‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 152 sur 284 · MARIAGE DU FILS DE LA FAYETTE · texte numérisé non relu

MARIAGE DU FILS DE LA FAYETTE

Bonaparte, malgré l’éloge qui s’y trouvait du 1 8 brumaire et de la dictature réparatrice (i). La Fayette se consacra désormais à sa famille et à ses travaux agricoles. Le 7 juin 1802, il maria son fils Georges à la fille de Destutt de Tracy, son ancien collègue à la Constituante, membre du Sénat conservateur et de l’Institut, et qui, dans sa maison d’Auteuil, aimait à philosopher avec ses amis. Cabanis fut un des témoins de cette union. Peu après La Fayette se rendit, comme tous les étés, à Chavaniac. Il revint à Paris pour voir Charles Fox et sa femme, le général Fitz-Patrick, lord Holland, Erskine, qui avaient profité de la paix d’Amiens pour visiter la France. L'impression produite sur ces hommes éminents fut peu favorable au régime consulaire. Ils pensaient que, même en Angleterre, la liberté était compromise. Toutefois, Fox disait prophétiquement : « La liberté renaîtra., mais non pour nous, pour Georges tout au plus, et sûrement pour ses enfants. »

La Fayette prenait au sérieux son nouvel état d’agriculteur. En mai et juin 1802, il acheta des béliers et des brebis à Rambouillet et fit choisir par l’agronome Tessier douze brebis. Il constitua ainsi un troupeau, qui devint d’année en année plus florissant et comptait, en 1811, sept cent vingt bêtes (2). Quoique retiré des affaires publiques, il s’intéressait aux relations des Etats-Unis avec la France. Les négociations d’un nouveau traité et de l’acquisition de la Louisiane par les Américains le préoc-

(1) M. Aulard, dans sa remarquable ctude : L'établissement du consulat à vie, a fait justement remarquer que le mot de La Fayette : Le 18 brumaire sauva la France, « exprime à merveille l’illusion naïve de ces libéraux, qui, effrayés de la démocratie, avaient cru, avec Siéyès, obtenir d'un homme cette liberté qu'ils avaient demandée aux lois et aux moeurs. » (Cf. F. -A. Au lard, Etudes et leçons sur la Révolution française, 20 série, p. 282.)

(2 Cf. lettre de La Fayette à l’abbé Tessier, en date de La Grange, 29 décembre 1811. (Orig. aut., collection de M. Th. Lhuillier, de Melun.)

cupaient. Le 24 frimaire an XI (15 décembre 1802), il fit part de ses réflexions à Pichon, chargé d’affaires de la République française aux États-Unis (1).

Le 23 février 1803, La Fayette était à Paris et sortait du ministère de la marine quand il glissa sur la glace et se brisa le col du fémur. Il fut aussitôt transporté chez M. et Mmc de Tessé et soigné par les chirurgiens Boyer et Deschamps, renommés par leur habileté. On expérimenta sur lui une machine nouvellement perfectionnée par Boyer et qui devait empêcher l’estropiement. Il souffrit le martyre pendant cinquante jours et n’eut d’autre satisfaction que de savoir que son cas avait fait modifier le procédé et épargné des souffrances à d’autres malheureux. Il était encore sur son lit de douleur, lorsque, le 20 avril, dans une chambre voisine de la sienne, le père Carrichon, celui-là même qui avait assisté la duchesse d’Ayen sur l’échafaud, vint bénir le mariage de la seconde fille de La Fayette, Virginie, avec le comte Louis de Lasteyrie du Saillant, lieutenant de dragons. Pendant ce repos forcé, La Fayette eut la consolation de recevoir de toutes parts des témoignages d’affection. Les généraux Bernadotte, Moreau, O’ Connor et Kosciuszko envoyaient chaque jour prendre de ses nouvelles et le visitèrent. Il eut aussi la joie d’apprendre la naissance d’une fille de son fils Georges (2).

La Fayette se rétablit lentement ; il fallut une cure au Mont-Dore pour lui rendre l’usage de sa jambe, où il ne garda qu’une raideur, provenant, « non de la fracture, mais du traitement ».

(1) Cf. Pièces justificatives, n° XXXI.

(2) Natalie-Renée-Emilie, née à Auteuil le 25 mai 180;, mariée, en 1828, à Adolphe Périer.

