SAINTE-BEUVE
La première édition des lettres de Joubert étant, depuis longtemps, introuvable chez les libraires, nous entreprenons cette nouvelle édition, surtout en vue des jeunes hommes qui tous désormais sont appelés à la noble tâche de défenseurs de la patrie.
Puissent ces récits des luttes héroïques de la première République enflammer d'une noble émulation les jeunes citoyens de la République actuelle et développer chez eux l'esprit militaire en même temps que l'amour de la liberté.
11 importe extrêmement que notre jeune génération reste fidèle à la tradition nationale par cette bravoure à toute épreuve et cet esprit de discipline qui font les bonnes armées. Sans une bonne armée, un Etat libre est à la merci de ses ennemis du dehors et du dedans.
Loin de se laisser abattre par ses grands désastres de 1870, la France n'a reculé devant aucun sacrifice, devant aucun effort, pour réorganiser son armée, sa marine et les rendre plus formidables que par le passé. Les résultats obtenus ont étonné les autres peuples, qui généralement croyaient que nous étions incapables de nous relever.
De même, au XVI* siècle, après nos épouvantables défaites de Pavie, de Saint-Quentin, nos voisins crurent au prochain démembrement de la France. Et sous Henri IV, Louis XIII et Louis XIV, c'est notre pays qui s'est agrandi aux dépens de ses voisins.
Après la guerre de sept ans, au XVIIP siècle, l'Anglais Walpole était l'organe de l'opinion européenne quand il disait, sous Louis XV, que c'en était fait en Europe de la puissance des armes gauloises. Les armées de la République et de l'Empire ont donné un éclatant démenti à la prophétie de Walpole.
Espérons dans l'avenir. Notre gloire militaire refleurira, si nous avons un gouvernement qui sache développer à l'intérieur les institutions nécessaires pour qu'un peuple soit vraiment libre, et assurer à tous une pleine sécurité des personnes et des propriétés ; un gouvernement qui soit assez maître de lui-même pour n'entreprendre de guerres que pour la défense de la patrie, pour son agrandissement légitime et non pour une vaine gloire.
Si nous sommes revenus, en vue de cette publication, à des études, à des recherches bien différentes de celles qui
nous préoccupent actuellement, c'était aussi pour remplir notre devoir envers le parti républicain, que nous n'avons pas servi, comme nous aurions voulu le faire, et qui conserve toujours nos ardentes sympathies.
Que le parti républicain, s'il veut conserver le pouvoir, ; cultive pieusement la mémoire de ceux qui ont protégé son . berceau, qui ont lutté et souffert pour la démocratie, et qui, : par leur intégrité, leur désintéressement, ont honoré le nom de républicain.
Nous serons heureux si notre livre peut contribuer quelque peu à répandre, à consolider les croyances politiques j qui étaient celles de Joubert. Puisse-t-il surtout avoir ce ; résultat dans son pays natal. Nous l'espérons; car, parmi les hommes illustres dont s'honore le département de l'Ain, aucun n'a eu et ne conserve encore un nom plus populaire [ que le jeune général Bressan mort pour la France et pour la République.
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