‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 107 sur 284 · LA FAYETTE ET DANTON · texte numérisé non relu

LA FAYETTE ET DANTON

dait à tout individu de délibérer en uniforme. Le président, Alexandre de Beauharnais, fit observer que l’Assemblée avait mandé La Fayette à sa barre ; Démeunier déclara que les soldats citoyens de service étaient exceptés du décret, et le général demanda que le major général Gouvion, chargé de la garde intérieure des Tuileries, fût admis à rendre compte de l’attentat « que les ennemis du bien public, dans la coupable espérance de compromettre la liberté française, ont commis, la nuit dernière, contre le roi et une partie de sa famille. » Gouvion exposa les faits, et l’intendant Arnaud de La Porte apporta un mémoire du roi expliquant les raisons de sa fuite.

Le soir du 21 juin, La Fayette se rendit, avec plusieurs députés, entre autres Barnave, Alexandre Lameth et Siéyès, à la Société des amis de la Constitution, qu’il avait désertée depuis longtemps. En le voyant entrer, Danton, qui venait de tonner contre les traîtres, remonta à la tribune et demanda au général les raisons de sa présence :

Et vous, monsieur La Fayette, vous qui nous répondiez encore dernièrement de la personne du roi sur votre tête, paraître dans cette Assemblée, est-ce avoir payé votre dette ? Vous avez juré que le roi ne partirait pas. Ou vous avez livré votre patrie, ou vous êtes stupide d’avoir répondu d’une personne dont vous ne pouviez pas répondre. Dans le cas le plus favorable, vous vous êtes déclaré incapable de nous commander. Mais je veux croire qu’on ne peut vous reprocher que des erreurs. S’il était vrai que la liberté de la nation française dépendît d’un seul homme, elle mériterait l’esclavage et l’abjection. La France peut être libre sans vous. Votre pouvoir pèse sur les quatre-vingt-trois départements. Votre réputation a volé d’un pôle à l’autre. Voulez-vous être véritablement grand? Redevenez simple citoyen, et n’alimentez

pas plus longtemps la juste défiance d’une grande portion du peuple (1).

Sans se troubler, La Fayette répliqua :

Je viens me réunir à cette Société, parce que c’est dans son sein que tous les bons citoyens doivent se retrouver dans ces circonstances où il faut, plus que jamais, combattre pour la liberté, et l’on sait que j’ai dit le premier que, lorsqu’un peuple voulait être libre, il le devenait; et je n’ai jamais été si sûr de la liberté qu’après avoir joui du spectacle que vient de nous offrir la capitale dans cette journée (2).

Puis il sortit. Ses explications ne satisfirent personne. On vota l’impression du discours de Danton et son envoi aux sociétés affiliées, et on somma La Fayette de venir répondre aux accusations portées contre lui. La situation devenait des plus critiques : Marat réclamait la tête des ministres, de Motier, de Bailly (3); dans les rues on arrêtait un individu qui exprimait son étonnement que la tête de La Fayette ne fût pas encore coupée et promenée au bout d’une pique (4). Toutefois, le 22 juin, le général se rendit à l’Assemblée nationale et y prêta le serment imposé aux fonctionnaires publics. Dans la soirée on apprit que le roi était à Varennes et aussitôt l’Assemblée décréta le départ de trois commissaires, La Tour-Maubourg, Barnave et Petion, et de l’adjudant général de l’armée, Mathieu Dumas (5), chargés d’assurer et de protéger le retour de Louis XVI (6). Cette heureuse nouvelle,

(1) Cf. Aulard, La Société des Jacobins, t. II, p. 534 à 5 j6.

(2) Cf. Aulard, La Société des Jacobins, t. II, p. 557.

(3) Cf. Histoire parlementaire de la Révolution, t. X, p. 288.

(4) Le 22 juin 1791, on arrêta un sieur Nérée-Vacquier, qui disait « qu il était étonnant que le général, qui avait répondu du roi sur sa tête et qui l’avait laissé partir, n’eût pas encore la tête coupée et promenée au bout d’une pique. » (Cf. A. Tuetey, t. II, n° 2627.)

(5) Cf. Souvenirs de Mathieu Dumas, t. I, p. 487 et suiv.

(6) Petion, dans son récit du retour de Varennes, raconte qu’après sa

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