LA FAUSSE PACIFICATION DE
Les négociations avec les chefs, très maladroitement substituées à Tamnistie pure et simple, parurent réussir. Elles furent même entamées en Bretagne par les chefs des Chouans, Le Deist de Botidoux, puis Bras de Forges de Boishardy, enfin Dezoteux de Cormatin, le major général dePuisaye. Cormatin, se substituant complètement à son général en chef, s'attribua les pleins pouvoirs du Comité central de la prétendue armée catholique royale et, — malgré Hoche, qui ne fut pas un seul instant dupe de son outrecuidance, — prit le rôle de grand Pacificateur, non seulement de la Chouannerie, mais aussi de la Vendée. Il porta pompeusement ses « Paroles de paix » jusqu'à Nantes. Si tous les représentants négociateurs avaient été aussi naïfs que les premiers qu'il rencontra, il eût vu Charette
et se fut entendu secrètement avec lui avant les conférences ofQcieUes. Il fat admis à criles-ci, y fit la connaissance des chefs vendéens, qui n*avaî@Kt jamais entendu parler de lui, et contresigna, sous ta tente de la Jaunayc, le fameux Acte de soumission du 29 pluviôse de Tan III (il février 1195).
Charetle, Sapinaud, Béjarry et autres chefs du Bas-Poitou et du Centre « déclaraient solennellement à la Convention nationale et à la France entière, se soumettre à la République une et indivisible, reconnaître ses lois, s'engager à n'y porter aucune atteinte et jurer sur l'honneur de ne jamais reprendre les armes contre elle. »
Scépeaux et les autres chefs des Chouans du Maine, de l'Anjou et de la rive droite de la Loire ayant adhéré à la soumission de Charette, Cormatin entreprit la recherche des campements de la chouannerie bretonne. Accompagné du plus aimable et du plus étourdi des surveillants, le général Humbert, sous prétexte de propager ses « Paroles de paix », il s'apprenait la géographie des pays insurgés et mettait en relations les unes avec les autres des bandes errantes, qui n'avaient jamais encore pu se reconnaître. Après quoi, le dernier jour du mois de mars, il s'installait princièrement, aux frais de la République, dans le château de la Prévalaye, près de Rennes. Les officiers catholiques-royalistes de toutes les régions, accouraient en foule, y compris ceux qui^ comme
le jeune Normand Louis de Frotté, étaient décidés à ne rien signer. Les émissaires de Jersey et de Londres, Armand de Chateaubriand, Tinténiac, pouvaient même venir communiquer, de vive voix, les renseignements que l'interception de la correspondance de Puisaye avait empêché de parvenir.
Le V floréal (20 avril), à la Mabilais, comme à la Jaunaye, était reçue par les représentants du peuple la « Déclaration des chefs de Tarmée catholique et royale de Bretagne », signée par Cormatin et seulement 22 chefs. Elle portait comme Tautre: « l'entier oubli du passé, la soumission à la République une et indivisible et l'engagement de ne porter jamais les armes contre elle ». Stofflet, dont la moitié de Tétat-major s'était soumis au mois de février, en se faisant attribuer d'assez grosses gratifications, résista jusqu'au 2 mai. Ce jour, enfin, près de Saint- Florent, il signa, avec 26 membres de son conseil militaire et son ministre, l'abbé Bernier.
En échange des déclarations de soumission, les représentants du peuple produisaient cinq arrêtés, d'après lesquels :
« Tout individu et toute section de citoyens quelconque peut exercer librement et paisiblement leur culte; -^ les individus et ministres de tout culte quelconque ne peuvent être troublés, inquiétés ni recherchés pour l'exercice libre, paisible et inté rieur de leur culte.
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« Chefs et habitants insurgés soumis sont à Tabri de toute recherche pour le passé; — il sera accordé des secours aux habitants pour leur aider à exister, à relever leurs chaumières, rétablir Tagriculture et faire revivre le commerce; — les jeunes gens delà réquisition restent dans le pays...
« Les habitants soumis rentrent en possession de tous leurs biens meubles et immeubles ; — main-levée de séquestre est donnée aux rebelles soumis qui étaient inscrits sur les listes des émigrés ; — de même, aux enfants et héritiers des condamnés sans déclaration de juré. . .
€ Les ci-devant rebelles, n'ayant aucune profession, sont libres d'entrer dans les troupes de la République; — ceux d'entre eux, naturels et habitants du pays avant le mois de mars 1793, seront organisés en gardes territoriaux et soldés par le Trésor public, sans que le nombre puisse excéder 2,000 hommes (par ancienne armée).
« Tous les bons, signés par les chefs, par les commissaires aux vivres et autres délégués seront remboursés jusqu'à concurrence de 2 millions » (pour Charette, dans la * même proportion pour les autres).
Ces arrêtés furent par trois fois présentés à la Convention nationale, qui les convertit en lois, et, en proclamant la Vendée finie, l'Ouest pacifié, décréta que les trois armées placées sur le théâtre de la guerre civile avaient bien mérité de la patrie.