‹ Le général Hoche à QuiberonChapitre 5 sur 38 · LAZARE HOCHE DANS L'OUEST · texte numérisé non relu

LAZARE HOCHE DANS L'OUEST

Tandis qu'un intrigant de la plus perverse habileté préparait à Londres « le grand coup > contre la République française, était arrivé dans TOuest le jeune général qui devait le faire avorter.

Louis-Lazare Hoche, né à Versailles le 24 juin 1768, fils d'un palefrenier de la vénerie du roi, employé lui-même au chenil en 1782, était entré aux gardes-françaises le 19 octobre 1784, grenadier en 1785, caporal en 1789. Le 28 avril, il faisait partie des compagnies conduites au faubourg Saint-Antoine, pour réprimer Témeute contre le papetier Réveillon, et qui, malgré les efforts de leurs officiers nobles, protégèrent les ouvriers, que fusillaient les autres détachements. Son régiment licencié, le 31 août, il passa dans la garde nationale soldée de Paris, sergent. Aux journées des 5 et 6 octobre, il fut de ceux qui sauvèrent les apparte-

ments de la reine de Tinvasion populaire. Adjudant au 104* d'infanterie, le 1*^' janvier 1792, très remarqué par sa beauté physique, sa belle tenue et rinstruction qu'il s'était donnée lui-même, il fut, le 18 mai suivant, promu lieutenant au 58*; il y devint capitaine, le l*"" septembre, à Thionville. Ayant participé à la défense de cette place, puis au siège de Namur, il fut pris pour aide-de-camp par le général Le Veneur. Celui-ci, après la trahison de Dumouriez^ Tenvoya à Paris (avril-mai 1793), informer de la situation le Comité de Salut public qui, alors sous l'influence de Danton, le nomma adjudant général, chef de bataillon à l'armée du Nord, le 15 mai. Lorsque Le Veneur fut incriminé, il s'éleva contre le soupçon dont, celui qu'il appelait son maître et son ami était l'objet, fut arrêté lui-même et traduit devant le tribunal criminel de Douai, qui l'acquitta. L'ardeur de son patriotisme républicain était incontestable ; il avait fait, durant son voyage à Paris, la connaissance de Marat, et donné, dans le journal de « l'Ami du peuple », alors intitulé le Publiciste de la République Française, un article des plus remarqués sur les fautes commises durant la dernière campagne de Belgique.

Passé sous les ordres de Souham, Hoche contribua à la défense de Dunkerque contre les Anglais, avec tant d'éclat que les représentants Trullard et Berlier rélevèrent coup sur coup, le 10 et le 13 septembre, aux grades de chef, puis de général de bri-

gade. L'attaque de Fumes, Nieuport et Ostende lui valut d'être nommé général de division, le 23 octobre, employé à Tarmée des Ardennes et bientôt appelé au commandement en chef de l'armée de la Moselle. C'est avec cette armée et celle du Rhin, qui y fut un moment réunie, qu'il soutint, en novembre et décembre, contre les Prussiens, les Autrichiens et les émigrés, la terrible lutte qui aboutit à la libération de l'Alsace par la reprise des lignes de Wissembourg et le déblocus de Landau.

Durant le repos qui suivit cette magnifique campagne, le vainqueur de Brunswick et de la Coalition aperçut, à Thionville, une charmante jeune fille, Adélaïde Dechaux, s'éprit d'elle et, quoiqu'elle fût sans dot, ayant pour père un modeste gardemagasin des vivres, l'épousa, avec une simplicité vraiment républicaine, le 11 mars 1794.

Quelques jours plus tard, en vertu d'un arrêté du Comité de salut public, du 10 mars, il était changé de commandement et envoyé à Nice. Arrivé, le l*'' avril, au quartier général de l'armée d'Italie, il recevait la notification d'un nouvel arrêté, du 20 mars, par lequel le grand Comité le suspendait de ses fonctions et l'appelait à Paris, pour répondre à l'accusation de Saînt-Just « d'avoir failli tout perdre par sa précipitation et par sa désobéissance au plan ordonné », faute de s'être entendu avec Pichegru, qui déjà lui était suspect. Emprisonné aux Carmes, le 11 avril, il fut plus tard transféré à la Concier-

