‹ Le général Hoche à QuiberonChapitre 34 sur 38 · LE TOTAL DES FUSILLÉS ET DES LIBÉRÉS · texte numérisé non relu

LE TOTAL DES FUSILLÉS ET DES LIBÉRÉS

Lorsque, au mois de novembre 1896, fut votée la souscription de la ville de Paris aux monuments de Hoche à Qaiberon et Lorient, l'un des rares catholiques-royalistes du Conseil municipal, M. Roger Lambelin, protesta en s' écriant que, « sur cette terre bretonne, contre le droit des gens, avaient été massacrés 4,000 soldats fidèles à leur Dieu et à leur Roi ! »

A quoi Ton peut répliquer :

1"* Que ces soldats de l*autel et du trône. Français armés contre la France, portaient tous Tuniforme anglais ;

T Que, s'il y a eu violation du droit des gens, elle fut commise par les émigrés, le 3 juillet, à l'égard de la garnison républicaine, et non> le 21, par l'armée française, à l'égard des émigrés ;

3° Qu'il ne se produisit aucun massacre après la victoire nationale et républicaine, et que les vainqueurs, qui n'avaient à faire qu'une dernière charge à la baïonnette pour exterminer les vaincus, les épargnèrent généreusement ;

4** Que la reddition des émigrés au Fort-Neuf fut faite sans conditions, parce que les lois de l'Assemblée constituante, de la Législative et de la Convention avaient interdit de considérer ces ennemis de leur patrie comme des belligérants ;

5"* Enfin, que les jugements capitaux, rendus légalement à la suite de l'expédition anti-nationale, n'ont pas dépassé le total de 757.

Ce chiffre a été relevé aux Archives départementales du Morbihan, où sont conservés les procès-verbaux des 21 commisions militaires, qqi ont été successivement et simultanément formées pour juger les prisonniers de Quiberon, et qui ont siégé dans la presqu'île, à Auray, à Vannes, à Port- Louis et à Hennebont, du 9 thermidor an III (27 juillet 1795) au 8 ventôse an IV (27 février 1796.)

Deux des condamnés, Fournier d'Oyron et Lamour de Lanjegu se sont évadés après leur jugement. Lanjegu, inscrit sur la « liste des martyrs », fut repris en floréal an VI (fin avril 1798), après l'attaque d'une diligence, et amenée Vannes, où, pour sauver sa tète, il nomma Mercier-la-Vendée, Guillemot-sans-Pouce et vingt autres Chouans

moins connus, qui faisaient partie de là même expédition, indiqua leurs retraites et dévoila leurs plans. Sa déclaration, du 13 floréal (2 mai), est aux Archives historiques de la guerre, armée d'Angleterre.

Donc, il y eut, en fin de compte, 755 condamnés à mort fusillés.

Cependant les tables de marbre du monument de la Chartreuse d'Auray contiennent 952 noms. M. Eugène de la Gournerie, en rectifiant cette « liste des martyrs », a supprimé 34 noms erronés ou faisant double emploi, parmi lesquels (p. 165), « 5 ou 6 émigrés, ayant survécu à l'expédition, dont 3 au moins vivaient à l'époque où l'on burinait leur épitaphe ». Il y a laissé Lamour de Lanjegu, Traissac, Cognet et Barret. Il a ajouté 29 omis, et est arrivé au total de 947. Ce chiffre ne comprend pas seulement les condamnés exécutés, mais aussi les tués dans les combats ou morts des suites de leurs blessures. Si l'on en détache les noms accompagnés des désignations « insurgés, réfractaires, déserteurs », le nombre des « émigrés martyrs » ne dépasse pas 700.

