JOUBERT
Même lorsqu'il était devenu général en chef, et l'un des hommes les plus considérables en France, il ne cessa jamais de signer ses lettres à son père : Votre soumis fils, alliant ainsi les sentiments de respect, les habitudes de soumission à l'autorité paternelle des temps anciens avec toute l'ardeur des sentiments patriotiques et l'amour pour tout ce qu'il y avait de bien et de vrai dans les choses nouvelles. Devenu général, et dominé en Italie parles souvenirs classiques, il faisait toujours précéder ses lettres d'une formule à la romaine : Joubertà son père.
Le 12 juin 1793, Brunet, successeur d'Anselme, essaie de s'emparer du camp retranché de Saorgio. Cette attaque, mal combinée, aurait eu pour résultat la déroute complète de l'armée française, si elle avait été poursuivie par l'ennemi. Kellermann, accouru de son quartier général de l'armée des Alpes, rallia l'armée au camp du Donjon.
Voici le récit fait par Joubert à son père, sur cette affaire de Saorgio ou de l'Assiette :
« Lantona, le 14 juin 1793.
« Il fallait attaquer un camp placé sur la pointe de trois montagnes faisant le triangle, de manière que les angles se soutenaient mutuellement. A chaque pointe les ennemis avaient du canon et des redoutes de cinq pieds de haut, très-bien crénelées. Dans le creux de la montagne se voyait leur camp, qui
semblait contenir deux fois plus d^ troupes que nous n'en avions. Il fallait monter à pic pour y arriver. Jusqu'à midi nous allions assez bien, nous étions déjà une centaine de grenadiers à couvert sous la redoute et prêts à y entrer à l'arme blanche, quand le reste du bataillon aurait pu y parvenir. Deux fois mon capitaine monte et descend à la colonne pour l'engager à nous soutenir, deux fois refus. La redoute, que nous avions laissée derrière nous, nous criblait de mitraille. Enfin je dis à M. Morangis, mon ami et notre commandant : Nous n'avons plus que 40 grenadiers, il faut tâcher de nous échapper ? « Je veux mourir, me répondit-il, ou être fait prisonnier. » Et moi, lui dis-je, me sauver ou périr. Allons grenadiers, suivez-moi I 30 en ont le courage ; nous glissons sur notre derrière le long d'une pente à pic couverte de neige, et de la hauteur de Notre-Dame de Bourg, à travers la mitraille. Je reviens avec 12 grenadiers de 30. Morangis se battit encore une heure avec ses 10 honames et fut fait prisonnier. Nous avons eu 400 blessés au moins, 200 morts. Nous avons eu de la gloire, mais bien du mal, dans cette journée, où la témérité française a paru dans tout son jour. Renfermés dans notre redoute, nous vîmes arriver sur un brancard, mortellement frappé, le colonel Lecointre. Ce brave homme a fini en disant qu'il était content de mourir pour sa patrie.
« Cette affaire arrêta nos progrès. Elle a été trop légèrement engagée par le général Brunet, qui n'attendit pas son canon de huit, qui est venu après l'affaire. Nous avons combattu, 5 ou 6,000 Français contre 15,000 impériaux ou Piémontais. Le soldat était si découragé, que si l'ennemi nous eût poursuivis, nos canons étaient pris, et nous étions repoussés jusqu'à Nice. Mais la perte qu'il a faite pendant l'affaire l'aveugla sur notre position. La retraite se fit en confusion, mais notre attaque dura de sept à deux heures et fût des plus vives.
« Saint-André (le général piémontais) a dit à Morangis prisonnier que nous étions des diables, et ne craignions ni boulets
oogle
ni balles. Les déserteurs portent la perte des ennemis à 1,200. Notre aile droite Mikouski, qui avait fait des merveilles le huit, fit de l'eau claire le douze et s'arrêta, après avoir débusqué, le huit, l'ennemi de cinq ou six camps. L'éloignement (l'ennemi nous séparait) l'empêcha de combiner ses "jnouvements avec les nôtres. Un grand nombre d'officiers piémontais ont péri ou ont été faits prisonniers. Jamais nous n'avons vu les Piémontais se battre ainsi.
