‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 201 sur 284 · ÉLOGES DE LA FAYETTE · texte numérisé non relu

ÉLOGES DE LA FAYETTE

douze membres chargée de représenter la Chambre aux obsèques (i). Georges La Fayette ayant fait part officiellement de la mort de son père, le président répondit :

Le nom du général La Fayette demeurera célèbre dans notre histoire; elle le comptera parmi les principaux fondateurs de la monarchie constitutionnelle, qu’il a saluée, avec nous, de ses acclamations et de ses vœux (2).

Le Moniteur du 21 mai consacra son premier article à La Fayette :

Ce qui distinguait éminemment M. le général La Fayette, c’était un calme parfait, un courage à l’épreuve, une constance inébranlable. Son esprit était fin, lucide, parfaitement cultivé, son langage plein de mesure et de grâce. Sa mort prive la France d’une grande illustration et fait un vide considérable dans les rangs déjà si éclaircis des premiers fondateurs de nos institutions. Tous les dissentiments politiques se tairont aujourd’hui, et sans doute les partis honoreront en paix et en silence la mort de l’illustre général La Fayette.

C’était là l’éloge officiel; le National parla au nom des amis du défunt. Armand Carrel, dans un éloquent article, compara la destinée de La Fayette à celle de Napoléon. Il déplorait le malheur des temps, qui empêchait la France de faire à l’un et à l’autre des funérailles dignes d’eux. Il s’écriait :

La Fayette et Napoléon, les deux plus grandes renommées françaises de ce siècle, ont trouvé la mort l’un et l’autre dans des jours où cette France, qu’ils avaient affranchie et glorifiée,

(1) Voici les noms de ces douze députés : le général Subervie, le général Bachelu, le général Bertrand, le baron Charles Dupin, Jousselin, Charles Giraud, Duséré, Drault, Bérenger, de Vauguyon, le baron de Richemont et Charles de Rémusat. (Cf. Moniteur du 21 mai 18)4, p. x J 14.)

(2) Cf. Moniteur du 21 mai 1854, p. IJ19. — François Delessert avait demandé que le président écrive à la famille de La Fayette, au nom de la Chambre (p. IJ14).

SM

pliait sous le poids des déconvenues et était forcée, par le malheur des temps, d’enfermer sa douleur en elle-même. Nous laissons passer le deuil officiel de La Fayette comme la réintégration de la statue de Napoléon sur la colonne impériale. La France a d’autres pensées; elle a des pompes plus dignes de ses héros et de ses grands citoyens (1).

Armand Carrel avait raison de parler de deuil officiel. Le gouvernement se rappelant des désordres amenés par les funérailles des généraux Foy et Lamarque, et voulant en éviter le retour, régla officiellement la cérémonie des obsèques par une note insérée au Moniteur. Le jour était fixé au jeudi 22 mai. Le convoi devait partir à neuf heures du matin de la maison mortuaire de la rue d’Anjou-Saint-Honoré, pour se rendre à l’église de l’Assomption, puis de là au cimetière Picpus par la place Vendôme, la rue de la Paix, les boulevards jusqu’à la place de la Bastille et le faubourg Saint-Antoine jusqu’à la rue de Picpus. Un grand déploiement de troupes devait maintenir l’ordre, et tous les corps de l’État étaient conviés aux obsèques (2). Ces mesures n’empêchaient pas les manifestations organisées par les citoyens des Etats- Unis, présents à Paris (3), les Polonais et les électeurs de l’arrondissement de Meaux (4). Pendant ce temps-là David cl’Angers prenait une empreinte en plâtre des traits de l’illustre défunt, Ary Scheffer dessinait sa figure et Gudin faisait un croquis de la chambre mortuaire (5).

Le 22 mai 1834, les obsèques furent célébrées selon le

(1) Cf. le texte de cet article aux Pièces justificatives , n° XXXVI.

(2) Cf. Moniteur du 22 mai 18 j 4.

(3) Le National du 21 mai insérait cette note : « Les citoyens des Etats- Unis, qui se trouvent à Paris, sont prévenus que les Américains se réuniront demain mercredi, à midi précis, à la légation des Etats d’Amérique, rue Chantereine, n° 24, à l’occasion de la mort de l’illustre La Fayette. »

(4) Cf. le National du 22 mai 1834.

(5) Cf. Jules Cloquet, p. 301.

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