OUVERTURE DE LA CHAMBRE
Sarthe les devança et nomma député La Fayette, le 26 octobre, par 569 voix sur 1,055. I-e général prit place à gauche et devint un des chefs du parti libéral.
Cette élection fit une grande impression ; Louis XVIII s’en montra particulièrement affligé (1). Il semblait que la France, que l’Europe tout entière fussent ébranlées par la rentrée sur la scène politiquede ce revenant de 1789 (2). La séance d’ouverture de la Chambre eut lieu le 10 décembre 1818. On s’était disputé les billets d’entrée, car chacun voulait voir La Fayette prêter le serment. Mme de Rémusat écrivait, le 4 décembre, à son mari :
Il se portera un monde infini à cette ouverture pour voir prêter serment à M. de La Fayette. Nos Parisiens ont toujours un côté d’enfantillage; ce spectacle paraît piquant à tout le monde. Moi-même, j’irai comme les autres, si je puis me procurer un billet, et je prévois pourtant bien d’avance comme la chose se passera (3).
La séance royale se passa sans incident, devant des tribunes bondées de spectateurs appartenant à la société parisienne. Mme de Rémusat en rendit compte, le 11 décembre, à son mari :
Hier, la séance royale s’est ouverte avec une grande magni-
elles figurent à la Bibliothèque nationale. (Lb,s 1156, 1145, 1146, 1147, 1148, 1155, 1156, 1139, 1162 et 1162.)
(1) M'"e de Rémusat écrivait, le 12 novembre 1818, à son mari : « Le roi a pris plus sérieusement la nomination de M. de La Fayette, qui l’a affligé. » (Cf. Correspondance de M. de Rémusat pendant tes premières années de la Restauration, publiée par Paul de Rémusat, t. V, p. 73.)
(2) La duchesse de Broglie, fille de Mmc de Staël, écrivait, le 19 septembre 1819, dans son Journal : « Je m’attendais, après avoir vu les élections dans les papiers, à trouver tout le monde agité... surtout quand je me rappelais que, l’année dernière, l’élection de M. de La Fayette avait ébranlé toute la France et presque l’Europe. Eh bien! tout est calme et presque endormi... Le roi a mieux pris son parti de l’élection de Grégoire que de celle de M. de La Fayette... » (Cf. Souvenirs du feu duc de Broglie , t. II, p. 90.)
(3) Cf. Correspondance de M. de Rémusat , t. V, p. 145.
ficence. Le roi a été très bien reçu, mais l’enthousiasme n’était pas vif. On a remarqué que les Manuel, les La Fayette et autres de ce parti n’ont pas crié : Vive le roi ! de même que M. de Chateaubriand, qui se tenait dans le même silence (1).
A la fin de décembre 1818, à un déjeuner chez le colonel Du Bignon, où se trouvaient les chefs de l’opposition libérale, Dupont de l'Eure, Bignon, Manuel, d’Argenson, etc., La FaA’ette rencontra l’ex-directeur La Revelliere- Lépeaux et il lui exprima publiquement sa gratitude pour la partjqu’il avait prise à sa délivrance et l’intérêt qu’il avait témoigné à sa femme et à ses enfants (2). Le prisonnier d’Olmütz avait gardé une profonde reconnaissance à tous ceux qui l’avaient assisté dans son infortune.
Le 22 mars 1819, La Fayette défendit laloi sur les élections. Les royalistes l’attaquèrent; un journal, Y Ami de la royauté, ayant débité sur lui des calomnies à l’occasion de son rôle pendant la Révolution, le procureur général Bellart poursuivit cetle feuille. La Fayette écrivit à celui-ci, le 27 avril 1819, pour s’opposer à cette poursuite, et déclara n’avoir jamais demandé à un écrivain de dire du bien de lui et n’avoir jamais inquiété personne pour en avoir écrit du mal. Le 4 juin 1819, La Fayette prit part à la discussion des budgets des ministères de la marine et de la guerre.
Les élections de 1819 amenèrent à la Chambre un autre revenant de 1789, Grégoire, nommé, le 12 septembre,
(1) Cf. Correspondance de M. de Ré m usât, t. V. p. 153.
(2) Le fait est rapporté dans les Mémoires de La Revelliere-Lépeaux , t. 1er, p. 427 et 428. On y lit : « Le général arriva des derniers. En m’apercevant, il traversa le salon avec empressement pour venir à moi et, en présence de tous les convives, il me remercia, avec l’expression de la plus sincère gratitude, de la part qu'en particulier j’avais eue à sa délivrance, dans le Directoire exécutif, auquel seul il la devait. Il me témoigna en même temps, dans les termes les plus vifs, combien il avait été sensible à l’intérêt que j’avais marqué à sa famille et aux égards que j'avais eus pour elle. »