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gerie, où, durant tout un trimestre, il dut se croire à la veille de monter sur Téchafaud. Barras se vante d'avoir sauvé « la plus belle et la plus franche gloire républicaine, la tête la plus forte dans la guerre et dans la politique », en obtenant de Fouquier-Tinville la radiation du nom de Hoche de l'une des dernières listes de détenus à faire comparaître devant le tribunal révolutionnaire. En prison, le jeune général eut pour compagnes les futures M""®" Tallien et Bonaparte, dont Tamabilité ne servit pas peu à atténuer son Jacobinisme et, comme dit un historien de nos jours, M. Albert Sorel, à adoucir, à « affiner au frottement de la vie ce jeune sauvage du faubourg », sans diminuer son amour de la patrie, son dévouement absolu, inébranlable, à la République plus largement comprise. Mis en liberté par les thermidoriens, le 4 août, aussitôt réintégré dans son grade, il ne fut pas renvoyé, comme il Teût désiré, à Tarmée dltalieou à l'une des armées du Nord. Celles-ci, du reste, bien conduites, avançaient triomphalement sur le territoire des ennemis, après avoir dégagé le sol français de rinvasion. On eût pu, comme cela dut se faire dix-huit mois plus tard, le charger de diriger toutes les forces immobilisées dans TOuest par l'interminable insurrection catholique royaliste. On maintint la subdivision en trois armées, et on ne lui donna à commander que la plus petite, celle des côtes de Cherbourg.

Dès le commencement du mois d'octobre 1793, Hoche, de Dunkerque, avait, dans une lettre aux représentants Trullard et Berlier, transmise pap ceux-ci au Comité de salut public, indiqué Tidée, dont il poursuivit jusqu'à sa mort la réalisation : qm V ennemi n'était point la Vendée, que r ennemi n'était point V Allemagne, qu'il fallait repousser V Allemagne, rallier la Vendée, et se jeter sur l'Anglais, le seul ennemi, celui, en effet, qui, à la fois, entretenait la guerre civile et subventionnait la Coalition européenne. L'idée n'avait pas été perdue par Carnot, qui fit entrer dans le système général des opérations « de la campagne de 1794 », adopté le 30 janvier, « ces trois objets à remplir par les armées de l'Ouest, des côtes de Brest et des côtes de Cherbourg, que l'on pouvait regarder comme n'en faisant qu'une : finir la guerre de la Vendée, garder les côtes, opérer la descente proielée sur les côtes d'Angleterre, »

Pour « courir au plus pressé » , c'est-à-dire dégager la frontière du Nord, à la fin du mois de mai, le projet d'invasion des îles anglaisés de la Manche avait été ajourné. L'homme qui convenait le mieux à la reprise et au développement de l'opération était évidemment Lazare Hoche. Ce fut, sans doute, le principal motif pour lequel Carnot lui fit donner le commandement de l'armée des côtes de Cherbourg, le 21 août 1794.

Il inaugura son commandement par une cordiale

et ferme proclamation « aux habitants et aux citoyens de la première réquisition :

« C'est au moment ou le génie de la liberté fait triompher les armées de la République, que je suis envoyé pour commander celle des côtes de Cherbourg. J'espère que bientôt, ne connaissant plus d'ennemis dans ces départements, V armée que je commande pourra porter ses armes contre les auteurs de tous les maux qui ont affligé ces belles et malheureuses contrées, et punir les étrangers perfides d avoir cherché, et malheureusement réussi, à semer la division parmi le peuple régénéré. . .

« Quand verra-t-on luire le jour fortuné où des Français rebelles n'assassineront plus la patrie et leurs frères ? Quel est leur but en s'armant contre les troupes de la République? De vous rendre éternellement malheureux, de perpétuer à l'infini des dissensions intestines et cruelles ; de continuer à mériter, par leur infâme conduite, Vor que leur prodigue V Angleterre, vaincue partout et mille fois plus féroce et plus coupable qu'eux,

« Mais, parmi ces hommes armés contre la République, n'en est-il pas beaucoup d'égarés?... Quoi donc ! ces hommes préfèrent les bois et les forêts à leurs toits honorables ! Ils préfèrent le nom et le métier de bandits au nom de citoyens et au métier paisible de cultivateurs ! Quelques jeunes gens préfèrent une mort honteuse et inévitable à la gloire de servir la patrie qui, pour un moment, demande

leurs bras et va bientôt les renvoyer libres dans leurs foyers. Quel délire!...

