‹ Le général Hoche à QuiberonChapitre 35 sur 38 · LE COMTE D'ARTOIS A L'ILE D'YEU · texte numérisé non relu

LE COMTE D'ARTOIS A L'ILE D'YEU

Il est à remarquer que « la 'catastrophe de Quiberon » n*a pas interrompu un seul instant la comédie de la pacification vendéenne. De Scépeaux et de Béjarry, délégués reconnus et on ne peut mieux accueillis des ci-devant armées de l'Anjou et du Centre, étaient à Paris. Ils discutaient, avec le Comité de Salut public, les moyens d'empêcher la reprise de la guerre civile par la réalisation complète des cinq arrêtés que les représentants du peuple avaient accordés aux « soumis » de la Jaunaye et de Saint-Florent. Ils protestaient contre la reprise d'armes de Charette et même se chargeaient de lui faire renier sa proclamation du 26 juin. Comme Charette s'y refusait avec impertinence, l'abbé Bernier, l'inspirateur de la négociation, pro-

testait contre « les calomnies frappantes, les intentions doubles et perfides de ce prétendu manifeste » . Le révolté parjure de la Basse-Vendée était hautement condamné par ce prêtre, au nom de la morale divine et humaine. « Tète exaltée, s'écriaitil, cet homme a traité ses anciens compagnons d'armes comme la République, promettant une chose pendant qu'il faisait l'autre. » Stofflet, sous la dictée de son ministre ecclésiastique, ne cessait de témoigner de son envie « de donner des preuves de dévouement à la République » ; il persistait à « s'offrir comme médiateur » entre elle et tous ses coreligionnaires en état de réinsurrection.

Les délégués Béjarry et Scépeaux, dès que parvinrent dans la capitale les nouvelles du débarquement à Carnac et de l'occupation du fort Penthièvre par. les. Anglo-émigrés, coururent aux Comités de gouvernement réprouver l'intervention de l'Angleterre dans les affaires de la France. Sans réclamation d'aucune sorte, ils laissèrent passer les jugements et les exécutions d'émigrés, se reconnaissant incapables d'opposer l'hypothèse d'une capitulation inadmissible à l'application d'une loi très claire.

Charette seul protesta à sa manière. Informé de la mort de Sombreuil, de Hercé et de leurs compagnons, le 28 juillet, le premier dimanche d'août, il fit massacrer les prisonniers républicains, qu'il avait amenés à son quartier général de Belleville, depuis la rupture de la pacification, 300 d'après la

déclaration du paysan vendéen Barion et le rapport du représentant Cochon-Lapparent.

« Plus de cent, raconte le secrétaire de Charette aux conférences de la Jaunaye, Auvynet, furent emmenés dans un bois peu distant de Belleville et assommés à coups de bâtons et de pieux, par les soldats qui formaient sa garde. Les cannibales revinrent de cette exécution en portant comme des trophées les dépouilles sanglantes des victimes. Le reste fut fusillé dans la cour de la prison. Ces deux horribles scènes se passaient au moment où Charette, accompagné d'une partie de sa troupe, entendait la messe. La fusillade eut lieu dans le château de Belleville, et ainsi, les cris des mourants et des assassins se mêlaient aux chants que l'on entendait à la louange de la divinité. »

Peu de jours après, sur la rive droite de la Loire, des milliers de Chouans enlevaient un convoi escorté par 300 hommes du bataillon d'Afras, dont 220, rapportent les administrateurs de la Loire- Inférieure, « périssaient, la plupart après l'action, livrés à tous les genres de barbaries, auxquelles les femmes n'étaient pas étrangères ».

