OPTIMISME DE LA FAYETTE
la convocation d’une nouvelle Chambre ; elle a déclaré ses membres non rééligibles pour la prochaine législature, et les a exclus de toute place dans le pouvoir exécutif... Si j’étais soutenu pour la répression de la licence comme je le serais contre des tentatives aristocratiques, le peuple arriverait bientôt à une juste appréciation de ce que signifie le mot de liberté. Quant aux gouvernements qui nous environnent, ils détestent notre révolution, mais n’osent intervenir, tant ils ont peur de gagner la peste. Nous allons prendre des mesures pour discipliner l’armée, officiers et soldats.
La Fayette se montre toujours semblable à lui-même : l’horizon est noir, mais son cœur est plein d’espérance, et la liberté ne peut manquer de triompher. Brissot le défendait contre les attaques de Camille Desmoulins (1). Santerre lui intentait un procès en calomnie à l’occasion de l’émeute du faubourg Saint - Antoine, et Tronson du Coudray était l’avocat du général. Le tribunal des Minimes se déclara incompétent et renvoya les parties devant les juges militaires (2), ce qui étouffait l’affaire.
Cependant le projet, dès longtemps caressé, d’enlever de Paris Louis XVI et la famille royale, et de les emmener dans un lieu sûr, allait devenir une réalité. Le marquis de Bouillé en était l’âme. L’exécution en fut fixée au 20 juin 1791. Toutes les mesures avaient été prises pour endormir la vigilance de la garde nationale et de son
(1) Cf. Histoire parlementaire de la Révolution , t. X, p. 142. — Madame Roland dit dans ses Mémoires (éd. Faugère, t. I, p. 292), à propos de Brissot : « 11 avait partagé l’erreur de beaucoup de gens sur le compte de La Fayette; ou plutôt il paraît que La Fayette, d’abord entraîné par des principes que son esprit adoptait, n’eut pas la force de caractère nécessaire pour les soutenir quand la lutte devint difficile; ou que, peut-être, effrayé des suites d’un trop grand ascendant du peuple, il jugea prudent d’établir une sorte de balance. Le fait est que, professant même le républicanisme dans le particulier, Brissot fut longtemps encore à ne pas le croire coupable, lorsqu'il était devenu tel aux yeux des plus ardents. Mais il l’avait hautement blâmé et déclaré sa rupture avec lui, dès avant l’affaire du Champ-de-Mars. »
(2) Cf. Histoire parlementaire de la Révolution, t. X, p. 218.
chef. On avait si souvent dénoncé la fuite du roi dans les feuilles populaires qu’on avait fini par ne plus y croire ( 1). Toutefois, de nouveaux avis étant parvenus à Bailly, La Fayette se rendit, le soir du 20 juin, aux Tuileries, pour donner ordre au major général Gouvion de faire promener les principaux officiers de garde dans les cours pendant la nuit. En entrant — il était minuit — il passa près de Madame Elisabeth, qui montait en voiture, et ne la vit pas (2). En ressortant, il frôla la reine, qui traversait le Carrousel pour aller rejoindre le roi, et il ne se douta pas de l’acte qui s’accomplissait. La fuite ne fut signalée que le 21 juin, entre cinq et six heures du matin. La Fayette l’apprit de la bouche de son collègue d’André et courut aux Tuileries avec Bailly et Alexandre de Beauharnais. Il sentait quelle responsabilité terrible pesait sur lui. Confiant dans la parole royale, il avait donné la sienne que Louis XVI ne fuirait pas. Sans attendre la réunion de l’Assemblée nationale, il expédia sur toutes les routes des officiers de la garde nationale, avec ordre d’arrêter le souverain. La colère populaire montait; il la brava en se rendant à pied à l’Hôtel de Ville, au milieu d’une foule agitée, et harangua avec calme les citoyens. A l’Assemblée nationale, Reubell exprima des soupçons sur la conduite de La Fayette, mais Barnave le réfuta avec vivacité. Le général arriva bientôt, en costume militaire, accompagné de Bailly. A sa vue, Camus se leva et s’écria:
« Point d’uniforme ici ! nous ne devons pas voir d'uniforme dans l’Assemblée! » En effet, -un décret défen-
(1) C’est ce que déclare La Fayette dans le récit du départ et de l’arrestation du roi, publié dans ses Mémoires.
(2) Le Mémoire du comte Louis de Bouillé dit à ce sujet (p. 90; : « Dans cet instant, M.de La Fayette passa : des flambeaux éclairent sa marche et jettent l’effroi parmi ses captifs; mais il n’aperçoit pas sa proie qui va lui échapper. »