ET LA MESURE DE TES ESPÉRANCES
La Restauration fit enlever les inscriptions placées sur le monument de la place Joubert à Bourg. En 1830, ces inscriptions furent rétablies avec une cérémonie solennelle.
En 1832, Pont de- Vaux éleva sur une de ses places une statue en marbre blanc à son illustre compatriote. Le statuaire Legendre Herald a reproduit heureusement les traits du héros, mais en leur donnant peut-être trop de dureté. Les traits no sont pas ceux d*un jeune homme de 28 ans. La statue a beaucoup de mouvement, très réussie sous ce rapport. Joubert est représenté au moment où, à Rivoli, Berthier lui demanda où il voulait établir sa ligne de bataille, il répond : « Ici », en jetant par terre son chapeau.
A ces lignes, imprimées en 1860, nous ajoutions :
« Nous demanderons maintenant à tous les amis sincères de la gloire de notre département : Notre pays a-t-il rempli le devoir qu'il avait à remplir pour honorer la mémoire du général Joubert? Une statue a été élevée à Pont-de-Vaux, mais elle est en marbre, et Ton sait combien se détériorent rapidement sous notre climat, à Pair libre, les statues en marbre. L'homme qui enleva tant de canons aux ennemis de la France n'a-t il donc pas droit pour sa statue à un peu de bronze ? »
On doit le dire hautement, Joubert attend encore en Bresse un monument digne de lui.
Qui n'aimerait à Bourg à voir Joubert représenté en bronze, tel qu'il fut à Rivoli, lorsque revêtu de son brillant uniforme de général de division et saisissant un fusil, il se précipita à la tête de ses bataillons refoulés par les Autrichiens, pour reprendre le plateau,
ce qui décida la victoire. Cette statue rappellerait ainsi ce qui fat son exploit le plus éclatant, et symboliserait aux yeux de tous cette parole de Bonaparte : « Joubert fut grenadier par le courapje et grand général par les connaissances militaires. »
Ce vœu, émis en 1860, va être réalisé procbainement, grâce à rinitiative et à la libéralité du docteur Goujon, enfant comme Joubert de la Bresse, des bords de la Saône. Les ministres de Tintérieur, de la guerre, le Conseil général de TAin, les Conseils municipaux de Bourg et de Pont-de-Vaux ont prêté leur concours avec empressement à cette œuvre patriotique.
Les arts, la sculpture surtout doivent venir en aide à l'histoire pour rappeler sans cesse aux populations les hommes illustres dont l'exemple doit être imité. Cette pensée se réalise de plus en plus en France, et chaque année voit s'élever la statue d'un homme célèbre. A. Nice, redevenu français grâce aux victoires de l'armée d'Italie en 1859, se dresse la statue de Masséna. A Grenoble, Bayard etLesdiguières ; à Valence, Championnet ; à Lyon, Suchet ; à Lons-le-Saunier, Lecourbe ; Jeanne d'Arc sur la marche de Lorraine, se rangent parmi ces sentinelles de bronze qui montrent par-dessus la frontière leur fière attitude.
Joubert lui aussi viendra bientôt prendre place parmi ces muets défenseurs du sol sacré de la patrie, rappelant sans cesse aux Bressans par son exemple quel est le pre^nier de leurs devoirs civiques.
Dans ces lettres que Joubert écrivait à son père et à l'administration du département de l'Ain du sommet des Alpes noriques, il faisait un appel à la concorde et se réjouissait de nos victoires surtout parce qu'il espérait qu'elles rendraient la paix à la France à l'intérieur et à l'extérieur , et s'écriait : Puissent toutes les haines se calmer et tous les partis s'éteindre !
Paisse ce vœu généreux de notre brave compatriote se réaliser au moins dans une admiration commune de tous les bons Français pour un homme dont on peut dire ce que le général allemand disait de Turenne qu'il combattait. En apprenant sa mort, Montecuculli s'écria : « Cet homme faisait honneur à l'humanité. »