‹ Le général Joubert, d'après sa correspondence; étude historiqueChapitre 30 sur 34 · REQUIESCAT IN PAGE · texte numérisé non relu

REQUIESCAT IN PAGE

Peu de temps après la mort de Joubert, le Conseil des Cinq-Cents; après un discours de J. Cbénier, prit la résolution suivante : il dé^ clara d'abord que l'armée d'Italie et Joubert avaient bien mérité de la patrie. Cette formule n'était ordinairement employée que pour les armées.

Puis le Conseil des Cinq-Cents, considérant, est-il dit, que les regrets et la douleur inspirés par la perte du général Joubert sont un sentiment national dont la reconnaissance publique ne permet plus de différer l'expression, déclare qu'il sera célébré dans le sein des deux Conseils, dans tous les chefs-lieux de canton, une fête funèbre pour honorer la mémoire de Joubert. Les membres du Corps législatif portèrent le deuil pendant cinq jours. Hoche seul avait été ainsi honoré après sa mort.

M™' d'Abrantés décrit ainsi la fête qui eut lieu à Paris :

M 11 faut avoir vu l'effet que produisit la nouvelle de la mort de Joubert , lorsqu'elle arriva à Paris , pour en parler . Ce fut une de ces impressions qui jamais ne s'efiTacent. Et le jour où le Directoire qui l'honorait alors parce qu'il ne le craignait plus, lui rendit les honneurs funèbres au Champ-de-Mars, qui de nous a oublié le caractère sacré que le regret unanime imprima à cette cérémonie? Presque toutes les femmes étaient en deuil , et lorsque le buste de Joubert, couronné de cyprès, fut posé sur l'autel de la patrie par le président du Directoire, il est impossible que ceux qui ont été présents comme moi à cette pompe funèbre, toute différente des cérémonies de ce genre, aient pu oublier le bruit très distinct des sanglots mêlés aux acclamations du peuple. »

D'innombrables discours furent prononcés à l'occasion de cette fête funèbre dans toute la France, les plus remarquables à Lyon et à Rouen. Tous montrent quelles grandes espérances le parti patriote

avait fondées sur Joubert. Mais Ton voit aussi combien on se faisait illusion alors sur les vrais motifs de sa démission en 1798.

Ce fut Garât qui prononça Toraison funèbre de Joubert dans la cérémonie au Ghamp-de-Mars. Ge discours ne manque pas d'éloquence.

Le citoyen Thomas Riboud, membre du Conseil des Gînq-Gents, prononça aussi un discours rempli de faits intéressants, le 16 septembre 1799, dans une réunion de tous les habitants du département de l'Ain, se trouvant à Paris, qui eut lieu au musée des Petits- Augustins, au pied du mausolée de Turenne (1). Parmi les noms de ces compatriotes de Joubert, nous avons remarqué ceux d'Aubry,

(1) M. Riboud, dang son Eloge de Joabert, rappela que le département de l'Ain, qui n'avait alors que 300,000 âmes de population, avait en dix ans fourni à la patrie 80,000 combattants, la plupart volontaires. Napoléon, qui dans ses premières campagnes d'Italie avait dans son armée plusieurs bataillons de l'Ain, disait d'eux : « Les Bressans, bons soldats, quand ils ont cassé leurs sabots. » >'ous voudrions pouvoir citer ici tous ceux qui se distinguèrent pendant nos grandes guerres. Mais l'espace nous manque.

Rappelons d'abord les deux compagnons d'armes de Joubert en Italie, le général Pannetier et le général Dallemagne.

Pannelier, comte de Valdotte, naquit à Pont-de-Yaux en 1769. Parti comme volontaire avec Joubert en 1791, il fut blessé en 1792 au fameux combat de Kaiserlautern sur le Rhin où tant de Bressans furent tués. Les lettres de Joubert montrent combien il se distingua en Italie en 1796, surtout à l'attaque du col de Champion. En 1808, il se signala en Espagne par un brillant fait d'armes, il enleva sans tirer un coup de- feu les retranchements d'Alcola, défendus par 25,000 Espagnols et 12 canons. Il commandait en 1814 sous Augereau une brigade de l'armée de Lyon, avec laquelle le 18 février il reprit Villefranclie et Màcon sur les Autrichiens. Il mourut général de division après 1830. Joubert appréciait beaucoup Pannetier, surtout pour la justesse avec laquelle il savait distinguer dans une reconnaissance la position et les forces de Tennemi. Il fut très utile sous ce rapport au maréchal Berthier dans les guerres d'Allemagne.

