PREFACE
mis à la disposition de tous, que celuiqui se prépare par Tétude, les sciences et la littérature, a des chances de parvenir tôt ou tard aux plus hautes dignités de son pays ; et que par conséquent tout homme devrait se tenir prêt, afin qu'au moment oti la société l'appelle, il soit, comme Garfield, en état de répondre par des actes d'héroïque vertu tels que ceux dont la biographie du nouveau Président de l'Union va nous offrir le récit.
Benjamin Franklin PEIXOTTO.
Lyon, le 5 mai 1881.
Le 20 juillet
Au moment où cet ouvrage allait être mis sous presse, un télégramme nous a tout à coup annoncé l'effroyable attentat dont le général Garâeld vient d'être victime. Le bruit de sa mort a même fait naître à deux mille lieues de distance une tristesse, une douleur dont on ne retrouverait pas, croyons-nous, beaucoup d'exemples dans l'histoire. Et ce
ne sont pas les particuliers seulement qu'a émus la terrible nouvelle; les nations entières on ressenti le coup qui atteignait si soudainement un chef aimé, adoré des siens; elles se sont généreusement associées au deuil d'un grand peuple que le monde a vu depuis un siècle marcher à pas de géants dans les voies delà civilisation et de tous les progrès. Les hommes les plus honorables de tous les pays ont témoigné une affliction sincère ; les plus puissants monarques ont envoyé à Washington les messages où ils exprimaient leurs condoléances et leurs vives sympathies.
Heureusement, ce n'était là qu'un faux bruit : à l'heure ou j'écris ces lignes, l'illustre Président des Etats-Unis voit se cicatriser — trop lentement, il est vrai — les
blessures qu'un misérable, un infâme lui a portées sans'inotif comme sans provocation. La Providence, qui tant de fois avait protégé sur les champs de bataille les jours du général Garfield, a déjoué cette coupable tentative et montre qu'elle tient dans ses mains les destinées des nations. Puisse le sinistre événement que nous déplorons tous, calmer, éteindre, s'il est possible, les âpres et sombres passions qui semblent, à la honte des temps modernes, vouloir ramener la barbarie au sein des plus florissantes sociétés !
Pour moi, appelé à l'honneur de représenter les Etats-Unis à l'étranger, connaissant à fond leur histoire, leur politique, les mœurs et les vrais sentiments du peuple américain, qu'il me soit permis de l'affirmer à mon tour : l'attentat du 2 juillet n'a point de ca-
ractère politique. Aucun parti, aucun chef n'a inspiré cet acte d'égoïsme farouche qui, par-là même, demeure purement individuel . Aux Etats-Unis, dans le présent comme dans le passé, il n'est pas un parti qui n'ait toujours repoussé avec indignation le régicide et l'assassinat. En ce moment, tous les Etats de l'Union, magistrats et peuple, le Sud comme le Nord, ne protestent-ils pas avec une égale horreur contre l'atroce folie du meurtrier? Non, le forfait qui a failli nous ravir un Président dont les rares qualités ont réussi dans le court espace de quatre mois à conquérir l'estime et l'affection de tous ses compatriotes, quelle que fût leur nuance politique, ce forfait ne saurait être que l'oeuvre d'un des êtres les plus vils qui jamais aient rampé sur la terre, d'un scé-
lérat sans passé et sans avenir, qui n'est sorti de son obscurité que pour devenir à jamais l'objet de Texécration universelle. Nulle controverse sérieuse ne s'agitait dans le pays; nul intérêt grave n'était en jeu, nul principe national en discussion. Bien au contraire, la nation jouissait d'une paix profonde; dans ses veines circulaient à flots la force et la vie. Tout prospérait, commerce, industrie, finances, agriculture; dans les villes, dans les campagnes, serépandaient chaque jour davantage T intelligence et la moralité. Des essaims d'émigrés, accourus de toutes les contrées du globe, venaient demander asile à cette terre d'Amérique où le succès récompense le travail énergique et patient. Cette heure d'universelle félicité est celle que le crime a choisie pour
frapper notre Président bien-aimé, pour plonger notre chère patrie dans les angoisses d'une véritable agonie.
Grâce à Dieu, grâce à la vigueur de son tempéramment si bien conservé par la pureté de sa vie, et malgré les fatigues de plusieurs campagnes, malgré les travaux bien autrement pénibles des sessions législatives, le brave général Garfleld est vivant. L'homme « sans peur et sans reproche » est encore à notre tête ; il continuera longtemps, nous l'espérons, à diriger les destinées de l'Union, de cette Union qui, après tout, n'eût certes pas succombé avec lui. La grande Union américaine vit et vivra dans la série des siècles ! Vous pouvez blesser un membre, vous pouvez vous attaquer au corps, l'esprit luimême est immortel !
Un jour, dans les temps à venir, le citoyen des Etats-Unis, rangé avec sa famille autour du foyer pendant les longues soirées d'hiver, exposera plus d'une fois, sans doute, à ses fils les leçons qui ressortent naturellement de l'abominable assassinat du président Garfleld. Lorsqu'ils en connaîtront les détails, nos arrières-neveux réfléchiront que le premier devoir imposé a l'homme en naissant, c'est de combattre ses appétits désordonnés et de leur commander en maître ; que tous nous sommes frères et que Dieu est notre Père commun ; que l'imperfection se rencontre partout dans les choses humaines:
que tout citoyen doit obéissance aux lois, et que, dans une répubhque, il faut regardei' la voix du peuple comme la voix de Diëit, quand ce peuple reste soumis à la justice et
à la légalité. Que ces vérités soient comprises, dès lors la vertu régnera dans les Etats eu même temps que l'instruction, et l'on ne verra plus un misérable s'autoriser de doctrines follement interprétées pour lever une main homicide sur l'oint du Seigneur.