Sollicitations des Américains. — Jefferson propose à La Fayette le gouvernement de la Louisiane (4 novembre 180}). — Intérêt porté au général Moreau, après la condamnation de celui-ci. — Voyage au Mont-Dore et à Chavaniac (août 1804). — Il décline l'invitation de se rendre aux Etats- Unis (3 octobre 1804). — Il refuse un rang élevé dans la Légion d'honneur. — Il assiste à un dîner pour l'anniversaire de la naissance de Kosciuszko (12 février 1806). — Georges La Fayette et Louis de Lasteyrie quittent l’armée et rentrent à La Grange (septembre 1807). — Mort de Mmc de La Fayette (24 décembre 1807). — Douleur de La Fayette. — Lettre à La Tour-Maubourg (janvier 1808). — Napoléon essaie de le compromettre dans la première conspiration Malet (juillet 1808). — Lettres à Jefferson (1809 et 1810). — Mort de sa tante Mme de Chavaniac (6 mai 1811). — Napoléon le déclare incorrigible. — La Fayette déplore la mort de son ami le général Louis Romeuf et de son neveu Alfred de Noailles, et fait à Pougens un tableau de sa vie de gentilhomme campagnard (22 décembre 1812). — Sentiments d’admiration pour Talma. — Il vient à Paris (janvier 1814). — Lettre à Pougens (17 janvier). — Mort de sa tante, la comtesse de Tessé (ier février 1814). — La Fayette offre son concours pour repousser l’invasion, mais ses avis ne sont pas écoutés. — Le jour de l’entrée des alliés dans Paris, il se renferme chez lui et fond en larmes (51 mars 1814). — Lettre au comte d’Artois (15 avril). — Il est reçu avec politesse par Louis XVIII, et avec sympathie par le duc d’Orléans. — Eloge de ce prince, qui est le seul Bourbon compatible avec une Constitution libre. — Il remercie le roi de Prusse d’avoir mis en liberté son gendre Charles de La Tour-Maubourg.

— Conversation avec l’empereur de Russie Alexandre Ier chez Mmo de Staël. — La Fayette, désillusionné, rentre à La Grange. — Lettre à Jefferson (14 août 1814). — Visite à Mmc de Staël (14 janvier 1815). — A la nouvelle du débarquement de Napoléon, il se rend à Paris (mars 1815).

— Pamphlets royalistes publiés contre lui. — Sollicitations de Benjamin Constant, de Joseph Bonaparte et de Mathieu Dumas. — 11 se rend à Paris le 20 avril et a une conférence, le 21, avec Joseph Bonaparte. — Il refuse toute faveur. — Dîner chez Joseph Bonaparte. — 11 retourne à La Grange et y apprend la convocation d'une Chambre (icr mai 1815).

— 11 est nommé président du collège électoral du département de Seine-et-Marne (8 mai) et député (10 mai). — Lettre à la princesse d’Hénin (15 mai). — 11 obtient des voix pour la présidence de la Chambre (4 juin). — Il est élu vice-président (5 juin). — 11 assiste à l’ouverture de l’Assemblée et a un colloque avec Napoléon (7 juin). — Récit de cette scène par La Fayette. — Protestation contre la formule de serment et mot de Napoléon. — Discussion des termes de l’adresse (10 juin). — La terme de héros est substitué à celui de grand homme.

— Piquante observation de Lanjuinais. — Discours de La Fayette, à la nouvelle du désastre de Waterloo. — Projet d’arrêté et altercation avec Lucien Bonaparte (21 juin 1815). — Réunion aux Tuileries (21 juin). — Il réclame l’abdication de Napoléon, mais n’est pas nommé membre

du gouvernement provisoire (22 juin). — Il est envoyé comme commissaire au quartier général des alliés (25 juin). — 11 part avec ses collègues le 25 juin et arrive à Haguenau le jo. — Les souverains étrangers refusent de les recevoir. — Inutile démarche de La Fayette auprès de l'empereur Alexandre. — On nomme des plénipotentiaires pour conférer avec eux. — Les pourparlers n’aboutissent pas, la paix ne pouvant être discutée à Haguenau. — Lord Stewart exige la remise de Bonaparte entre les mains des alliés. — Verte réplique de La Fayette. — Les commissaires rentrent à Paris le 5 juillet. — La Fayette rend compte de sa mission (6 juillet). — On lui refuse l’entrée du palais Bourbon. — 11 réunit chez lui les députés exclus du lieu des séances (8 juillet). — 11 écrit à la princesse d’Hénin, le n juillet 1815, et se retire à La Grange, sans abandonner ses espérances.

Les Américains sollicitaient la venue de La Fayette dans leur paj^s. Le 4 novembre 1803, le président Jefferson exprimait le regret de n’avoir pas pu, à cause de son absence, lui donner le gouvernement de cette Louisiane, que la France venait de céder aux États- Unis et que revendiquait l’Espagne. La Fayette répondit de La Grange à Jefferson, le 26 février 1804, pour le remercier de cette bonne pensée; il témoignait son chagrin de voir le nom du général Moreau porté sur la liste des complices de Pichegru. Dans ces circonstances, La Fayette se montra reconnaissant de l’intérêt que Moreau lui avait marqué ; quand celui-ci eut été condamné à deux années de prison et ensuite exilé, il lui donna des lettres de recommandation pour ses amis d’Amérique et il alla voir sa belle-mère et son enfant (1). Or, cette manifestation en faveur d’un condamné politique n’était pas sans péril pour son auteur.

Sa blessure n’étant pas encore guérie, La Fayette se rendit, avec sa femme, en août 1804, aux eaux du Mont- Dore et de là à Chavaniac (2). On le portait sur un bran-

(1) Cf. Mes rapports avec le premier Consul.

(2) Le 8 octobre iSoq, La Fayette écrivait à Jefferson : « J'ai été aux eaux du Mont-Dore, qui, probablement, compléteront ma guérison à un second voyage. J’ai été ensuite à Chavaniac chez ma vénérable tante, âgée de quatre-vingt-trois ans. »

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