‹ Le général Joubert, d'après sa correspondence; étude historiqueChapitre 13 sur 34 · TROISIEME CAMPAGNE · texte numérisé non relu

TROISIEME CAMPAGNE

BATAILLES DE LONATO, DE CASTIGUONE, d'aRCOLE

La Haute-Italie avait été conquise en deux mois. Il s'agiss3it de la garder. Bonaparte, en mai, avait communiqué au directeur Carnet son plan, qui consistait à franchir les montagnes du Tyrol, pour rejoindre l'armée du Bhin, et porter la guerre au cœur de TAllemagne. Le Directoire fut épouvanté de ce plan gigantesque, et voulut imposer à Bonaparte un plan plus dangereux encore. Carnot voulait que l'armée fût divisée en deux corps. L'un avec Kellermann défendrait la Lombardie, pendant que Bonaparte, avec le deuxième corps, irait punir les cours de Borne et de Naples. Les Français ont toujours perdu l'Italie aux X VI« et XVII« siècles, en se divisant. Cette faute amena en 1799 nos désastres de la Trebbia et de

Novi, où Joubert perdit la vie pour cette erreur militaire doat il n'était pas coupable, comme nous le verrous.

Bonaparte, plutôt que d'accepter le plan de Garnot, offrit sa démission. Le Directoire le laissa alors libre de défendre l'Italie, comme bon lui semblerait. La tâche était lourde même pour lui. 11 résolut de suite de défendre la ligne Ae TAdige, comme celle qui couvrait mieux l'Italie. En juin 1796, Deaulieu avait été remplacé par Wurmser, qui emmena avec lui des bords du Rhin 30,000 hommes de vieilles troupes, qui portèrent l'armée autrichienne à 60,000 hommes, outre 15,000 en garnison à Mantoue. Les Français avaient 40 à 45,000 hommes. Wurmser commit la même faute que Beaulieu en divisant son armée, dont le quartier général était à Trente. Il détacha 20,000 hommes qui devaient suivre le lac de Garde du côté occidental et arriver à Brescia, pendant que lui-même, avec 40,000 hommes, descendrait entre TAdige et le lac de Garde. La jonction des deux corps devait avoir lieu à la pointe du lac. Bonaparte, avec son coup d'œil d'aigle, vit de suite qu'en concentrant toutes ses forces, il avait le temps d'accabler les 20,000 hommes qui devaient déboucher sur Brescia avant l'arrivée de Wurmser à Peschiera.

Jouberty avec sa brigade, défendait la position de Corona en avant de Rivoli, entre le lac et l'Adige. Attaqué par toute l'armée de Wurmser, il fut enveloppé et forcé de battre en retraite. Mais sa résistance avait été si opiniâtre, malgré l'énorme infériorité du nombre, qu'il fallut un jour ou deux à Wurmser pour forcer le passage et pour pouvoir s'étendre dans la plaine, ce qui donna à Bonaparte le temps de concentrer toutes ses troupes en abandonnant le siège de Mantoue.

Déjà le corps autrichien de 20,000 hommes qui avait suivi la rive du lac de Garde à l'ouest, débouchait par Salo, s'emparait de Brescia, et menaçait nos communications avec Milan. Bonaparte court à marches forcées sur Lonato, où il arrête l'ennemi. Ce fat à l'occasion de cette première rencontre, qu'il dit plus tard : « J'étais tranquille, Dallemagne était là, avec la trente-deuxième demibrigade. » On sait que le général Dallemagne était du Bugey, et qu'^ la fameuse trente- deuxième était composée en grande partie de volontaires de l'Ain, incorporés dans cette demi-brigade. Augereau reprend Brescia le i" août. Le lendemain, Bonaparte

est enveloppé par les Autricbiens. Sans s'émouvoir de Téchec subi d'abord par ses deux ailes, il forme une colonne serrée avec deux demi-brigades, appuyée par un régiment de dragons, et fond sur le centre ennemi que Kusdanovitcb avait afifaibli pour envelopper les Français. Les Autricbiens, coupés en deux, sont en pleine déroute, nous laissant 20 canons. Telle fut la bataille de Lonato, où Bonaparte obtint la victoire par une manœuvre qui lui réussit également à Gastiglione.

Bonaparte se retourne alors pour faire face à Wurmser, qui, au lieu de cbercber à faire sa jonction avec les 20,000 Autricbiens battus à Lonato, était allé à Mantoue, espérant surprendre l'armée de siège, qui avait disparu, ne laissant devant Mantoue que ses affûts de canon brûlés. Wurmser se précipite alors au Nord pour rejoindre ses deux divisions battues à Lonato, et s'étend dans les plaines de Gastiglione. Bonaparte fait alors tous ses efforts pour rallier toutes ses troupes. Sentant Timportance d'une bataille qui va décider du sort de l'Italie, il déploie une activité inouïe, jusqu'à porter ses ordres lui-même. Ce fut dans un de ces mouvements si brusques qu'il se trouva à Lonato avec 1,000 bommes, entouré par 4,000 Autricbiens auxquels il fit mettre bas les armes par une simple sommation. La vérité de ce fait nié par les bistoriens allemands, attesté par M. Thiers sur le témoignage d'un bomme peu connu, est confirmée par le récit de Joubert, dans une lettre que nous verrons bientôt.

