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LES CHEVALIERS DU POIGNARD

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dant Santerre, se portaient sur cette localité pour démolir l’antique donjon. La Fayette courut à Vincennes ; il fit arrêter ceux qui commençaient l’œuvre de destruction et conduire soixante - quatre prisonniers à l’Hôtel de Ville (1). Au retour de cette expédition, il apprit qu’un certain nombre de gentilshommes armés occupaient les appartements des Tuileries. Il se rendit aussitôt au château et fit désarmer et chasser ces « chevaliers du poignard. » Il écrivait le même jour, 28 février :

Jugez de ma colère en rentrant, quand j’ai appris que quatre ou cinq cents aristocrates armés étaient dans les appartements; on les a désarmés et chassés; il n’en restait presque plus quand j’y suis arrivé... On vous dira que j’ai été sévère avec tous ces messieurs, mais vous savez que j’avais mes raisons pour me méfier de cette nichée aristocratique. Imaginez qu’ils avaient des poignards, qui ne sont bons qu’à assassiner (2).

Ces deux mesures de vigueur furent le signal d’un débordement d’injures de la part des Jacobins et des royalistes. Marat flagella le général Mottié (3). Adrien du Port, à la tribune du club des Jacobins, accusa La Fayette de tenir sans cesse sur pied toute l’armée parisienne à la poursuite d’ennemis invisibles et de créer de véritables périls en en supposant d’imaginaires (4). Le roi saisit une occasion de lui marquer son mécontentement. Le Journal de Paris ajrant annoncé, le 4 mars 1791, que le roi avait confié à La Fayette le commandement de sa maison domestique, Louis XVI somma ce

(1) La Fayette rendit compte, le même jour, à la municipalité, des dispositions prises par lui. (Cf. P. Robiquet, Le personnel municipal de Paris sous la Révolution, p. 568.)

(2) Cf. Mémoires de La Fayette.

(3) Cf. l’Ami du peuple , du ? mars 1791.

(4) Cf. Aulard, la Société des Jacobins, t. II, p. 96 et suiv.

dernier, le lendemain, de désavouer cette information, ce que fit aussitôt le général (1).

Les bruits les plus bizarres circulaient. On disait que Talleyrand avait dîné chez un restaurateur avec Mirabeau et La Fayette, tous trois déguisés (2). Gouverneur Morris, de son côté, faisait, le 3 mars 1791, ces réflexions sur le duel des deux rivaux :

Je crois cependant que La Fayette se débattra comme il faut, car il est aussi fin que personne. Mirabeau a de plus grands talents, mais son adversaire a une meilleure réputation (3).

Le 7 mars 1791, La Fayette confiait ses déboires à Washington :

Quelque espoir que j’eusse conçu de parvenir promptement au terme de nos troubles révolutionnaires, je continue à être toujours ballotté dans un océan de factions et de commotions de toute espèce; car c’est mon sort d’être attaqué avec une égale animosité, d’une part par tout ce qui est aristocrate, servile, parlementaire, en un mot, par tous les adversaires de ma libre et nivelante doctrine; de l’autre, par les factions orléanistes, antimonarchiques, et tous les fauteurs de désordres et de pillages. S’il est douteux que je puisse échapper personnellement à tant d’ennemis, le succès de notre grande et bonne révolution est au moins, grâces au

(1) Cf. Mémoires de La Fayette.

(2) On lit dans la Correspondance secréte, à la date du 5 mars 1791 (éd. Lescure, t. II, p. 511) : « L’abbé de Périgord, ancien évêque d’Autun, est, dit-on, parti pour l’Angleterre. On prétend aussi que, la veille de son départ, il a dîné chez un restaurateur avec M. de Mirabeau et M. de La Fayette, tous trois déguisés. »

(3) Cf. Mémorial de Gouverneur Morris, t. Ier, p. 309. — Le n mars 1791, Mirabeau mandait au comte de La Marck ( Correspondance , t. III, p. 85) : « J'ai oublié, comme un sot, de vous dire hier que La Fayette, in fiocchi, avec quatre aides de camp, était venu se faire écrire chez moi avant-hier. Je ne sais quel est le motif de cette jonglerie ; mais j’irai chez lui, à deux heures, aujourd'hui, parce que le Montmorin m'a dit que Gilles-le-Grand serait à cette heure là chez lui, Montmorin. »

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