‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 105 sur 284 · PAMPHLET DE MARAT · texte numérisé non relu

PAMPHLET DE MARAT

d’un membre, il se rendit, à la tête d’une députation, au château des Tuileries, présenter au roi les hommages de la garde nationale. Louis XVI reçut les délégués dans son cabinet; La Fayette porta la parole; le roi remercia et fut fort applaudi (1).

Le même jour Marat lançait contre le commandant général un pamphlet, dont le titre, d’une longueur extraordinaire, indique suffisamment l’esprit :

Histoire curieuse, véritable et remarquable des plus beaux traits de la vie de Marie-Paul-Joseph-Roch-Yves-Gilbert Mottié, marquis de La Fayette, maréchal de camp, député de la noblesse de Riom aux Etats généraux, fondateur du club des Monarchiens et du club des Fédérés, instituteur des mouchards de l’état-major, président du comité autrichien, généralissime des contre-révolutionnaires, conspirateur en chef du royaume de France, et général de l’armée parisienne, et grenadier à moustaches du bataillon des Théatins; offerte à l’admiration des Français, amis de la vertu et de la liberté. — Tout ce qui reluit n’est pas d’or (2).

Dubois de Crancé protesta contre l’obligation du serment au commandant général et donna sa démission de garde national par une lettre que fit imprimer la Société des amis de la Constitution (3).

Le 3 mai 1791, La Fayette informait Washington des derniers incidents :

Quant à moi, je suis toujours en butte aux attaques de tous les partis, parce qu’ils voient en ma personne un obstacle insurmontable à leurs mauvais desseins. En même temps, ce qui semble une espèce de phénomène, c’est que ma popula-

(1) Cf. Moniteur , t. VIII, p. 251.

(2) Cf. l'Ami du peuple , nos 440, 441 et 442. — On trouvera le texte de ce libelle, où toutes les calomnies contre La Fayette sont habilement groupées, dans Y Histoire parlementaire de la Révolution , t. IX, p. 419 à 4 j j .

(5) Cf. Moniteur du 2 mai 1791, et Aulard, la Société des Jacobins, t. II, P- ?5J-

rité n’ait pas encore pu être ébranlée. J’en ai eu dernièrement la preuve. La garde nationale m’avait désobéi; l’administration qui m’avait envoyé ne me soutenait pas ; l’Assemblée était intimidée ; je ne parle pas du roi : il pouvait peu de chose, et ce peu qu’il faisait était contre moi. Je restais donc abandonné à la fureur des factions et de la licence populaire; j’étais seul à défendre la loi, et je suis parvenu à faire rentrer le flot dans les digues constitutionnelles. Cette leçon ne sera pas, j’espère, perdue pour le pays, et contribuera à établir des principes d’ordre. Mais je n’ai pu amener mes concitoyens à la subordination, qu’en leur donnant la crainte de perdre le chef qu’ils honorent de leur affection.

Le 1 1 mai, La Fayette prit, dans l’Assemblée nationale, la défense des gens de couleur libres et il fut accusé par Duval d’Epremesnil d’avoir vendu des nègres, « que sans doute il regardait comme des hommes (i) ». Dans le même mois, il approuva le plan, présenté par la veuve Amiard, d’un hospice d’éducation pour les jeunes demoiselles dénuées de fortune, sous la protection de la nation (2).

Le 6 juin 1791, La Fayette traçait à Washington le tableau suivant de la situation de notre pays :

Les émigrés bordent nos frontières, intriguent avec tous les cabinets despotiques; notre armée se compose d’officiers aristocrates et de soldats indisciplinés; la licence de la multitude n’est pas aisément réprimée; la capitale, qui donne le ton au pays, est ballottée par les différents partis. L’Assemblée est fatiguée de ses longs travaux. La question du serment exigé des prêtres ajoute aux difficultés de notre situation. Malgré tout cela, nous marcherons. Nous travaillons à introduire, autant qu’il nous est possible, la pratique de la liberté religieuse. L’Assemblée a fixé le terme de son existence par

(1) Cf. Moniteur , t. VIII, p. 373 et 374.

(2) Cf. A. Tuetey, L'assistance publique à Paris pendant la Révolution , t. I01', p. 84.

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