« De notre côté, nous avons à pleurer bien des braves. Un capitaine de mon régiment, M. Langlois, mon intime ami, blessé en tête de sa colonne, et la balle dans le corps, élevait encore son épée en avançant et en excitant le soldat, jusqu'au moment où il est tombé de faiblesse. Je l'ai vu en passant à Sospello, une amie le soignait ; et comme tout le monde longtemps m'avait cru mort, il avait, dans ses douleurs, souvent parlé de moi et souvent envié mon sort. Trois heures après que je l'eusse vu, il était plus gai et beaucoup mieux. // croit que, puisqiceje vis, il ne mourra pas. Dieu le veuille ! »
Belle amitié et belles paroles, dignes d'être conservées I On était alors au plus fort de la Terreur. Faisant allusion à la terrible situation de la France, Joubert écrit à son père :
« Je ne vous dis rien de notre position à l'intérieur ; nous n'osons plus regarder derrière nous. Quant à moi, je n'épouserai aucun parti dans cette anarchie. Je ne veux voir que les Piémontais, et je tâcherai de finir sans avoir à me reprocher aucun des malheurs de mon pays. »
Cette première partie de la vie militaire de Joubert se termine par le combat de Raons, où sa compagnie fut p^^^ue entièrement détruite. Le 8 novembre 1793. les Austro-Sardes firent une attaque générale de tous les camps retranchés des Français. Assiégé par 500 Austro-Sardes dans une redoute où il était avec 30 grenadiers, Joubert se défend jusqu'à ce que les cartouches lui manquent ; il essaie encore de se défendre à la baïonnette ; mais sa redoute ayant
été pulvérisée par le caaon, il sort du retranchement et s'avance chapeau has. Un ofÏÏcier piémontais sVpproche de lui et, le faisant prisonnier, lui dit : « Le roi vous a vu battre, il est là, il veut vous voir. » Singulier pressentiment de ce souverain, qui ne prévoyait guère cependant que ce jeune et obscur officier, six ans plus tard, renver8*rait«de son trône la maison de Savoie, pour quinze ans, comme François I*' trois siècles auparavant. Et quelques courtisans, qui n'avaient pas encore compris qu'on pouvait être à la fois roturier et officier brave et intelligent, demandèrent à Joubert s'il n'était pas noble : il répondit fièrement qu'il était citoyen français. Quelques propos assez vifs furent échangés, et le roi l'envoya prudemment au fort Saorgio. « On le conduisit à Turin, comme pour montrer à la cour, dit la biographie universelle, un de ces hommes singuliers qui ne respiraient que pour la liberté. Sans hauteur ni affectation, par la dignité de son maintien, par l'expression calme mais énergique de ses sentiments républicains, il imprima un tel respect, et inspira tant d'«dmiration et de sympathie, que la cour se hâta d'échanger un prisonnier d'un si dangereux exemple. »
Joubert revint à Pont- de- Vaux, vers la fin de nivôse an II, pour rétablir sa santé complètement détruite. C'était le temps où pesait sur tout le département la tyrannie dureprésenlantAlbitte. Joubert, au club de Pont-de-Vaux, s'éleva en termes de la plus grande énergie contre le régime de terreur auquel était soumis notre malheureux pays. Il fut dénoncé immédiatement à Albitte, qui envoya de Bourg des hussards pour l'arrêter. Mais prévenu à temps, le jeune lieutenant s'échappa par une fenêtre de la maison de son père, et rejoignit son régiment à l'armée d'Italie. Il partit dans la nuit du 24 pluviôse, aussi malade qu'en arrivant. Il ne rentra à Pont-de- Vaux que quatre ans plus tard, ayant atteint le plus haut grade de l'armée et après s'être couvert d'une gloire immortelle.
