PRÉPARATIFS MILITAIRES
mée fût campée dans ses positions le icr mai. En conséquence, il pressait la formation des équipages et demandait l’état des bataillons de volontaires et de ligne et des régiments de troupes à cheval qui en auraient été formés. Il ajoutait :
Je finirai par une observation relative aux équipages des officiers. Les sommes allouées par l’Etat sont modiques, sans doute, mais je compte établir, dans l’armée que je commande, une simplicité et une frugalité que les armées de l’ancien régime ne connaissaient pas et qui convient également aux mœurs d’un peuple libre et à la vraie discipline militaire.
Le même jour, il envoya une circulaire aux commissaires ordonnateurs et aux trésoriers militaires (1). Le 18 avril, il adressa une lettre politique à sa femme, où il parlait de la tourbe jacobine, que formaient Robespierre, Danton, Camille Desmoulins, et déclarait que ses amis et lui serviraient « quiconque voudra faire le bien, défendre la liberté et l’égalité, maintenir laConstitution, en repoussant tout ce qui tend à la rendre aristocrate ou républicaine. » De son côté, Robespierre demandait, le 20 avril, la suppression des bustes de Bailly et de La Fayette, qui se trouvaient à l’Hôtel de Ville, et un autre membre le changement de nom de la rue La Fayette (2). Le 23, la Société des Jacobins projetait d’adresser à l’Assemblée une pétition réclamant la destitution du général (3). Le 25, Brissot affirmait n’avoir eu aucune relation directe ou indirecte avec La Fayette depuis le 23 juin 1 791 , et il disait :
Vous qui croyezvoirdansLaFayetteun nouveau Cromwell, vous ne connaissez ni La Fayette, ni votre siècle, ni le peuple
(1) Minute, Arch. hist. de la guerre, armée du Centre.
(2) Cf. Aulard, La Société des Jacobins, t. III, p. 515.
(?) Cf. Aulard, La Société des Jacobins, t. III, p. 52;.
français. Cromwell avait du caractère, mais La Fayette n’en a pas : on ne devient pas protecteur sans caractère. Quand même il aurait du caractère, cette Société renferme une foule d’amis de la liberté, qui périraient plutôt que de le soutenir. J’en fais le premier le serment ; ou l’égalité régnera en France, ou je mourrai en combattant (1).
Le 20 avril, la guerre fut déclarée au roi de Bohême et de Hongrie. Le 21, La Fayette se plaignit au ministre de la guerre De Grave que les officiers cherchaient des prétextes pour émigrer et il demanda que l’Assemblée maintînt la plus sévère discipline (2).
La nouvelle de la déclaration de guerre lui parvint le dimanche 22 avril, par un courrier extraordinaire. Aussitôt il ordonna que les troupes l’attendissent dans leurs quartiers ; il s’y rendit avec ses généraux et il apprit aux soldats « que la guerre était décidée contre les ennemis de notre liberté ». Les cris de Vive la nation! Vive le roi! Vive M. de La Fayette! accueillirent cette nouvelle. Le même jour, le 30 régiment de chasseurs à cheval fit bénir ses étendards, que le maire de la ville, La Fayette et les deux frères La Tour-Maubourg présentèrent au grand-vicaire de l’évêque de Metz. Celui-ci prononça un discours politique, où il tonna « contre les anarchistes qui, sous un masque populaire, servent l’aristocratie et détruisent la Constitution, en semant partout la méfiance et le désordre (3). »
Le 24 avril, un aide de camp de Dumouriez lui apporta, vers les cinq heures du soir, les dernières instructions
(1) Cf. Aulard, La Société des Jacobins, t. III, p. 528. — Dans le Patriote français du 14 avril 1792 (n° 978, p. 420), Brissot avait protesté contre l’accusation d’avoir vécu de la table de La Fayette, déclarant qu’il n’avait dîné chez le général que deux ou trois fois en 1789.
(2) Orig., Arch. hist. de la guerre, armée du Centre.
(3) Ces détails sont empruntés à une lettre, datée de Metz, 24 avril 1792, et publiée dans le Journal de Paris, du 29 avril, n° 120, p. 484.