‹ Le général James A. GarfieldChapitre 8 sur 11 · GARFIELD AVOCAT CONSTITUTIONNEL · texte numérisé non relu

GARFIELD AVOCAT CONSTITUTIONNEL

Le général Garfield commença l'étude du droit lorsqu'il était professeur et président au collège d'Hiram. Pendant la guerre il emporta dans les camps ses livres de droit qu'il parcourait aux heures de repos quand les soldats se livraient à l'oisiveté ou au sommeil. A Washington il suivit ces mêmes études avec un tel succès qu'en 1868 il fut choisi pour plaider devant la Cour suprême dans une importante affaire, qui touchait aux intérêts de la nation. En 1864, dans l'État d'Indiana, une commission militaire avait cite par-devant elle comme coupables de trahison, un assez grand nombre d'indi-

vidus accusés d'avoir entravé les enrôlements et favorisé la désertion des soldats. Ils avaient tous été jugés et condamnés à mort. Le président Lincoln commua leur peine en celle de la prison à vie; mais, la paix conclue, leur cause fut soumise à un nouvel examen et portée devant la Cour suprême des États-Unis par la raison qu'une Commission militaire était sans juridiction, même en temps de guerre, dans un État où les autorités des districts et toutes les Cours civiles étaient restées debout, dans le I plein exercice d'un pouvoir incontesté. Outre que cette affaire soulevait les questions les plus délicates au sujet des principes fondamentaux du gouvernement constitutionnel, les coupables avaient subi leur condamnation pour un crime odieux commis dans un moment où leur trahison mettait en péril la cause de l'Union; et certes, il ; fallait de la part d'un jeune membre repu-

blicain du Congrès une singulière hardiesse pour venir devant la Cour du dernier appel, réclamer la liberté de semblables prévenus. Les avocats associés à Garfîeld étaient démocrates et représentaient par leurs talents l'élite du barreau américain. Lui, cependant, avait découvert au fond de cette cause un principe primordial, et dès lors il ne craignit pas d'accepter la lutte devant la Cour.

De fait, sa première plaidoirie ébranla de fond en comble l'ancienne procédure et détermina, on peut le dire, le jugement final qui intervint en faveur de ses clients.

Après avoir passé en revue les précédents les plus saillants que lui fournissait l'histoire du droit anglais , le défenseur s'exprimait ainsi :

(( Les décisions alléguées nous permettent de tracer, dès leurs plus lointaines origines, les progrès et les développements

de la liberté anglo-saxonne, ses innombrables conflits avec un pouvoir irresponsable, ses victoires chèrement achetées mais toujours gagnées, victoires qui ont couronné d'une immortelle gloire les institutions de la libre Angleterre et imprimé leur trace indélébile sur l'esprit de la race anglo-saxonne.

(( Ces principes , nos ancêtres les ont emportés avec eux dans le nouveau monde ; ils les ont gardés avec une vigilance infatigable, avec un culte tout rehgieux. A riieure de ses récentes épreuves, durant la dernière rébellion, la République ne les a point oubliés.

(( L'unique raison sur laquelle les illustres avocats essayent d'étabhr les titres de la Commission mihtaire à juger les pétitionnaires, c'est la nécessité des circonstances. Je réponds qu'il n'y a point eu de nécessité. Ni la Constitution ni le Congrès ne l'ont reconnue. La Constitution est un

arsenal admirablement pourvu pour faire face à toutes les éventualités de la vie nationale. Est-il une plus évidente preuve de son excellence que l'effroyable révolte qui, tout récemment, a dissous les administrations municipales des onze États pour les fondre dans une puissance usurpatrice, créée dans le seul but de détruire le gouvernement des Etats-Unis? Quant au Congrès, du commencement delà rébellion jusqu'à la fin, il n'a qu'avec beaucoup de peine porté remède aux nécessités extrêmes de la nation; pourtant, en seize articles mûrement élaborés, la législature nationale s'est chargée de pourvoir à tous les cas ; elle a su armer de toutes pièces le pouvoir exécutif avec la sanction solennelle de la loi » .

Enfin, s' adressant directement à la Cour, l'orateur lui dit : « De votre arrêt datera une ère dans l'histoire de l'Amérique. La solution équitable et définitive de

ce grand débat prendra une haute place parmi les perfectionnements appréciables qui ont immortalisé cette décade. Elle établira pour jamais cette vérité d'une valeur inestimable pour nous, pour l'humanité entière, qu'une république peut lâcher la bride aux sanglantes fureurs de la guerre tout en respectant les garanties de la liberté individuelle ; qu'elle peut étouffer l'insurrection et la révolte, si formidables soient-elles, sans toucher aux boulevards de la loi; qu'elle peut, en armant des miUionsdebras, défendre tout ensemble la nationalité et la liberté. Les victoires du champ de bataille étaient sans prix, puisqu'elles arrachaient la patrie aux mains de ses implacables ennemis ; mais la paix a aussi ses victoires, non moins belles, non moins précieuses que celles de la guerre ; et si votre sentence doit étendre la protection des Jois à tout acte accompli sur tout

notre immense territoire, vous aurez rendu l'un des plus mémorables jugements du siècle » .

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