‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 116 sur 284 · LETTRE A LASSEMBLEE ET AU ROI · texte numérisé non relu

LETTRE A LASSEMBLEE ET AU ROI

nale une longue lettre politique, où, après avoir applaudi à la chute d’un ministère, « que ma correspondance accusait depuis longtemps », il traçait aux représentants du pays la marche à suivre pour sauver la chose publique. Il accusait la faction jacobine d’avoir causé tous les désordres, conseillait de rallier tous les citoyens autour de la Constitution, de garder le pouvoir royal intact et indépendant, de révérer le roi, de faire succéder au règne des clubs celui de la loi, et il terminait par cette déclaration :

Messieurs, j’ai obéi à ma conscience, à mes serments : je le devais à ma patrie, à vous, au roi, et surtout à moi-même, à qui les chances de la guerre ne permettent pas d’ajourner les observations que je crois utiles, et qui aime à penser que l’Assemblée nationale y trouvera un nouvel hommage de mon dévouement à son autorité constitutionnelle, de ma reconnaissance personnelle et de mon respect pour elle (i).

Le même jour, 16 juin, La Fayette envoya au roi une copie de cette lettre et il le félicita sur l'acte qu’il venait d’accomplir :

Persistez, sire, fort de l’autorité que la volonté nationale vous a déléguée, dans la généreuse résolution de défendre les principes constitutionnels contre tous leurs ennemis. Que cette résolution, soutenue par tous les actes de votre vie privée comme par un exercice ferme et complet du pouvoir royal, devienne le gage de l’harmonie qui, surtout dans les moments de crise, ne peut manquer de s’établir entre les représentants élus du peuple et son représentant héréditaire. C’est dans cette résolution, sire, que sont pour la patrie, pour vous, la gloire et le salut. Là vous trouverez tous les amis de la liberté, tous les bons Français rangés autour de votre trône pour le défendre contre les complots des rebelles et les entreprises des factieux. Et moi, sire, qui dans leur

(1) Orig., Arch. nat., C 558. — Le texte de cette importante lettre a été souvent réimprimé; on le trouvera dans les Mémoires.

honorable haine ai trouvé la récompense de ma persévérante opposition, je la mériterai toujours par mon zèle à servir la cause à laquelle ma vie entière est dévouée, et par ma fidélité au serment que j’ai prêté à la nation, à la loi et au roi (i).

Ainsi La Fayette, de son camp de Maubeuge, en face de l’ennemi, régentait l’Assemblée nationale et le roi. Sa lettre, lue dans la séance du 18 juin par un des secrétaires, souleva une grande agitation parmi les députés (2). On applaudit d’abord et on en vota l’impression; mais Vergniaud fit justement observer qu’un général ne pouvait et ne devait adresser ses conseils que par l’organe du ministre. Guadet mit en doute l’authenticité de la lettre et s’écria : « Lorsque Cromwell tenait un tel langage, la liberté était perdue en Angleterre, et je ne puis me persuader que l’émule de Washington veuille imiter la conduite de ce Protecteur. >■> L’Assemblée renvoya alors la lettre au Comité des douze.

L'ingérence de La Fayette dans les débats législatifs fut sévèrement jugée dans la presse libérale. Condorcet reprocha au général, dans la Chronique de Paris , du 19 juin, d’accorder sa confiance à des intrigants et d’avoir commis en cette circonstance la plus grave des fautes (3). Robespierre, dans le n° VI du Défenseur de

(1) Cf. Mémoires de La Fayette.

(2) Déjà, le 4 juin 1792, La Fayette avait été accusé de trahison par une dénonciation lue par Chabot, dans son rapport sur le comité autrichien, et il avait trouvé un défenseur dans Aubert Dubayet, qui exprima son mépris pour de telles calomnies proférées contre les généraux.

(3) Voici un passage de l’article de Condorcet : « M. de La Fayette est-il l’ennemi de la liberté? Non, mais la préférence constante qu’il accorde aux intrigants sur les honnêtes gens, aux gens adroits sur les hommes éclairés, aux valets complaisants sur des amis même indulgents, mais fermes, lui ont fait commettre bien des fautes, et celle-ci est la plus grave de toutes. 11 lui reste un moyen de la réparer, c’est de rompre hautement, publiquement, sans aucune réserve, avec les agents imbéciles ou fripons qui en ont été les complices. »

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