Bourg vit naître les généraux Buget, Piquet, Aubry. Le général PuUiod était de Bàgé. (La division Puthod fut l'une de celles qui se distinguèrent à Wagram. (Voir Thiers.) Rappelons aussi les généraux de Montrichard, Robin, les colonels d'Escrivleux, Armand, Monnier, le major delà Bévière, le commandant Dcsmarets, de Pont-de-Veyle, nommé à ce grade par Joubert pour sa belle conduite dans le Tyrol. Mais aucune ville en France n'a peut-être produit autant de militaires distingués que Pont-de-Vaux, petite ville de 3,000 âmes. De ce petit pays aux mœurs si douces sortirent les généraux Joubert, Pannetier, Legrand, Renaud ; le colonel Grippière do Montcroc, le colonel de cuirassiers Richardoz, pour lequel Vellîngton, qui l'avait combattu en Espagne, professait une estime particulière, etc.

tué à Leipsick général de division; Girod (de l'Ain), Brillat-Savarin, Lalande, Sonthonax, Coste, médecin en chef des Invalides; Dombey, Hudellet, Berlioz, Récamier, Cabuchet. Le fondateur de la physiologie moderne, Bichat, se trouvait aussi dans cette réunion composée exclusivement de gens du département de TAin. Ce fait a, suivant nous, quelque intérêt, en ce qu'il prouve d'une manière irrécusable que Bichat se considérait comme étant du département de L'Ain et non de celui du Jura, comme on l'a prétendu à tort. Lui aussi devait mourir comme Joubert à trente ans, sur le champ de bataille de la science. Le cœur se serre à la pensée de ce que seraient devenus Bichat et Joubert s'ils avaient vécu, ayant, avant trente ans> atteint un si haut degré de gloire.

Le fameux astronome Lalande publia le 26 octobre 1799 une Notice sur Joubert, son compatriote. Lalande avait eu entre les mains les mêmes documents que nous, documents qui lui avaient été remis par le père de Joubert ; il n'en tira qu'une brochure de 16 pages, d'une couleur bien effacée, contenant plusieurs faits inexacts. Il est à regretter que Lalande n'ait pas recueilli les renseignements que pouvaient lui fournir alors de vive voix les parents, amis et frères d'armes du général.

Lalande présenta son Eloge de Joubert au général Bonaparte. Celui-ci lui témoigna sa surprise que, du milieu de ces cinquante mille étoiles, il pût descendre jusqu'à la triste contemplation de.s maux que la guerre proiuit sur la terre. « Je me justifiai, dit Lalande, par l'amour de la patrie^ Je suis, lui disais-je, d'une petite partie de la France, écartée, isolée et presque inconnue : nous en sommes d'autant plus unis. La gloire de Joubert rejaillit sur mon pays. »

« Joubert, dit Lalande dans son Eloge, emporta les regrets de tous les partis. Le propre de son caractère était la bonté, la douceur. Son désintéressement était au-delà de tout ce qu'on peut imaginer; Il ne pensait qu'à la République et à la voir assise sur des bases solides et assurées. »

Outre les éloges de Joubert par Garât, Riboud, Lalande, de nombreuses biographies ont été publiées par l'abbé Régnier, Sonthonax, la Bii^raphie universelle, la Biographie des Conieniporains (la meilleure et la plus exacte de ces publications suivant nous), par Guilbert, le D' Ordinaire, etc«

En 1881, M. Jarriû a publié à Bourg une biographie de Joubert dans les Annales de la Société d'Emulation de l'Ain, Celle biographie est beaucoup plus^éveloppée que celles dont nous venons de parler et présente toutes les qualités qui distinguent Fauteur de VHisloire de la Bresse. On y trouve des vues nouvelles sur les divers événements de la vie de Joubert.

Un domestique fidèle rapporta à Pont-de-Vaux sa ceinture, son habit de général et son épée, qui sont conservés dans sa famille.

Le corps de Joubert fut d'abord inhumé à Toulon, au fort Lamalgue, puis en 1821 ramené dans Téglise de Pont-de-Vaux.

Le 17 fructidor an VII (3 septembre 1799), le conseil des Cinq-Cents prit la résolution suivante : « Il sera élevé une pyramide en Thonneur du héros que la République regrette, au clieMieu du département de l'Ain. » Après Marengo, un des premiers actes du premier consul fut de donner suite à la décision du conseil des Cinq-Cents, et une somme de 20,000 francs fut mise à la disposition du département de l'Ain. Comment furent réalisées les intentions des Cinq-Cents et de Bonaparte ? On peut le voir en considérant la pyramide érigée à Bourg en juillet 1800, sur la place Joubert. On reconnaît d'abord que la somme allouée ne fut employée qu'en partie pour le monument, qui n'a pu coûter aussi cher, vu surtout les prix du temps. Comment fut donc dépensée la somme allouée ? La version la plus accréditée est que la plus grande partie fut donnée comme subvention pour un établissement industriel.

Des quatre inscriptions, trop longues de la pyramide, deux sont belles. Au nord :

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