‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 104 sur 284 · MORT DE MIRABEAU · texte numérisé non relu

MORT DE MIRABEAU

ciel, assuré en France, et bientôt elle se propagera dans le reste du monde, si nous parvenons à affermir l’ordre public dans ce pays.

De son côté, Washington lui écrivait, le 19 mars 1791 :

Je sens bien qu’il est impossible de juger avec précision certaines mesures, dont les motifs sont quelquefois inconnus et dont la nécessité n’est pas toujours comprise. Cependant, il me serait difficile de ne pas désirer avec inquiétude que l’Assemblée nationale ne prolongeât pas trop son existence. La confirmation de ses décrets sera mieux faite par une seconde représentation du peuple, et il est possible, pour que cette représentation agisse efficacement, comme corps législatif, qu’il soit nécessaire de la réorganiser. Mon affection pour la nation française, mon désir sincère que son gouvernement soit consolidé et le peuple heureux, doivent me servir d’excuse quand j’aborde un pareil sujet. C’est, je crois, la seule occasion où je me sois hasardé à vous dire mon sentiment sur ce qui concerne la révolution (1).

Le samedi 2 avril 1791, à neuf heures et demie du matin, Mirabeau succombait après une courte maladie, et la nouvelle de sa mort produisit à Paris et dans tout le pays une émotion profonde. La France perdait un grand orateur et la monarchie son plus ferme soutien. Ainsi se terminait brusquement le duel entre Mirabeau et La Fayette. Le lundi 4, à la pompe funèbre, le commandant général se tenait à la tête de son état-major et rendait les derniers honneurs à son rival, dont il accompagna le corps à l’église Sainte-Geneviève (2).

Le 18 avril 1791, une émeute ayant eu lieu pour empê-

(1) Washington ajoutait en post-scriptum : « Votre ancien aide de camp, George-Auguste Washington, a un second fils, auquel il a donné votre nom. »

(2) Cf. Bûchez et Roux, Histoire parlementaire de la Révolution française, t. IX, p. 389 à 391.

cher le roi de partir pour Saint-Cloud, La Fayette fit remettre, le 21, sa démission à la municipalité. A cette nouvelle, celle-ci et les gardes nationaux s’émurent et firent auprès du général les plus pressantes sollicitations de retirer sa démission. A neuf heures du soir, La Fayette se rendit à la Commune et, après avoir expliqué les raisons de sa détermination, il s’évanouit ( 1). Le lendemain 22, il revint déclarer qu’il persistait à se retirer, mais tous les bataillons ayant renouvelé entre ses mains le serment d’obéissance à la loi, il reprit son commandement (2). Sa maison était remplie de gardes nationaux, qui lui prodiguaient les marques les plus serviles de vénération et s’agenouillaient devant lui. La Fayette ayant exprimé combien de telles démonstrations lui étaient pénibles, un citoyen lui dit : « Général, ne craignez rien, nous prenons l’attitude d’hommes libres : nous nous mettons à genoux devant la statue de la liberté (3). » Le 26 avril, à midi, La Fayette vint dans la grande salle de l’Hôtel de Ville, où s’étaient réunis les députés des bataillons de la garde nationale, et fut accueilli par des acclamations répétées. Il exprima aux citoyens sa reconnaissance et son attachement et, sur la proposition

(1) Cf. Détail de la séance et de tout ce qui s’est passé cette nuit à l'Hôtel de Ville, en présence du conseil général, de toutes les députations des sections et des bataillons de Paris, au sujet de sa démission; M. de La Fayette se trouve mal à l'Hôtel de Ville en finissani de prononcer son discours; imp. de 4 p. in-8, dans ma collection révolutionnaire.

(2) L’émotion s’étendit à la province. La Société des amis de la Constitution d’Orléans envoya à la section du Palais-Royal une adresse où elle déclarait qu’elle regarderait comme un jour de deuil et de calamité celui où La Fayette quitterait le commandement de la garde nationale avant l’achèvement de la Constitution. (Cf. A. Tuetey, t. Il, n° 2258.) — Plusieurs brochures furent publiées en cette occasion pour ou contre le général. Une de ces dernières avait pour titre : Le portefeuille de Louis-Philippe d'Orléans trouvé dans la poche de M. de La Fayette , et était ornée d’un frontispice représentant La Fayette aux pieds du duc d’Orléans. (Cf. Tourneux, t. 1er, n° 2154.)

(3) Cf. Histoire parlementaire de la Révolution, t. IX, p. 414, note.

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