‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 200 sur 284 · MALADIE DE LA FAYETTE · texte numérisé non relu

MALADIE DE LA FAYETTE

lisait les Mémoires de Gouverneur Morris, s’intéressait à l'insurrection de Lyon, et songeait avec mélancolie aux lois illibérales préparées par le gouvernement. Le ior mai, il écrivit à Murray, président de la Société d’émancipation des noirs, à Glascow, et applaudit aux mesures prises par le Parlement anglais pour l’émancipation des esclaves. C’était un des rêves de sa jeunesse qui peu à peu entrait dans le domaine de la réalité, et La Fayette pouvait revendiquer pour la France et pour luimême l’honneur d'avoir montré la voie. Ce fut la suprême manifestation de cet illustre amant de la liberté.

Le malade s’énervait de sa longue inaction ; il obtint enfin la permission de sortir en voiture, le 9 mai. Cette promenade lui fut fatale ; il reprit froid, et dès lors son état s’aggrava. Les médecins ne tardèrent pas à s’apercevoir de leur impuissance à combattre le mal. Jules Cloquet et Guersent appelèrent en consultation les Drs Marjolin, Andral et Fouquier ( 1) ; des bulletins furent rédigés et le National , qui était en quelque sorte le journal officiel de La Fayette, les insérait. Le public était attentif à cette agonie. On sentait qu’une des gloires nationales allait disparaître. Une même émotion remplissait le cœur des amis et des adversaires du mourant. Le président de la Chambre, Dupin aîné, fit prendre des nouvelles, le 19 mai, et Georges La Fayette remercia par une lettre, où il signalait une légère amélioration dans l’état de son père (2). En effet, le bulletin, publié dans le National du 20 mai, indiquait que la respiration était devenue plus

(1) Cf. Jules Cloquet, p. 29? à 295.

(2) A la séance du 19 mai 1854, Dupin aîné prononça ces paroles : « J’espère aussi que la Chambre, selon le désir exprimé par plusieurs de ses membres, approuvera la démarche que j’ai faite pour demander des nouvelles de notre illustre collègue, M. le général La Fayette. » (Cf. Moniteur des 19 et 20 mai 1854, p. 1295 et 1299.)

facile et la toux moins fréquente (1). C’était l’accalmie qui précède ordinairement la fin des vieillards. D’ailleurs, en haut lieu on connaissait la vérité. L’amiral de Rigny, ministre des affaires étrangères, écrivait, le 19 mai 1834, à Talleyrand: « M. de La Fayette s’en va mourant ce soir, demain ou après au plus tard (2). » En effet, le 20 mai 1834, sur les quatre heures du matin, La Fayette, plongé dans une sorte de coma, sembla se réveiller et chercher quelque chose sur sa poitrine. Son fils lui mit dans la main le médaillon qu’il portait constamment à son cou et qui contenait le portrait et des cheveux de sa femme. Le mourant porta cette relique à ses lèvres et retomba dans sa torpeur (3). Ainsi sa dernière pensée avait été pour la compagne de sa vie, et c’était justice. A quatre heures et demie, La Fayette expira doucement, entouré de tous les siens, à l’âge de soixante-seize ans. L’acte de décès fut dressé à la mairie du Ier arrondissement de Paris, sur la déclaration de deux amis intimes du défunt, le député Victor de Tracy et le maréchal de camp Carbonel (4).

La nouvelle de la mort de La Fayette se répandit et causa une émotion profonde. A la séance de la Chambre, du 20 mai 1834, après la lecture du procès-verbal, le président Dupin annonça la perte que la France venait de faire. Selon l’usage, on tira au sort la délégation de

(1) Voici le texte du bulletin de santé de La Fayette, publié par le National du 20 mai 1854 :

« L’état du général La Fayette s’est un peu amélioré depuis hier; sa respiration surtout est devenue plus facile. L’accès d’aujourd’hui s’annonce comme devant être moins grand.

« Le 19 mai 1834, a 10 heures du matin.

« Marjolin, Andral, Guersent, Fouquier, Jules Cloquet, Nicolas, Girou. »

(2) Cf. Mémoires de Talleyrand, t. V, p. 403.

(3) Cf. Mémoires de Guizot, t. 111, p. 277 à 279.

(4) Cf. le texte de l’acte de décès aux Pièces justificatives, n° XXXV.

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