Par la suite, et systématiquement, furent surpris et massacrés, avec la même férocité, des détachements de divers corps ayant participé à la capture, au jugement et à l'exécution des émigrés. Une compagnie de chasseurs belges, réfugiée dans une tour, à Brée, en Mayenne, s'était rendue. Les

Chouans Texterminèrent en disant : « Vous avez manqué à votre parole à Quiberon, nous manquons à la nôtre; chacun son tour, Dieu nous jugera tous ! » Ce qui prouve avec quel an fut exploitée, par ceux qui fanatisaient ces inconscients, l'illusion calculée de Sombreuil. S'il est vrai, comme osent l'affirmer , d'ailleurs sans preuves, les plus catholiques des historiens des guerres de l'Ouest, Crétineau-Joly, l'abbé Deniau, etc., qu'au bout de quelques mois, furent ainsi détruits tous les soldats républicains employés à la répression de l'expédition de Quiberon, il faut en conclure que les représailles, compliquées de tortures et de mutilations sauvages, furent dix fois plus cruelles et plus nombreuses que les fusillades légales de la justice militaire.

Autre point, encore plus grave, omis de partipris par ceux qui appellent « massacre de martyrs » l'exécution de moins d'un millier de Français, armés contre la France et revêtus de l'uniforme anglais :

C'est que, durant les semaines du jugement des émigrés, un à un, l'expédition ne discontinua pas, et que les échappés firent tout pour aggraver la culpabilité des prisonniers.

Depu^s la victoire de Hoche, le 21 juillet, la flotte britannique était restée en vue de Quiberon. Du 10 au 12 août, elle faisait aborder au Bec, sur la côte de wSaint-Jean-de-Monts, d'abondants secours en

armes, munitions et argent, qui permettaient à Charette de continuer la guerre dans la Vendée. Le 8 septembre, elle redescendait Puisaye sur la côte bretonne, pour développer l'organisation de la chouannerie. Augmentée d'une nouvelle escadre, qui amenait Monsieur, lieutenant -général du royaume de France, le comte d'Artois, le 12 de ce même mois de septembre, elle se présentait, le 23, devant l'île de Noirtnoutier. Les fières réponses du général Cambray à ses sommations réitérées l'empêchaient d'attaquer. Elle n'osait risquer une descente dans la baie de Bourgneuf, où Hoche attendait les débarqués pour les rejeter dans la mer, encore plus vite qu'à Quiberon. Elle se décidait, le 30, à s'emparer de la petite île d'Yeu, défendue par un bateau-poste, l'aviso VEnfant, et par une garnison d'une quarantaine de volontaires. Elle y déposait les trois régiments d'émigrés reconstitués à l'île d'Houat, et renforcés de quelques troupes d'Anglais, formant au total 4,540 fantassins et 1,040 cavaliers ; ensuite, ce qu'il fallait de canons pour fortifier la position, et enfin, le 2 octobre, le frère du Roi, sa maîtresse et sa cour.

Notez qu'au même moment la conspiration royaliste provoquait cette insurrection des sections aristocratiques de Paris, que la canonnade du général Bonaparte écrasa le 13 vendémiaire an IV (5 octobre 1195).

Le prince, depuis de si longs mois annoncé à

ceux qui se faisaient tuer pour la cause des Bourbons, pouvait notifier tout de suite son arrivée à Charette. Sans trop de peine, il expédiait des émissaires à Stofflet, à Scépeaux, à Gadoudal, à Puisaye, et ceux-ci lui renvoyaient des délégués de tous les groupes insurgés ou à insurger. Néanmoins, Son Altesse Royale dédaigna la traversée facile de quatre lieues de mer pour aller « chouanner ». Elle avait pourtant été avisée des bonnes intentions royalistes du général Willot, qi:i venait d'amener le renfort des Pyrénées-Occidentales et commandait à Fontenay-le-Peuple. Mais, d'autre part, elle fut avertie par un officier du vice-amiral Villaret-Joyeuse, que le général Hoche était prêt à aller lui-même, comme il récrivait au Directoire exécutif, « enlever d'Artois et sa séquelle et fa:ire juger sur le champ de bataille, conformément à la loi, tout ce qui serait pris dans ce rassemblement d'émigrés ». Le prince s'enfuit, le 16 novembre, malgré les Anglais. Au lieu de se rendre à Jersey, ainsi qu'il l'annonçait aux Vendéens et aux Chouans, il se fit transporter tout droit en Ecosse, pour ne revoir la terre de France qu'en 1814, à la queue de la Coalition européenne victorieuse de Napoléon.

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