ENTREVUE AVEC WASHINGTON
York, il ne pouvait envoyer un piquet de cavalerie à sa rencontre, mais qu’à tout événement le major Gibbs irait au-devant de lui jusqu’à Pompton.
Je vous félicite bien sincèrement de votre heureuse arrivée en Amérique et je vous embrasserai avec toute la chaleur d’un ami dévoué, quand vous arriverez au quartier général, où un lit est préparé pour vous.
Le 10 mai 1780, La Fayette arriva à Morristown et fut accueilli par Washington avec joie et tendresse (1); il resta quatre jours auprès de lui et se rendit à Philadelphie, où il communiqua son instruction au chevalier de La Luzerne. Il était porteur d’une lettre de Washington, en date du 1 1 mai, dans laquelle celui-ci exprimait au Congrès le plaisir qu’il ressentait du retour de son lieutenant. Le 16 mai, le Congrès déclara qu'il regardait ce retour comme une nouvelle preuve du zèle désintéressé et du dévouement persévérant qui avaient justement recommandé La Fayette à la confiance et à l’estime publiques, et qu’il recevait avec satisfaction l’offre des nouveaux services d’un officier de tant de bravoure et de mérite. Le 20, il chargea le marquis de faire au commandant en chef de l’armée américaine les communications touchant les opérations militaires de la flotte et de l’armée de Sa Majesté très chrétienne (2). Le 19, La Fayette écrivit de Philadelphie une très longue lettre à Rochambeau, et, le 20, il informa Vergennes de son entre-
(1) Washington écrivit, le ti mai 1780.au chevalier de la Luzerne : « Vous prendrez part à la joie que j'éprouve de l'arrivée du marquis de La Fayette. Rien ne pouvait me faire un plus grand plaisir que son concours personnel, et les motifs d'utilité publique conspirent à me le rendre agréable. « (Cf. Jared Sparks, tlie IV ritings of George Washington , t. VII, p. ji.)
(2) Arch. des Affaires étrangères, Etats-Unis, t. XII, n° 57. (Cf. H. Doniol, t. IV, p. }66.)
vue avec Washington avec La Luzerne et des besoins de l’armée américaine ( i).
La Fayette entretenait une volumineuse correspondance; les hommes d’action aiment peu à écrire, mais le marquis faisait exception à la règle. Il se tenait en relations épistolaires avec Washington, le comte de Vergennes, sa femme, son beau-père, sans compter les nécessités du service. Le 16 mai, Washington lui manda de prier Rochambeau et le chevalier de Ternay, dès qu’ils paraîtraient, de se porter sur New-York (2). La nouvelle de l’arrivée de La Fayette fut connue, en France, non par sa lettre du 2 mai, qui avait été jetée à la mer, mais par la communication verbale d’un matelot du navire chargé du pli perdu (3). Le comte de Vergennes avait, le 3 juin, écrit au marquis :
Nous attendons avec empressement des nouvelles de vos contrées; tous les yeux sont fixés sur Charlestown et les sentiments très partagés ici comme en Angleterre. Les paris sont ouverts; pour moi, je ne parie pas, mais j’espère (4).
Si on attendait avec anxiété à Versailles des nouvelles des Américains, on n’était pas moins impatient à Philadelphie de voir arriver les secours promis par le gouvernement français. La Fayette occupait ses loisirs forcés à essayer d’équiper plus convenablement ses troupes. Du camp de Preakness, il entretint, le 4 juillet 1780, Washington de cette question si urgente. Il proposa de distinguer
(1) Arch. des Affaires étrangères, Etats-Unis, t. XII, n° 54. (Cf. H. Doniol, t. IV, p. 401.)
(2) Cf. H. Doniol, t. IV, p. 569.
(3) C’est ce que le comte de Vergennes manda à La Fayette dans sa lettre du 7 août 1780 (Cf. H. Doniol, t. IV, p. 429) : « C’est verbalement, par un matelot de l’équipage, que nous avons appris la sensation que vous avez faite. Elle sera toujours la même partout où l’on vous connaîtra. »
(4) Arch. des Affaires étrangères, Etats-Unis, t. XII, n° 59. (Cf. H. Doniol, t. IV, p. 350.)