Le 5 août (18 tbermidor) 25,000 Français, rangés en bataille sur les hauteurs de Gastiglione, reçurent le choc de 46,000 Autricbiens. Bonaparte devina de suite le plan de Wurmser, qui cherchait à étendre sa droite, pour gagner Lonato, afin d'envelopper les Français. Bonaparte favorisa ce mouvement en repliant sa gauche, tenant son centre immobile, et en poussant sa droite en avant pour s'emparer de la redoute de Medolano. Il attendait pour marcher luimôme avec le centre, l'arrivée de Serrurier qui, venant de Mantoue, devait tomber sur les derrières de l'ennemi. Aussitôt que l'on entend le canon de Serrurier, Augereau, dont l'avant- garde était commandée par Joubert, attaque le centre de l'ennemi, appuyé sur la tour de Solferino. La gauche des Français reprend l'offensive, la ligne affaiblie des Autrichiens est rompue, et Wurmser bat en retraite. En quinze jours, 30,000 Français avaient détruit une armée

— iode 60,000 hommes. RésuUat inouï qui coneterna en Italie tous le» gouvernements rétrogrades.

Voici les lettres où Joubert raconta à son père les batailles de Lonato et de CastigUone :

« Vérone, 9 août 1796.

(( Joubert à son père,

a Le 11 thermidor, l'armée de Wurmser, forte de 50,000 hommes, a attaqué nos deux postes principaux, Salo et Corona : je commandais le dernier. Ils ont été tournés et forcés ; nous avons fait une belle retraite sur Peschiera, le 12. Le même jour, Vérone et Porto-Legnano ont été évacués par nous, et les troupes se sont rapidement portées dans la partie de Salo, qui, étant sur nos derrières, nous faisait craindre d'être coupés. Le 13, Salo a été repris, et le général Guieux, qui était cerné dans le château, dégagé. Mais l'ennemi ne se trouvait pas là en force *; il avait filé sur Brescia, y avait pénétré, nous avait pris deux mille malades, une quantité d'officiers généraux malades ou convalescents, et beaucoup d'effets militaires. Le général Bonaparte, inquiet de la hardiesse des mouvements de l'ennemi, qui avait jeté de la cavalerie sur nos flancs et nos derrières, nous coupant toutes les routes, Bonaparte, qui se voyait pris par le flanc, par le front et sur ses derrières, laissait raisonner ceux qui lui conseillaient uije retraite derrière l'Adda. Le 13, il avait fait lever le siège de Mantoue ; toutes les pièces de siège furent abandonnées, et le général Serrurier, qui le commandait, se retirait avec ses troupes à Ponte-Montecaria, derrière l'Oglio. Les bagages de -tous les officiers de l'armée avaient été pillés par les paysans italiens qui s'assemblaient par centaines et massacraient les traineurs; rien n'était plus critique que notre position. Cependant le 14, toute l'armée est réunie de Lonato à Montechiaro ; tous les officiers résolus parlaient de bataille ; l'armée la demandait à grands cris ; Bonaparte ne désirait que ce moment. « J'apprendrai, dit-il, à Wurmser ce

« que Ton gagne à couper 25,000 Français » ; et le même jour nous marchons sur Brescia. Mais il était trop tard, rennemi averti avait fui ; nous délivrâmes une partie de nos malades. Le 15, l'armée, au lieu de continuer sa retraite, se retourna brusquement, à la nouvelle que Wurmser la suivait dans la plaine et nous avait enlevé Castiglione et les magasins qui étaient dedans. Et au moment où les Allemands nous croyaient en marche vers le Pô, ils furent attaqués sur tous les points : dans la partie de Brescia, par le général Despinois ; dans celle de Lonato et Salo, par Masséna. La journée du 16 fut sanglante et décisive. Le général Despinois était divisé dans les montagnes en deux colonnes, la sienne et celle de Tadjudantgénéral Herbin. Herbin fit des merveilles, repoussa l'ennemi à cinq lieues, lui fit des prisonniers. Despinois fut culbuté sur Brescia, sans perte, parce qu'il ne se battit pas. Mais ce n'étaient là que des corps détachés ; l'armée était à Lonato, et c'est là que Vennemi fut battu complètement sur tous les points. Le résultat fut trois drapeaux, six mille prisonniers et le champ de bataille couvert de morts ; le résultat fat que les deux corps de Wurmser furent coupés et n'eurent plus de communication entre eux.

« Le 17, quatre mille Allemands, séparés de l'armée par l'affaire de la veille, envoyèrent à Lonato sommer trois cents hommes qui le gardaient, de se rendre. Bonaparte s'y trouvait en personne : « Apprends, dit-il, à ton général que tu parles « à Bonaparte, et que pour prix de son insolence, s'il n'a pas « mis bas les armes sous cinq minutes, je le passe au fil de « l'épée. Qu'on lui débande les yeux. Vois, continua-t-il, les « montagnes garnies de mes troupes, et n'oublie pas que le « terme n'est que de cinq minutes. » Il n'y avait pas plus autour de Lonato de 4,000 Français dispersés. Les Allemands étaient réunis et pouvaient percer; mais Bonaparte avait parlé : ils mirent bas les armes. »

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