‹ Le général Joubert, d'après sa correspondence; étude historiqueChapitre 4 sur 34 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

NAISSANCE DE JOUBERT, SA FAMILLE, SON ÉDUCATION. — IL s'engage DANS LES VOLONTAIRES DE l'AIN. — SES PRE- MIERES CAMPAGNES EN PIEMONT EN 1792, 1793, 1794, 1795. — BATAILLE DE LOANO.

Joubert (Barthélémy-Catherine) naquit à Pont-de-Yaux , en Bresse, département de l'Ain, le 14 avril 1769, en Tannée qui vit naître tant de grands hommes : Napoléon, Gu\ier,Ch&teaubriand,etc. Il était fils de Françoise Giraud et de Claude-Marie Joubert, avocat au Parlement de Dijon, et juge des seigneuries de MM. Bertin de Vaux, seigneurs de Pont de- Vaux.

En tout pays, on attache un vif intérêt à tous les détails concernant la famille des hommes célèbres. Rien de plus légitime et de plus raisonnable que cette curiosité. Car un grand homme ne se crée pas tout entier par lui-môme; il doit le plus souvent ses hautes facultés et surtout leur développement au milieu dans lequel

il a vécu. G*est au foyer de la famille que se sont formés la plupart des grands caractères et des grands esprits, par Tinfluence surtout de la mère de famille.

La famille Joubert habite Pont- de- Vaux depuis plusieurs siècles. C'était une de ces vieilles familles de la bourgeoisie de Bresse, chez lesquelles la probité, la piété, Tamour du travail, la simplicité et les mœurs antiques étaient héréditaires. Plusieurs de ces familles existent encore, qui peuvent établir que depuis trois ou quatre siècles elles sont Ûxées au môme lieu, dans les mômes emplois de notaire, de juge, de médecin ou de prêtre de campagne, se transmettant ainsi de génération en génération de modestes fortunes, avec le contentement de peu.

Le père du généralJoubert, juge-mage à Pont-de-Vaux, jouissait en Bresse d'une grande considération due à son intégrité, à son intelligence des affaires et à sa bonté, qu'il cachait cependant sous des formes assez rudes.

C'est à l'exemple et aux leçons de son père que le général Joubert devait cette probité scrupuleuse et cette délicatesse extrême en toute affaire d'argent qui le distinguèrent entre tous les généraux de son temps. Son père reçut un jour la visite de paysans qui, connaissant son obligeance, venaient lui demander de l'argent à emprunter. Ils offraient 6 ou 7 0/0 d'intérêt. La colère du magistrat fut telle à cette proposition, qui, suivant lui, l'assimilait à un usurier, que les braves gens, saisis d'effroi, dégnngolèrent les escaliers si précipitamment , que l'un d'eux se blessa assez grièvement .

Comme presque tous les gens de sa condition en Bresse, le père du général Joubert avait abondé dans le sens du mouvement de 89, et il fut l'un des principaux rédacteurs du cahier de la ville de Pontde-Vaux, lors de la réunion des Etats généraux. Ce cahier fut l'un des plus remarquables parmi ceux de la province. Il avait su, malgré son goût prononcé pour les idées nouvelles, repousser l'alliage impur qui fut trop souvent mêlé avec elles. Loin de rejeter toute religion, il était resté sincèrement chrétien. Ainsi il avait conservé, au fort de la Révolution, l'habitude, que nous avons pu observer encore chez beaucoup de gens d'avant 89, d'aller faire sa prière du soir à l'église paroissiale. Quand le culte catholique eut cessé dans l'église de Pont-de-Vaux, devenue le lieu des séances de

la société populaire, le juge-mage ne pouvant renoncer à une habitude qu'il avait depuis son enfance, continuait à venir prier chaque soir dans le lieu profané. Un soir, au fort de la Terreur, un sansculotte lui demanda en ricanant et avec menaces ce qu'il venait faire: « Que t'importe, misérable? • répondit Thonnéte homme indigné, en levant sa canne. Des jacobins présents applaudirent.

Au plus fort de la Terreur et des visites domiciliaires, au moment où les suppôts d'Âlbitte supprimaient en Bresse le culte catholique, et où toute pratique religieuse rangeait un homme parmi les suspects, le père du général Joubert ne voulut jamais ôter, quoi qu'on pût lui dire, un grand Christ qui était au-dessus de sa cheminée. Dans ce courage moral avec lequel le père persista, envers et contre tous, au milieu de l'abaissement presque universel, à professer hautement qu'il était chrétien, ne retrouve-t-on pas le même sang, le même caractère qui, chez son fils, sur les champs de bataille de l'Italie, devait se manifester en tant d'actes héroïques ?

Joubert fit ses premières études à Saint-Trivier, chez l'abbé Moyret, et les continua chez les Joséphistes de Louhans. Il était en rhétorique et dans sa 16* année, lorsqu'il fit connaître son inclination pour la carrière des armes, en s'évadant du collège, le 1*"^ janvier 178S, pour se rendre à La Fère en Picardie, où il s'enrôla dans rartillerie. Son père le fit revenir au pays et l'envoya en avril terminer sa rhétorique au petit collège de Lyon. Il remporta les premiers prix, là comme partout. Il fit ses cours de philosophie et de mathématiques au séminaire de Saint-Irénée à Lyon. De là il fut envoyé, pour suivre ses cours de droit, à Dijon, où il se trouvait, lorsque la Révolution française commença. Joubert se prononça fortement en faveur de la cause de la liberté, et se fit distinguer par ses services dans la garde nationale de Dijon, comme plus tard dans celle de Pont-de-Vaux. Il continua auprès de son père l'étude du droit, apprenant en même temps sans maîtres les langues italienne et anglaise, et se perfectionnant dans les mathématiques.

En 1791, Joubert, secrétaire de la Société populaire de sa petite ville, harangue les volontaires de Pont de- Vaux et part avec eux pour Bourg, où il a un duel pour une insulte faite aux jeunes patriotes. Enrôlé dans le 3* bataillon des volontaires de l'Ain, il va tenir garnison à Gex. d'où il part comme sergent de grenadiers pour l'armée du Khin. Nommé, le 23 avril 1792, sous-lieutenant

dans le 51* régiment, en garnison à Perpignan, il devint lieutenant de grenadiers le 20 mai. — 8on régiment fut incorporé, pendant l'été de 1792. dans l'armée du Midi, commandée par Anselme, chargée de défendre la frontière contre l'armée coalisée des Piémontais et Autrichiens.

Page 1