PLAN D’EXPÉDITION EN AMÉRIQUE
Versailles il conféra avec son général et rejoignit son poste au Havre, le icr juillet 1779. Le même jour il annonça son arrivée en ces termes au comte de Vergennes :
Me voici au Havre, Monsieur le Comte, en face du port et dominant surtout les vaisseaux qui nous conduisent en Angleterre. Jugez si je suis content de ma position et si mon cœur appelle le vent du sud qui amènera M. d’Orvilliers. Je ne puis être tranquille que sur la côte anglaise, et nous n'y sommes pas encore (1).
La Fayette, toujours impatient d’agir, confiait ses projets au chevalier de Jaucourt, major général de l’armée. Le 18 juillet, il adressa au comte de Vergennes, sur sa demande, un plan d’expédition en Amérique. Une armée de quatre mille trois cents hommes, avec une artillerie convenable, lui paraissait nécessaire.
Il nous faut des officiers qui sachent s’ennuyer, vivre de peu, se refuser tous les airs et particulièrement le ton vif et tranchant, se passer pour un an des plaisirs, des femmes et des lettres de Paris; ainsi nous devons prendre peu de colonels et de gens de la Cour, dont les façons ne sont nullement américaines.
L’embarquement aurait lieu à l’ile d’Aix, le 10 septembre, et on arriverait à Sandy-Hook, sur la côte de Jersey, vers les premiers jours de novembre. Il faudrait attaquer Rhode-Island ou Newport.
On dira sûrement, Monsieur le Comte, que les Français seront mal reçus dans ce pays et vus de mauvais œil dans son armée. Je ne peux pas nier que les Américains ne soient un
tratives de la guerre.) — L'instruction remise au comte de Vaux le 21 juin 177g prescrivait d’attaquer lTle de Wight, de la prendre et de s’y fortifier. (Cf. H. Doniol, t. IV, p. 294.)
(1) Arch. des Affaires étrangères, Etats-Unis, suppléments, 1. 1, n° 18 j bis. (Cf. H. Doniol, t. IV, p. 29J.)
peu difficiles à manier, surtout par des caractères français; mais, si j’étais chargé de ce soin, ou que le commandant nommé par le roi s’y prît passablement bien, je répondrais sur ma tête d’éviter ces inconvénients et de faire parfaitement recevoir nos troupes.
Le 30 juillet, La Fayette insista de nouveau auprès de Vergennes sur l’urgence de prendre une décision. « Je vous jure sur mon honneur, s’écriait-il, que si la moitié de ma fortune était employée à envoyer aux Américains un secours de troupes, je croirais rendre à ma patrie un service plus que digne de ce sacrifice »
La Fayette souffrait de son inaction. Il vint à Paris au mois d’août et rendit visite au ministre Maurepas, avec lequel il discuta quel commandement lui serait donné. Il sollicita Vergennes d’intervenir en sa faveur.
Ce qui me convient est une avant-garde de grenadiers et chasseurs et un détachement de dragons du roi, le tout faisant quinze cents à deux mille hommes, qui me mette hors de la ligne et à portée de m’exercer. Il n’y a pas un grand nombre de lieutenants généraux, encore moins de maréchaux de camp, et point de brigadiers qui aient eu des commandements aussi importants que le hasard m’en a donnés. D’ailleurs, je connais les Anglais, ils me connaissent aussi; deux choses importantes à la guerre... Je désire être choisi dans le rapport de l’armée, et non dans celui de la Cour; je ne suis point de la Cour, je suis encore moins courtisan, et je prie les ministres du roi de me regarder comme sortant d’un corps de garde.
La Fayette rentra au Havre; il fut consolé de ses déboires par une satisfaction d’amour-propre : le petit-fils de Franklin lui apporta, dans les derniers jours d’août, l’épée d’honneur que lui avait décernée le Congrès. Il était porteur d’une lettre de Franklin, datée de Passy, 24 août 1779, et exprimant la reconnaissance du Congrès