‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 142 sur 284 · LETTRE DE CARNOT A BONAPARTE · texte numérisé non relu

LETTRE DE CARNOT A BONAPARTE

réglée et que Sa Majesté n’ait contracté aucun engagement pour leur délivrance », mais à la condition de ne pas rester dans ses Etats et de partir pour l’Amérique. La Fayette refusa de prendre aucun engagement et demanda à être conduit dans un port tel que Hambourg. Chasteler interrogea aussi Mmo de La Fayette, qui logeait dans une seule chambre avec ses deux filles, et qui se plaignit de n’avoir pas été autorisée à se faire soigner d’une maladie scorbutique contractée dans la prison. Il vit Bureaux de Pusy et LaTour-Maubourg. Puis il fit communiquer entre eux les trois amis, qui, depuis trente-huit mois, ne s’étaient pas vus, quoique détenus dans le même lieu et souffrant presque côte à côte. La Fayette et ses compagnons s’engagèrent à ne porter aucune plainte à l’occasion de leur captivité et à ne jamais entrer dans les Etats autrichiens. Chasteler repartit, remit les déclarations à l’empereur, qui, n’en approuvant pas la forme, refusa de délivrer les prisonniers (i).

Sur ces entrefaites, Carnot écrivait, le ier août 1797, à Bonaparte :

Sur de nouvelles réclamations que l’on adresse au Directoire, citoyen général, concernant les prisonniers d’Olmiitz, le Directoire vous rappelle le désir qu’il vous a manifesté de voir cesser leur captivité le plus tôt possible II ne doute pas que vous ne partagiez l’intérêt que leur malheur lui inspire.

Le même jour arrivait à Vienne Louis Romeuf, compatriote de La Fayette, son ancien aide de camp et compagnon de fuite, chargé par Clarke de négocier avec le gouvernement autrichien la mise en liberté des prison-

(1) Cf. Max Büdinger, La Fayette in Œsterreiclr, Vienne, 1878, in-8. Les documents diplomatiques autrichiens ont été reproduits dans cet ouvrage et ont apporté une lumière nouvelle sur cette période de la vie de La Fayette. — Cf. aussi Vie de Madame de La Fayette, p. 479.

niers. Dès le 9 août, Romeuf faisait connaître à La Fayette l’objet de sa mission, l’entrevue qu'il avait eue avec le baron de Thugut et les nouvelles conditions posées par le gouvernement allemand :

L’empereur renonce à l’arrangement qu’il vous avait présenté. Il n’est plus question d’aucune parole écrite ou verbale de votre part; mais voici les nouveaux arrangements qui succèdent. Le gouvernement autrichien désire que le consul américain à Hambourg, chez qui vous serez déposé, promette, avant de vous recevoir, de vous engager à quitter cette ville avant douze jours. Il vous sera signifié, à votre débarquement, l’ordre de sortir avant ce terme de tous les Etats de l’empire de ce côté-ci du Rhin.

Le baron de Thugut avait hâte de se débarrasser de cette affaire désagréable et il écrivait à Clarke, le 12 août, que la mise en liberté aurait eu lieu, si on savait où on devait conduire La Fayette et ses compagnons, car on ne voulait les recevoir ni en Italie, ni en France (1). Le 7 septembre, il exhalait à Colloredo sa mauvaise humeur en ces termes caractéristiques :

Je présume que Sa Majesté daignera approuver que je m’entende avec le conseil de guerre pour que toute cette caravane de La Fayette, femme, enfants et autres compagnons de captivité, soient transportés à Hambourg et consignés à l’Américain, pour qu’il n’en soit plus question, ce de quoi je serai fort aise (2).

Il y eut encore des retards, contre lesquels protesta Louis Romeuf dans une lettre adressée, le 17 septembre 1797, au baron de Thugut. Enfin, le 19, La Fayette, sa

(1) Bonaparte et Clarke avait spécifié dans une note remise au marquis de Gallo, plénipotentiaire allemand, que les prisonniers ne pourraient pas se rendre actuellement en France.

(2) Cf. Max Büdinger, La Fayette in Œslerreich.

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