‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 162 sur 284 · LETTRE AU PRESIDENT MONROË · texte numérisé non relu

LETTRE AU PRESIDENT MONROË

raine justice, principes applicables à tous les gouvernements libres, et auprès desquels toutes les autres combinaisons personnelles et politiques ne peuvent être, pour un peuple de bon sens, que des considérations secondaires.

Le garde des sceaux de Serre, quoique malade, répondit à La Fayette en des termes très vifs. Il l’accusa de seconder le parti révolutionnaire par des « éloges donnés aux couleurs de la rébellion », de déclarer qu'il se croyait délié du serment prêté à la Charte, et il fit une allusion aux journées des 5 et 6 octobre 1789 (1).

La Fayette assista, le 4 juillet 1820, au dîner de l’anniversaire de la déclaration de l'indépendance des Etats- Unis et porta le toast suivant : « La liberté américaine, et puisse être à jamais conservée dans sa pureté primitive la source qui doit fertiliser les deux hémisphères ! » Le 20 juillet 1820, il écrivit à James Monroë, président des Etats-Unis :

Les idées de liberté fermentent partout, et la France participe grandement à ce mouvement des esprits. La révolution et la contre-révolution sont en présence. Cette nouvelle génération est éclairée et généreuse, supérieure aux impressions du jacobinisme et du bonapartisme. Elle soutiendra, j’en suis sûr, les droits d’une liberté pure. Quoique nous ayons posi-

(1) Hercule de Serre s’était écrié : « Quand la guerre civile éclate, le sang est sur la tête de ceux qui l’ont provoquée. Le préopinant le sait mieux qu’un autre. Il a plus d’une fois appris, la mort dans l’âme et la rougeur sur le front, que qui soulève les bandes furieuses est obligé de les suivre et presque de les conduire...» — Mmc de Rémusat écrivait de Lille, le 50 mai 1820, à son fils : « Le discours de M. de La Fayette m'a paru tout à fait révolutionnaire, et je conçois qu'il ait excité le mouvement de M. de Serre. » Puis, le 2 juin, elle revenait sur le même sujet : « Le discours de M. de La Fayette m’avait souverainement déplu; mais la sévère réprobation du garde des sceaux me froissait l’âme; je comprenais quel rigoureux devoir il s’imposait et que, parce qu’il est malade et faible, il devait être plus concis et de là plus violent. Mais M. de La Fayette approche de la vieillesse, mais il a des vertus unies à beaucoup d'erreurs, et il y a eu bien des souffrances dans sa vie. » (Cf. Correspondance de M. de Rémusat, t. VI, p. 477, 48} et 484.)

l.E GÉNÉRAL LA FAYETTE

tivement perdu du terrain cette année, nos débats ont servi à avancer l’esprit public, de façon que, si le gouvernement et les Chambres sont plus éloignés du but, la nation, je l’espère, en est plus rapprochée qu’il y a huit mois.

Les sentiments d’optimisme qui, dès sa jeunesse, lui avaient permis d’affronter les péripéties si complexes de deux révolutions, ne l’avaient pas abandonné. Le besoin de se dévouer à la cause des opprimés, sans souci de ses intérêts ou de sa sécurité personnelle, enflammait toujours son cœur. La révolution de Naples, tentée par le général Guillaume Pepe, conquit toutes ses sympathies, et, dans la séance du 12 février 1821, il ne craignit pas, pour la soutenir, d’ameuter contre lui toute la droite de la Chambre. Il ne quitta la tribune qu'en lançant à ses interrupteurs ce cri de sa conscience : « Ne détruisons pas l'indépendance napolitaine ! »

En 1821, La Fayette, convaincu de la nécessité de renverser le gouvernement des Bourbons, s’affilia à la Charbonnerie française, par l’entremise d’un de ses chefs, Bazard. Il déploya, dans les réunions secrètes, une activité juvénile et se montra prêt à braver tous les dangers (1). Un homme de lettres, Martial Sauquaire-Souligné, et le publiciste Goyet, qui avait été le promoteur de la candidature du général dans la Sarthe, ayant été traduits en cour d’assises sous la prévention d’un complot contre la sûreté de l’Etat, La Fayette fut cité comme témoin, à l’effet de reconnaître une correspondance de lui saisie chez les inculpés. Il se présenta devant la cour le 14 mars 1821, se fit honneur des sentiments exprimés dans ses lettres et scandalisa les magistrats par son ironie.

(t) La Fayette a raconté lui-même sa participation à la Charbonnerie dans un morceau intitulé Sociétés secrètes et inséré dans ses Mémoires.

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