La « liste des prisonniers faits à Quiberon et jugés par les commissions militaires », adressée au général en chef Hoche par le général Lemoine, le 26 nivôse an IV (16 janvier 1796), contient 711 noms. Si le relevé des procès-verbaux des commissions en donne davantage, c'est qu'il comprend

les jugements postérieurs à la date du compterendu de Lemoine, et dont aucun, d'ailleurs, ne se rapporte à des émigrés. La liste officielle des 111 comprend 27 Chouans, plus Tévêque de Dol et les 12 ecclésiastiques exécutés avec lui; ce qui réduit le total des émigrés fusillés à 611.

On a vu précédemment que, dans le premier relevé des prisonniers de Quiberon, fait le 23 juillet 1195, surlendemain de Tévénement, le général Hoche avait abaissé le nombre des qualifiés émigrés, — passibles de mort sur simple constatation d'identité, — à 538, et les avait, partagés en deux catégories, officiers 218 et soldats 260, dans Tespérance que ces derniers pourraient être soustraits à la rigueur dé la loi. Sans doute, le 21 juillet, durant la poursuite à travers la presqu'île, un nombre notable d'émigrés s'étaient mêlés aux « prisonniers français enrôlés de force » et aux « habitants de Toulon », d'ores et déjà désignés pour l'acquittement avec incorporation dans les troupes républicaines. Ceux-ci, comptés au premier moment, 1,632 et 492, ensemble 2,124, s'élevèrent, après le travail des commissions militaires, à 2,199. On peut croire que la différence entre les deux totaux fut remplie par 15 émigrés dissimulés. Si, dans la première statistique de Hoche, il n'est compta que 538 émigrés, et si, dans celle de Lemoine, il en est énuméré 611, ne serait-ce pas que 133 se seraient mêlés aux « patriotes », qui répondirent

à l'appel fraternel de Mesnage et des grenadiers?

Les prisonniers décédés dans les hôpitaux et dans les prisons, où des épidémies se manifestèrent, furent, à Vannes, 347 (D'après le relevé fait par M. le docteur G. de Glosmadeuc). Ils durent être nombreux aussi à Auray, Hennebont et Port- Louis. Le général Lemoine les évalue à 400. Une note manuscrite des Archives du Morbihan donne le total de 600 pour les morts de maladie.

Les commissions militaires ont condamné à 2, 3 et 4 mois de détention 200 Chouans.

Elles ont prononcé la détention, jusqu'à la paix, de 80 étrangers (parmi lesquels des émigrés dissimulés), considérés comme prisonniers de guerre.

D'autre part, voici, d'après les procès-verbaux, ' le compte des acquittés et élargis :

Acquittés purementetsimplement, paysans en très forte majorité i . 100

Acquittés mais incorporés dans l'armée ou la marine. Français tirés des pontons anglais ou toulonnais 2 . 848

Élargis à Quiberon, aussitôt après la reprise de la presqu'île, le 3 thermidor, sur décision des représentants Tallien et Blad, de concert avec le général Hoche, d'après Lemoine 3.000

A reporter 6 . 948

Report 6.948

Élargis à Vannes, suivant Tarrèté de Blad

du 13 thermidor 527

Élargis à Auray, par les administrateurs du département du Morbihan, suivant le même arrêté, le 20 thermidor. 141

Élargis, en vertu de Tarrêté de Mathieu, du 20 fructidor, d'après Tétat dressé, par district, du nombre des libérés etdes livraisons d'armes, de grains et de foin, en vendémiaire an IV 2 . 425

Total des acquittés et libérés. . . 10.041

En pr(^sence de ce chiffre est-il permis de considérer comme un massacre révolutionnaire la punition de Quiberon? Est-il possible de faire p^'/sser pour des « martyrs » , exterminés en masse, les 670 à 700 émigrés (y compris les morts dans les prisons et hôpitaux), à qui la justice nationale fît payer de leurs tètes le crime de s'être enrôlés à ki solde de TAngleterre, pour développer ïar guerre civile en France, et aussi la faiblesse d'avoir jeté leurs armes sans capitulation admissible, au lieu de s'être battus jusqu'à la mort, dans une expédition militairement aussi mal conduite que politiquement inexcusable ?

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