‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 161 sur 284 · I 8 1 9J ANNULATION DE L’ÉLECTION DE GRÉGOIRE · texte numérisé non relu

I 8 1 9J ANNULATION DE L’ÉLECTION DE GRÉGOIRE

député de l’Isère. Ce fut un grand scandale parmi les royalistes, qui déclarèrent qu’il fallait annuler l’élection de ce régicide. On discutait sur ce point dans les salons. Le 9 octobre 1819, La Fayette et Benjamin Constant, se trouvant en soirée chez la duchesse de Broglie, déclarèrent que l’exclusion ferait réélire Grégoire dans vingt départements ( 1 ).

En effet, La Fayette protesta contre l’annulation de l’élection de Grégoire, prononcée le 6 décembre 1819, et il témoigna sa sympathie pour son ancien collègue en lui faisant remettre sa carte et en allant le voir (2). Malgré ses travaux parlementaires, il correspondait avec ses amis et notamment avec le général sir Robert Wilson, qui venait de rentrer en Angleterre (3). Le Moniteur du 3 janvier 1820 ayant imprimé que La Fayette avait été mis hors la loi en 1792 pour avoir voulu émigrer à la tête de son année, le général protesta « contre cette injurieuse confusion du patriotisme proscrit avec l’émigration armée ». Le 10 février 1820, il réclama l’élaboration d’un projet de loi pour la réorganisation de la garde nationale, mais ce fut sans succès. Le 2 mars, il appuya les pétitions pour le maintien intégral de la Charte et de la loi sur les élections; le 8, il parla éloquemment en faveur de la liberté individuelle et conclut en ces termes :

(1) On lit dans le Journal de la duchesse de Broglie, à la date du

9 octobre 1819 : « Le soir, Benjamin Constant est venu me voir avec M. de La Fayette. La conversation s'est engagée sur Grégoire. On a parlé du projet de l’exclure de la Chambre. Benjamin Constant et M.de La Fayette se sont récriés; ils ont dit que cela le ferait réélire dans vingt départements. ■') (Cf. Souvenirs du feu duc de Broglie , t. II, p. 98.)

(2) Cf. dans les Mémoires lettre de La Fayette, en date de Paris,

10 décembre 1819.

(j) Cf. aux Pièces justificatives, n° XXXII, une lettre de La Fayette à sir Robert Wilson, datée de La Grange, 6 novembre 1819, et dont l’original est conservé au British Muséum. — Le général Wilson avait, en décembre 1815, coopéré à l’évasion du comte de Lavallctte.

La question a été nettement posée : d'un côté, la révolution faite avec tous ses avantages moraux, politiques et matériels; de l’autre, la contre-révolution à faire avec ses privilèges et ses périls. C’est à la Chambre, c’est à la France à choisir. Messieurs, il y a trente-trois ans qu’à l’assemblée des notables de 1787 j’ai, le premier, demandé l’abolition des lettres de cachet; je vote aujourd’hui contre leur rétablissement.

La Fayette avait retrouvé son activité d’antan ; il prenait part aux discussions avec la vivacité d’un jeune homme. Le 23 mars 1820, il parlait sur la censure de la presse (1) ; le 27 mai, sur le projet de loi relatif aux élections. Il dénonça les complots contre-révoludonnaires et souleva les applaudissements de la gauche et les huées de la droite. La Fayette lançait du haut de la tribune ces justes considérations :

Nos contemporains sont las de révolutions, rassasiés de gloire; mais ils ne se laisseront pas ravir des droits et des intérêts chèrement acquis. Notre jeunesse, l’espoir de la patrie, mieux instruite que nous ne l’étions, éclairée de ses propres lumières et de notre expérience, ignore les factions, n’entend rien aux préjugés, n’est accessible qu’aux intentions pures et aux moyens généreux; mais elle veut la liberté avec une ardeur raisonnée et par là plus irrésistible. Que toutes ces générations soient laissées, sous la sauvegarde de la liberté constitutionnelle, à leurs souvenirs, "à leur industrie, à leurs études. Il est alors absurde de les craindre, impossible de les agiter; mais ne les obligez pas, en les menaçant de perdre tous les résultats utiles delà révolution, à ressaisir elle-même le faisceau sacré des principes d’éternelle vérité et de souve-

(1) Le duc de Broglie dit, dans ses Souvenirs (t. Il, p. 137) : « Dans la discussion générale, M. de La Fayette monta trois fois à la tribune. Il avait écrit son discours principal de peur qu’il ne fût trouvé trop violent. L’effet n’en fut que plus mauvais; il y avait quelque chose de noble et d’imposant dans ses manières, un accent d’ancien régime qui contrastait étrangement avec les idées et les expressions révolutionnaires dont son langage était empreint. »

Page 1