée Tallien! J'ai été prisonnier avec le père et le frère de M. de Sombreuil ; j'ai eu beaucoup de rapports avec eux, et c'est moi qui le fais fusiller! Mademoiselle, j'accorde le sursis à tous les jeunes gens qui ont émigré avant l'âge de seize ans ». A M""® de Bocozel, il dit : « Je ne puis rien; je vous tromperais, si je vous donnais de l'espoir; mais la commission est humaine, je le sais ; elle pourra sauver quelques infortunés. »

De Retour à Auray, M"^ de Talhouët rendit

lAi OÉNÉUAI. HOCHE A QUIBEROX 207

compte de sa mission à sa mère, en présence de M. Ulysse Birach^t, lieutenant au bataillon du Becd'Ambez (Gironde), qiiî, d'après M. de la Gournerie, « montra dans lout^ ces crconstances le dévouement le plus génèreax >, Cet officier annonça que la première commîsskm militaire venait d'être cassée et qu'on allait en Ibrmer plusieurs autres ; que l'ordre du sursis n'était pas «rrivé et que tout restait à craindre. Aussitôt >P^* èé Trihouët repartit pour Vannes, avec plusieurs datnes, et força la porte du proconsul. — « Qu'avez-vous ? ma petite demoiselle », lui dit Blad paternellement. « L'ordre de surseoir n'est pas arrivé et la commission est cassée... D'autres sont formées. On juge! on juge !! »

Blad la conduit au bureau de ses secrétaires, où il fait dicter par elle-même l'ordre du sursis, communiqué sous cette forme aux commissions d'Auray, de Quiberon et de Vannes :

« Du 11 thermidor an III (29 juillet 1795).

« Vous voudrez bien, citoyens, ne pas mettre en jugement les jeunes gens qui, par l'effet de suggestions perfides, auraient émigré ou auraient pris parti avec les ennemis de la République, avant l'âge de 16 ans révolus ; et, si quelques-uns avaient déjà été jugés, il sera sursis à l'exécution de leurs jugements.

« J'écris à ce sujet au Comité de salut public

par le courrier d'aujourd'hui et j'attends une décision soit des Comités de gouvernement, soit de la

Convention.

« Signé : Blad. »

Ce sursis eut pour effet de laisser à 150 jeunes prisonniers « vingt-cinq jours d'attente et d'espérance » et de « Tendre quelques évasions possibles ». Il va sans dire que beaucoup essayèrent de se sauver en se rajeunissant ; quelques-uns y réussirent, comme les deux frères du Carreau de la Seinie, Berthier de Grandry, de Villegourio, etc.

Par arrêté du 22 thermidor (9 août), le Comité de salut public déclara l'exception des émigrés, mineurs, pris les armes à la main, contraire à la loi, et le représentant Mathieu, Blad étant rappelé à Paris, dut ordonner au général Lemoine de les faire juger comme les autres.

11 est à remarquer que l'arrêté du Comité est signé par Merlin {de Douai), Letourneur, Boissy dJAnglas, J.-B. Louvet, Defermotiyei que tous ces hommes, sauf Merlin, l'implacable légiste de tous les régimes, étaient antiterroristes. Defermon ne pouvait pas plus pardonner aux émigrés d'avoir revêtu l'uniforme anglais que son compatriote Lanjuinais, le principal auteur de la loi du 19 mars dl93, aux Vendéens et aux Chouans, de s'être soulevés en refusant le service militaire à la patrie envahie.

Page 1