LA FAYETTE ET ODILON BARROT
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membre du conseil général de Seine-et-Marne (21 juin). — 11 expose les raisons de cette décision et déclare ne vouloir conserver que les fonctions électives (20 juin). — Jeremy Bentham, décédé le 6 juin 1832, lui lègue une bague et son portrait.
Comme en 1791, et pour des causes analogues, La Fayette venait de rentrer dans la retraite; on se débarrassait de lui, en supprimant, par les voies légales, son commandement. Mais, cette fois, gardant son siège à la Chambre des députés, il ne se retirait pas de la politique militante. Son activité s’exerça à l’égard des opprimés. Le 6 janvier 1831, il présenta au préfet de la Seine l’adresse par laquelle les Irlandais témoignaient leur sympathie au peuple français. Il prononça une allocution en anglais, et Odilon Barrot dit à La Fayette :
C’est avec une grande raison, général, que tous les peuples s’adressent à vous lorsqu’ils veulent féliciter la France du rôle brillant qu’elle vient de jouer dans l’histoire de la civilisation. Ils ne sauraient certainement trouver ailleurs une personnification plus vraie de tous les principes qui, depuis quarante ans, sont en lutte contre le despotisme et l’ignorance de toutes les vertus qui rendent un peuple digne de la liberté. Vous avez bien pu abdiquer le commandement militaire qui vous mettait à la tête de toutes les classes éclairées de la nation ; mais votre influence, mais cette magistrature morale que, grâce à cinquante ans d’une vie sans reproche, vous exercez sur tous les esprits, vous ne pourrez jamais l’abdiquer, et vous serez toujours le drapeau autour duquel viendront se rallier tous les amis de la civilisation et de la liberté des peuples.
On ne pouvait faire un éloge plus juste de La Fayette. Etre un drapeau, n’était-ce pas là le but poursuivi et atteint? Rallier autour de lui tous les patriotes, n'était-ce pas son rôle permanent? Il représentait les vieilles traditions libérales et il ne manquait jamais d’invoquer dans ses discours la Constitution américaine et les principes de
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l’Assemblée constituante. En effet, le io janvier 1831, dans la discussion ouverte sur le jury, il préconisa la forme du jury américain ou anglais. Le 15, à propos de la politique extérieure, il déclara que la Révolution de 1789 n’avait pas d’abord voulu être conquérante, et il exprima ses sympathies pour la Pologne. Le 18, une ordonnance royale le nomma membre du conseil général de Seine-et-Marne, et il n’accepta que dans l’espoir de voir le nouveau mode d’élection réglé dans le plus bref délai (1). Le 23 janvier, il félicita Palmerston de son arrivée au ministère des affaires étrangères, et lui recommanda la cause polonaise :
Et la Pologne, que ferez-vous, que ferons-nous pour elle? Certes, il serait malheureux que l’ancienne indignation de votre pays sur le partage, vos récentes jalousies de la puissance russe, l’intérêt de toute l’Europe occidentale, et l’heureuse combinaison, en Angleterre et en France, de deux ministères et de deux rois libéraux, ne pussent pas réussir à relever une barrière dont personne ne conteste l’utilité, et laissassent écraser une nation généreuse, qui, si elle a reçu forcément le même monarque, n’en est pas moins étrangère à la Russie.
Le 28 janvier, La Fayette déclara que deux principes se partageaient l’Europe, le droit souverain des peuples et le droit divin des rois, c’est-à-dire d’une part, liberté, égalité; de l’autre, despotisme et privilège; puis il parla éloquemment de la Belgique, de la Pologne et du Portugal. Le 10 février, il demanda à Laffitte s’il était possible de faire obtenir aux Polonais une avance de cinq à six cent mille francs. Le 14, la foule alla piller l’archevêché. La Fayette, obéissant à son tempérament chevaleresque,
(1) Cf. dans les Mémoires la lettre de La'Fayette au préfet de Seine-et- Marne, en date du 6 février 1831.