CAMPAGNES DE 1794 ET 1795 De retour à l'armée, Joubert écrit à son père, le 18 février 4794 :
« Je ne comprends rien à vos deux dernières lettres. J'y vois beaucoup de reproches. Mais il semble que ce soit toujours lors-
— loque vous m'en faites, que Ton me fournit les moyens d*y répondre. L'homme que vous croyez pusillanime est nommé ibmmandant à Tavant-garde de la division de droite. Le représentant Tureau m'a adressé devant tout le monde les choses les plus flatteuses. Il y avait en tout cela quelque chose ^e trop consolant. Vos lettres vinrent jeter de Tamertume dans mon àmô ; et, après les avoir lues, je me serais cru le plus méprisable des hommes, si, en relisant la correspondance de mes chefs, je n'étais persuadé que j'étais bien loin de mériter tout ce qu'il vous a plu de m'adresser. »
Les reproches injustes de son père, loin d'aigrir le jeune officier, semblent imprimer à ses lettres un plus profond cachet de sensibilité et de respect filial. Le 12 avril, il répond à son père, qui se plaint de ce qu'il n'avance pas :
« Ni le hasard ni rien d'oblique ne m'avancera, mais mou courage, mon sangfroid et cette fougue de caractère que je sais faire succéder, suivant l'occasion, devant l'ennemi. Mon éloignement connu de toute espèce d'intrigue, voilà ce qui, salutairement pour moi, me laissera longtemps dans les grades subalternes. Cervoni (son général, qui plus tard devint son meilleur ami,) ne m'a jamais connu qu'en face de l'ennemi. Notre connaissance s'est faite au pas de charge. »
Les reproches de son père, les difficultés qu'il rencontre dans sa carrière militaire, le mauvais état de sa santé ne l'abattent point ; seulement sa correspondance prend un caractère de mélancolie et de religieuse résignation.
Le 2 juin 1794, il écrit :
« Mon cher père, je ne sais quelle carryB^je dois courir, mais il parait que le ciel, par des événement inattendus, veut la rendre incertaine. Au reste, quoi qu'il arrive, résigné aux décrets de la Providence (que tous les Français viennent de proclamer plutôt pour détruire les calomnies de leurs enne-
mis que pour avoir douté de son existence), (1) je m'attends à toftt. Je ne suis jaloux que de faire mon devoir et de prouver à mes concitoyens que, si le poste qu'on m'a confié est audessus de mon expérience et de mon talent, je n'en sens que mieux^ besoin de sacrifier ma chétive existence au soutien de la république en toute occasion. »
Le vrai mérite fiait toujours par percer. A la fin de prairial an II, Joubert fut nommé ebet de bataillon et envoyé à Toulon pour diriger rembarquement des troupes qu'on envoyait en Corse. La prise de Bastia, par les Anglais, fit renoncer à cette entreprise. La maladie, qui n'avait pas quitté Joubert depuis un an, s'aggrava au moment où son nouveau grade exigeait de lui un service encore plus actif. En juillet 1794, il entra à Thôpital de Toulon, pour une fièvre putride dont il faillit mourir et dont il fut malade longtemps. Un médecin qui s'était intéressé à lui, comme tous ceux qui faisaient sa connaissance, Temmena à Aix dans une maison de campagne, où il rétablit sa santé. Il passa ainsi la fin de Tannée 1794 et les premiers mois de 1795.
En juin 1795, Joubert se plaint vivement à son père de la désertion qui éclaircit les bataillons français devant un ennemi déjà supérieur en nombre. Nous le verrons plus tard maltraiter l'administration du département de l'Ain, qui n'inquiétait pas les déserteurs rentrés dans leurs foyers. Il s'attira ainsi la baine de toutes les familles qui ne voulaient pas envoyer leurs fils à ta frontière. Il écrit à son père :
« Le fils Dominique André, cet estimable jeune homme, n'a pas suivi l'exemple de ses lâches camarades du 2« bataillon de la Haute-Loire, qui, à l'aspect du danger, ont déserté leurs drapeaux ; aussi a-t-il l'estime de ses chefs... Je ne conçois pas comment, dans les districts, on peut impunément souflrir les déserteurs ; et c'est une vérité que s'il nous arri-
(1) Allusion à quelque fête du temps, probablement celle qui précéda la chute de Robespierre, où l'on avait prpclamé solennellement Texislcnce de TElre suprême.
vait un événement fâcheux, les admi&istrateurs des districts auraient à se le reprocher. Car il est incroyable combien il y a de déserteurs qui sont retournés dans leurs foyers et y vivent tranquillement, malgré les ordres de la Convention. Les administrations sont faibles ou criminelles. Ces réflexions pourront déplaire à quelques personnes ; mais moi qui n'ai jamais vu de partis, qui ne vois que les lois et le bien de mon pays, je dis toujours la vérité.
