ZI
la Quotidienne et le Drapeau blanc , s’étaient hâtées de propager, tandis que le Constitutionnel faisait l’éloge du général. Il approuvait un « écrit très plaisant » de Paul-Louis Courier (1) et, le 6, l’ancien prisonnier d’Olmütz appréciait en ces ternies la mort du captif de Sainte-Hélène :
Les journaux vous apprendront la mort de Napoléon. Elle est encore, malgré la situation odieuse et cruelle où il était depuis sept années, un grand événement politique. Les Anglais perdent ainsi un moyen de menace et d’influence, les agents provocateurs une mine féconde d’accusation. Beaucoup de bonapartistes vont se rattacher au parti patriote.
La Fayette ne pouvait manquer d’encourager l’insurrection de la Grèce. Il s’indigna des atrocités des Turcs et blâma la conduite du gouvernement anglais à l’égard des opprimés (2). Il facilitait aux jeunes gens les moyens d’aller combattre pour leur indépendance nationale (3). Le chantre des patriotes, Béranger, était traduit en cours d’assises pour des chansons irrévérencieuses à l’égard du gouvernement : La Fayette alla, le 8 décembre 1821, donner au poète une preuve publique de sympathie par sa présence et il eut le plaisir de le voir acquitter (4).
La Charbonnerie n’était pas restée inactive ; elle avait organisé un vaste complot et décidé de provoquer une révolution. Un programme, où figuraient le rétablissement de la loi municipale, l’armement général des gardes nationales et la nomination d'une Assemblée constituante, avait été élaboré, sans qu’on eut déterminé la
(1) Il s'agit vraisemblablement du Simple discours de Paul-Louis sur la souscription ouverte pour l'acquisition du château de Chambord.
(2) Cf. dans les Mémoires la lettre de La Fayette, en date du 12 novembre 1821.
(j) Cf. lettre de La Fayette, en date du 2? novembre 1821.
(4' Cf. lettre de La Fayette, en date du 10 décembre 1821.
forme du gouvernement appelé à réaliser ces réformes. La Fayette, un de ses rédacteurs principaux, n’avait voulu prendre d’engagement en faveur d’aucun parti spécial, « parce que, comme il l’a dit lui-même, étant un homme d'institutions et non de dynastie, et ne voulant pas plus du pouvoir que je n’en voulais il y a plus de trente ans, je crois être bon à défendre les intérêts généraux contre les usurpations ou les intrigues du pouvoir qui s’établirait (i) ». Il faisait cette déclaration de principes :
Républicain d’inclination et d’éducation, j’ai prouvé que, pourvu qu’une Constitution consacrât les bases de la liberté définies dans ma déclaration des droits du i i juillet 1789, et lorsqu’elle exprimait la volonté générale réellement représentée, je savais, non seulement m’y soumettre, mais m’y sacrifier. Je tiens trop aux premiers principes pour n’ètre pas très facile sur les combinaisons secondaires.
L’heure de l’action était arrivée : un gouvernement provisoire, composé de La Fayette, Vo}rer d’Argenson et Jacques Kœchlin, devait être proclamé à Belfort et installé à Colmar. On attendait les chefs pour le soulèvement fixé à la nuit du 29 au 30 décembre 1821. La Fayette se rendit à La Grange, afin de dépister les soupçons, mais surtout pour passer, comme tous les ans, dans la retraite le 24 décembre, jour anniversaire de la mort de sa femme. Puis, dans la nuit, il se mit en route avec son fils. Il avait tellement le sentiment de la gravité des circonstances et des périls qui l’attendaient, qu’il ne permit à son fidèle serviteur Bastien de l’accompagner, qu’après l’avoir averti du danger. « Je sais ce que nous allons faire, répondit le domestique, mais que cela ne
(1) Cf. dans les Mémoires la première note sur les Sociétés secrètes.