‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 109 sur 284 · I 79 1 ] DERNIERS TRAVAUX DE L’ASSEMBLÉE · texte numérisé non relu

I 79 1 ] DERNIERS TRAVAUX DE L’ASSEMBLÉE

la conduite du commandant général et prescrivait des poursuites contre son assassin (i).

Malgré ces attaques réitérées, La Fayette continua à prendre part aux derniers travaux de l’Assemblée nationale. Le 3 août, il appuya la suppression de la garde nationale soldée (2); le 5, il demanda qu’on réglât les formes dans lesquelles la Constitution serait présentée au roi, et il fit la proposition suivante :

Je propose, Messieurs, que le comité de constitution soit chargé de préparer un projet de décret sur les formes d’après lesquelles l’acte constitutionnel, aussitôt qu’il aura été définitivement décrété, sera présenté, au nom du peuple français, à l’examen le plus indépendant et à l’acceptation la plus libre du roi (3).

Le 8 août, il écrivit à La Tour Maubourg une lettre où se révèle son état d’esprit. Il s’y réjouit de leur intimité et déclare que ç’a été une duperie de perdre quinze mois à se quereller et qu’il se concentre dans la coalition « que Carra appelle assez plaisamment les rois de la quatrième race (4). » Le 30, il s’opposa, mais en vain, à ce qu’on fixât un délai de trente ans pour la révision de la Constitution. Le 31 Toujours hanté de l’Amérique, il proposa un amendement tendant à ce que, lorsqu'on demanderait une réforme dans l’organisation du gouvernement, il y eût un appel nominal imprimé sur une liste à deux colonnes, avec les noms de chaque votant, comme cela se pratiquait aux États-Unis. Le 7 septembre 1791, il eut le

(1) Le 28 juillet 1791, Washington écrivait à La Fayette : « Mais jusqu'à ce que vous ayez achevé votre Constitution, établi votre gouvernement et renouvelé le corps de la représentation nationale, vous ne pouvez espérer beaucoup de tranquillité, car les ennemis de la révolution n'abandonneront pas l'espérance de rétablir toutes choses en leur premier état. »

(2) Cf. Moniteur , t. IX, p. joî-

(5) Cf. Moniteur , t. IX, p. 320.

(4) Cf. le texte de cette lettre inédite aux Pièces justificatives, n° XX.

plaisir de 'froir son lieutenant et ami Gouvion élu député de Paris (1), ce qui lui valut de nouvelles attaques de Marat (2). Le 13, obéissant à sa nature chevaleresque, il fit décréter l’amnistie générale, proposée par le roi, et le 18, il conduisit au Champ de Mars la garde nationale pour assister à la proclamation de la Constitution, acceptée, le 14, par Louis XVI (3).

Le 30 septembre 1791, l’Assemblée constituante se sépara. La Fayette jugea sa tâche terminée et, à l’exemple de Washington, il résolut de se retirer (4). Le 27, il avait transmis au conseil général de la Commune la démission du major général Gouvion. Le 8 octobre, il remit à la municipalité les pouvoirs qui lui avaient été confiés par le peuple et annonça sa démission par une proclamation à la garde nationale (5). Bailly lui dit : « Vous êtes bien sûr que nous n’oublierons jamais le héros des Deux Mondes, qui a eu tant de part à la Révolution (6). » La garde nationale, reconnaissante, lui décerna, le 11 octobre, une épée à garde d’or portant cette inscription : « A La

(1) Cf. Etienne C haravay, Assemblée électorale de Paris en 1791, p. 176.

(2) Dans Y Ami du peuple du ix septembre, Marat écrivait : » Que vous dirai-je de Gouvion? C’est l’âme damnée de Motier, le chef des ennemis de la patrie, la cheville ouvrière des traîtres et des conspirateurs contre-révolutionnaires. »

(?) Le 16 septembre 1791, La Fayette était venu se concerter avec la municipalité, sur les mesures à prendre pour la fête du 18. (Cf. P. Robiquet, p. 617.) — Washington écrivit, le 21 septembre, à La Fayette : « Je ne puis finir cette lettre, sans vous féliciter bien sincèrement de ce que le roi a accepté la Constitution présentée par l’Assemblée nationale et de tous les avantages qui doivent en résulter pour votre pays aussi bien que pour le genre humain. »

(4) Cerutti traça ce portrait du général : « M. La Fayette a exercé son épée et. son âme en Amérique. Washington et Franklin semblent^ avoir trempé son esprit dans Je leur. 11 n’a jamais fait une faute dans les circonstances embarrassantes, ni manqué une occasion dans les temps favorables. Il a cette intrépidité calme que le tumulte ne déconcerte point, et qui pacifie le tumulte. Tant qu’il se montrera au peuple, on soulèvera en vain le peuple contre lui. »

(5) Cf. Journal de Paris, du 19 décembre 1791, p. 14J9.

(6) Cf. P. Robiquet, p. 465.

Page 1