« Vous pouvez tout faire, et jamais trop à mon gré, pour ma sœur et son mari. »
En juillet 1795, Joubert remplit provisoirement les fonctions d'adjudant général (grade de colonel) En cette qualité il reçoit Tordre d'attaquer un camp retranché, gardé par 7,000 Hongrois, avec 2,000 hommes. Il demande inutilement qu'on attende un renfort de 3,000 hommes, qui arrivait le lendemain. Ce fut le combat de Melagno, une des tristes pages de l'histoire de l'armée d'Italie. En voici le récit :
« Gériale, 3 juillet 17d5.
« Mon cher père,
« Enfin les premiers événements de la campagne ont eu lieu et n'ont point été heureux pour nous. Nous avons fait, après des efforts inouïs, une marche rétrograde de six lieues, et je ne sais encore si nous tiendrons notre nouvelle ligne.
« Un poste important avait été enlevé, j'ai été envoyé de la droite de la division pour l'attaquer. 7,000 Hongrois retranchés le gardaient ; je me suis porté contre mon gré sur eux, avec 2,000 Français : j'ai perdu 56 oflOiciers, dont 4 chefs de bataillon, et 450 volontaires. J'ai tout fait humainement pour m'enterrer dans leurs redoutes, exposé, à dix pas, à la mitraille, aux grenades, à la balle dirigée à bout portant. Je me suis refusé à toute retraite ; le général a été obligé de m'en envoyer l'ordre. Dans la retraite, j'ai fait Tarrière-garde de
pied ferme, en marche avec 12 bataillons, et à mon arrivée, j'ai appris que dans la nouvelle liste des adjudants généraux, nouvellement envoyée de Paris, je n'étais plus compris. Ce n'est pas tout, on me destinait encore la plus avancée des brigades. J'ai refusé, en motivant que j'étais las de travailler pour les autres. Le général a tout fait pour me déterminer : il m'a assuré que Kellermann me donnerait un ordre de continuer mon service d'adjudant général et écrirait h la Conamission ; que l'intrigue seule avait pu m'éloigner, mais que les généraux ne le souffriraient pas. J'ai répondu que je verrais ce que j'aurais à faire quand je verrai l'ordre ; que, jusqu'à temps, je me regardais comme réformé et ne voulais plus aucun emploi. J'attends donc ma destinée.
« Si je n'avais encore perdu que le fruit de mes pénibles travaux, je m'y attendais presque ; mais je commence à sentir que ceux-là ont raison qui ne veulent que recueillir le fruit des intrigues ; au moins conservent-ils leur santé ; et moi, un rhume de poitrine qui me tue devient de plus en plus opiniâtre,
« Quelle situation I Oserai-je me présenter dans l'intérieur avec la note infamante d'offlcier général réformé ? Non, je périrai victime de mes devoirs plutôt que d'avoir la moindre tache d'ignominie. Mes camarades sont plus affectés de ce coup que moi. Ils m'ont vu huit jours de suite, par une pluie affreuse, no prendre jamais un moment de repos, les conduire intrépidemment au feu, les encourager dans leurs malheurs, et, seul de l'état-major, ne les jamais quitter. Ils m'avaient déjà vu passer avec eux l'hiver le plus terrible ; ils m'avaient vu, le printemps, établir leurs postes ; ils savent que si mes conseils eussent été suivis, nous aurions évité des revers ; mais j'apaise leurs murmures, et ma conscience me sufSt.