« Je ne suis point envoyé pour anéantir la population, mais pour faire respecter les lois. Qu*ils posent leurs armes ; que, rendus à leurs occupations ordinaires, ils rentrent paisiblement chez eux; qu'ils cessent par leurs rassemblements de troubler la République ; qu'ils en suivent les lois ; qu'ils ne voient plus en nous que des frères, des amis, des Français enfin !

« J'assure, de la part des représentants de la nation entière, à ceux qui seront tranquilles dans leurs foyers et maintiendront le repos public et général, paix, union, sûreté, protection, liberté, fraternité et garantie des propriétés. Nous y mettrons toute la bonne foi possible. Et moi aussi, j'ai été malheureux! Je ne puis ni ne veux tromper ceux qui le sont...

« Rentrez donc, citoyens, qui avez été égarés... Je tiendrai toutes les promesses que je fais ici. Vous ne me forcer e.'î pas, fen suis convaincu, à déployer contre vous un appareil de guerre formidable, que je saurais employer dune manière efficace contre ceux qui s'obstineraient à préférer le nom de Chouans à celui de Français... »

Le 9 novembre, le Comité de salut public, décidait € la réunion provisoire des armées des côtes de Cherbourg et de Brest, sous un même général en chef, Hochç. »

Hoche n'accepta pas sans murmurer un peu cet accroissement de son commandement. Car, en même temps, Ton enlevait à ses deux armées leurs meilleures troupes pour en grossir Farmée de rOuest. Dans le but de hâter la fin de la guerre de Vendée, on le rendait trop faible pour empêcher le développement de la Chouannerie.

Il était au courant des projets de Puisaye, mais il savait que « l'armée cathjlique et royale de Bretagne », n'existait pas, en réalité. Il eût voulu avoir assez de troupes bien disciplinées pour parcourir tous les pays « chouannisés » et faire pénétrer d'innombrables colonnes mobiles dans tous les repaires de Chouans. Il eût voulu, en même temps, avoir assez de pouvoirs pour développer sa large politique de pacification, dès lors exposée : la liberté des cultes poussée jusqu'à la tolérance des prêtres réfractaires, afin de les séparer des nobles, et d'isoler la cause de la religion de celle de la monarchie; le désarmement général, exigé par la force dans les miheux incorrigibles, obtenu par la persuasion dans les campagnes égarées.

En son premier ordre du jour à l'armée des côtes de Brest, 19 novembre 1794, on lit :

« Une armée indisciplinée est le plus grand fléau d'un pays, qu'elle occupe et doit défendre. En campagne, je rends les chefs responsables des fautes de leurs subordonnés. C'est à eux à les prévenir par une bonne police.

t Je leur recommande depoursuivre sans relâche le brigand dévastateur; de le faire conduire dans les maisons destinées au crime, après Tavoir fait désarmer ; mais en même temps, de voir un Français, un frère, dans V homme égaré, séduit ou entraîné par Verreur ou la crainte du châtiment, s'il est repentant, si ses intentions sont de vivre en bon et paisible citoyen. La justice le prescrit et la Convention nationale Tordonne. »

Le 12 frimaire an III (2 décembre 1794), la Convention décréta que « toutes les personnes connues, dans les arrondissements des armées de rOuest, des côtes de Brest et des côtes de Cherbourg, sous les noms de Rebelles de la Vendée et de Chouans, qui déposeraient les armes dans le mois suivant le jour de la publication du décret, ne seraient ni inquiétées ni recherchées dans la suite pour le fait de leur révolte. »

Sans doute, Hoche accueillit avec enthousiasme cette proclamation de l'amnistie, sous condition de désarmement. Mais, quand il vit Taction militaire de Canclaux arrêtée en Vendée, <îelle qu'il voulait poursuivre lui-même en Bretagne entravée ; de ténébreuses négociations avec les chefs rebelles, engagées en dehors des généraux ; les représentants du peuple, trop multipliés^ se diviser entre eux et, par des ordres en sens contraire, rendre son commandement illusoire, l'attaquer lui-même, élever des soupçons sur ses intentions ; le dégoût et la

lassitude le prirent. Étranger à une pacification, qui n'était pas telle qu'il l'avait conçue, qu'il jugeait nuisible aux intérêts de la République, il réclama un congé par lettres très pressantes adressées au Comité Je salut public, le 3 et le 9 janvier 1795.

Sur l'insistance des représentants en mission près de l'armée des côtes de Cherbourg et de Brest, le congé fut refusé. Hoche resta, réduit à l'inactivité durant les négociations, mais se préparant à tout événement, si elles avortaient.

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