LA PACIFICATION GÉNÉRALE DES VENDÉENS ET DES CHOUANS EN
Cependant, si Charette était exaspéré et désespéré de la lâcheté du frère de son roi, les émigrés descendus à terre, se joignant à ceux échappés d'Auray et de Vannes, étaient parvenus à rallumer la guerre civile sur plusieurs des points où la politique de Hoche l'avait éteinte. D'après Tordre formel de Monsieur, au nom du Roi, dont S. A. R. annonçait même la prochaine arrivée, quoiqu'elle ne dût jamais se produire, Stofflet était contraint à se réinsurger, le 26 janvier 1796. La population des Mauges angevines, ayant pris la paix au sérieux, ne répondait plus à ses appels aux armes. Livré par l'abbé Dernier, s'il faut en croire la tradition populaire persistante, il fut enlevé dans la nuit du 23 au 24 février, jugé et exécuté à Angers le 2o. Charette, pratiquant l'art de la fuite à travers l'inextricable Docage avec une prodigieuse agilité,
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ne fut saisi qu'un mois plus tard, le 23 mars, jugé et exécuté à Nantes, le 29.
Hoche eût volontiers préservé de la mort ces survivants de la grande guerre de 1793. Il n'eût pas mieux demandé que d'utiliser Tun comme commandant de garde territoriale, sorte de colonel de gendarmerie, préposé au maintien de Tordre dans son pays soumis. Il s'était prêté avec joie à la négociation du curé de la Rabatelière, en vue de transporter l'autre à Tétranger, en lui garantissant la jouissance de ses revenus, et sans se soucier de l'abus qu'il eût pu faire de sa grâce.
€ La fuite de Cliarette, avait-il dit, eût rendu entièrement les habitants de la Vendée à la République, et leur eût découvert toute sa faiblesse... Il serait très heureux pour la République, que Gharette devînt le chef d'une nouvelle expédition des Anglais. Cet homme, ainsi que beaucoup d'autres, a fait trop de bruit dans la Révolution, et il n'est pas mauvais, pour l'exemple, que les réputations usurpées tombent et punissent ceux qui en jouissent. »
Depuis le 28 décembre 1795, le vainqueur de" Quiberon est chargé du commandement en chef des trois armées de l'Ouest, des côtes de Brest et des côtes de Cherbourg, réunies sous le nom d'armée des côtes de l'Océan. Pour en finir avec les Vendéens, les Chouans, les émigrés et les Anglais, un arrêté du Directoire exécutif, qu'il a dicté lui-même, l'a investi dé pouvoirs extraordinaires qui doivent
lui permetU^ de suivre jusqu'au bout, sans être entravé par les oj^sitions civiles, son plan militaire et politique de désarmement général par la force et par la persuasion,
L'Agence du Roî, de Paris, a décidé de remuer contre cet ennemi redoutable « le ciel, la terre et les enfers » . Elle est parvenue à soulever, contre « sa dictature militaire », les républicains modérés de Fontenay, en même temps que les Jacobins de Nantes. Les uns et les autres, à grands cris, ont réclamé le général Willot, qui s*est fait considérer comme le patriote modèle et qui conspire avec les royalistes, pour remplacer Hoche, dénoncé comme le protecteur des rebelles , formellement accusé d'avoir recommencé la guerre qu'il était chargé de finir.
Cette prodigieuse intrigue eût réussi , si Stoftlet et Charette avaient pu prolonger leur résistance de quelques semaines, de quelques jours.
Hoche était un dictateur d'espèce unique. Comme il l'écrivit à diverses reprises, « fils aîné de la Révolution, il abhorrait le gouvernement militaire » et « n'avait d'armes que pour faire mettre bas les armes ».
Il levait l'état de siège à Fontenay, le. 24 mars, dès le lendemain de la capture de Charette ; le lendemain de son exécution, le 30, il mettait toute la région vendéenne, « hors d'état de siège ». excepté Nantes et Angers, qui devaient attendre le
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désarmement des Chouans de la rive droite de la Loire.
Lorsque, la Vendée finie, il entame la seconde partie de son œuvre, la fin de la Chouannerie, les belles dames de Taristocratie angevine le qualifient de « général qui n'aime pas le sang, dictateur qui n'aime pas le pouvoir ». Elles l'acclament sur les promenades, elles l'appellent dans leurs salons, elles tombent amoureuses de « ce grand et beau garçon » . 11 sait faire d'elles les auxiliaires actives de sa grande pacification. C'est par l'intermédiaire d'une jeune veuve, « fine matoise », la vicomtesse Turpin de Crissé, qu'il obtient, au mois de mai, la soumission de Scépeaux et de ses lieutenants, le désarmement de l'Anjou et du Maine. Récemment investi des pouvoirs d'agent général des armées catholiques et royales auprès des puissances étrangères et des princes français, l'abbé Bernier lui-même implore un passeport pour la Suisse. Celui dont il a essayé de faire le nouveau chef de l'armée d'Anjou et Haut- Poitou, le chevalier d'Autichamp, vient très humblement reconnaître la République, en déposant ces armes que, peu de jours auparavant, il avait juré à son oncle, le marquis d'Autichamp, de garder jusqu'à sa mort ou la restauration de la monarchie.
Sur ces exemples, et aussi grâce à l'activité des colonnes mobiles, dont plusieurs sont conduites, par Hoche en personne, au fond des repaires jusqu'alors
inaccessibles, lés plus enragés des Chouans se désespèrent. Seul, Puisaye se refuse à toute démarche, continue à se cacher et reste insaisissable. Le jeune du Boisguy, sous la protection duquel il a longtemps vécu, quitte les environs de Fougères, laissant à ses bandes Tordre de désarmer, et annonçant aux autorités républicaines qu'il se retire à Rouen. .
Louis de Frotté s'embarque pour TAngleterre, après avoir autorisé le major général de ses bandes d^ Normandie à suivre la négociation ouverte avec le général Dumesny. Quant aux furieux du Morbihan, les Cadoudal, les Mercier-la-Vendée, les d'Allègre, les de Silz, s'ils tardent à se rendre, ils déploient ensuite un zèle extraordinaire pour le désarmement exigé. Georges Cadoudal écrit à un curé récalcitrant :
«. Une vingtaine d'ecclésiastiques, que j'avais rassemblés, ont décidé unaqimement qu'il fallait rendre les armes, Dieu même ne devant pas demander de nous l'impossible... L'absolue majorité des puissances de rEwope reconnaît la République, le pape lui-même traite avec elle... Elle ne peut pas manquer, sous fort peu de temps, de devenir légitime... Elle existe réellement, parce qu'il n'y a pas un seul être qui puisse dire raisonnablement : J'ai des forces suffisantes pour détruire le gouvernement actuel. »
Le 18 juillet 1196, le général Hoche présente son
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rapport d'ensemble sur la pacification de l'Ouest.
Le Directoire exécutif, dans un message du 15, proclame terminées « ces affreuses guerres ».
Le J 6 et le n, les deux conseils des Cinq Cents et des Anciens déclarent que Tarmée des côtes de l'Océan a bien mérité de la patrie.