a J'ai appris avec le plus vif plaisir qu'enfin André était tranquille. Un jour nous le serons tous, et les hommes ne nous pourront rien. »
Celte lettre est suivie de plu^urs autres, où il parie longuement de l'injustice dont il est l'objet. Ces lettres prouvent que Tintrigue et la faveur sont de tous les régimes, et renferment des détails curieux sur le favoritisme dans les états majors des armées de la République. Les causes de la disgrâce de Joubert ne peuvent être douteuses: on trouvait son républicanisme trop modéré. L'on peut d'ailleurs soupçonner avec raison que le représentant Albitte, qui avait eu si fort à se plaindre de Joubert eu Bresse, qui inquiéta longtemps ses parents, ne manqua pas, pour satisfaire sa vengeance, d'envoyer des renseignements défavorables sur lui au Comité de salut public. (1)
Kellermann, qui commandait alors l'armée d'Italie, reconnut l'injustice faite à Joubert, et s'empressa d'adresser au Comité de salut public la note suivante : « Quoique cet officier n*ait pas beaucoup de services, tous les généraux m'en ont parlé avec avantage. Il a les connaissances nécessaires à son grade. Dans la dernière affaire de Melagno, le commandement lui avait été confié, et il a donné, sous mes yeux mêmes, toutes les preuves possibles de bravoure et d'intelligence. Je demande qu'il soit conservé. Et en attendant votre réponse, je le laisse à sa place »
Dans ce moment critique de sa carrière militaire, Joubert écrivit aussi la lettre suivante à la Commission de l'organisation des armées de terre :
« J'ai reçu la lettre de la Commission qui me renvoie dans mon domicile. J'ai été instruit de ma réforme dans un moment où, lionoré de la confiance des généraux, je commandais le point essentiel de la 1" division de droite, avec 8 et même 12 bataillons, et à l'une des plus sanglantes affaires qui aient eu lieu dans l'armée d'Italie, à Melagno. Le Comité de salut public et la Commission ne m'ont jamais connu que par les notes de mes généraux en chef Scherer et Kellermann. Je me retire content, autant qu'on peut l'être, d'être rayé du nombre des
(1) Joubert fut desservi au Comité de salut public, comme Hoche à la même époque le fut par Saint-Just. Les républicains modérés seront toujours en buUe à la haine des exaltés de gauche et de droite.
défenseurs de sou pays et de voir quatre années de travaux et de gloire perdues, si la Commission veut me donner le double de ces notes de mes généraux, certifié par elle.
« Je fais cette demande, parce que je suis jaloux de Testime de mes concitoyens, et je me crois obligé de leur prouver que je n'ai point abusé du grade qui m'avait été confié, sans que je Taie sollicité. Eloigné de mes foyers, j'ai toujours plus pensé à remplir mes devoirs militaires qu'à faire connaître à mes concitoyens la manière dont je servais. Je serai charmé cependant d'y reparaître avec l'opinion que mes frères d'armes et mes généraux ont toujours eue de moi. C'est le sentiment d'un honnête républicain et une justice que je réclame du Comité de salut public. »
Les ennemis de Jouberl n'eurent pas la maligne joie de le voir revenir en son pays ignominieusement, ni de le voir aller prendre du service aux îles, comme il voulait le faire. Le Comité de salut public nomma définitivement Joubert au grade d'adjudant général chef de brigade, grade qui équivalait à celui de colonel, le 13 juin
Kellermann, qui était alors général en chef de l'armée des Alpes, lui écrit à celte occasion : « J'ai le plaisir de vous annoncer, mon cher Joubert, que le Comité de salut public a eu égard à la juste recommandation que j'ai faite en votre faveur. Je vous envoie vos lettres de service, et je vous demande, en revanche, deux pièces de canon d'ici à la fin de la campagne. Je ne doute pas qu'à la première occasion vous ne les enleviez à Tennemi, et que vous ne justifiiez la confiance et l'estime de votre général, qui vous aime et vous embrasse de tout son cœur. »
Kellermann, en parlant de ces deux pièces de canon, faisait allusion à deux pièces de quatre que Joubert, dans une retraite, avait abandonnées àTennemi, les affûts étant cassés. Des officiers d'artillerie avaient certifié, dans un procès-verbal, qu'il était impossible de les conduire plus loin.
Joubert reprend son service avec une ardeur nouvelle, et se montre digne de la confiance du Comité de salut public, comme on le voit par les lettres qui suivent.