‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 28 sur 284 · RETRAITE DE LORD CORNWALL1S · texte numérisé non relu

RETRAITE DE LORD CORNWALL1S

ment de Pensylvaniens que lui amenait le général Wayne. Le 12, il campa à Boswell’s Tavern, tandis que Cornwallis était à Elk-Island. Celui-ci porta son avant-garde à Bird’s Creek pour tomber sur le flanc des Américains qui, dérobant leur marche, prirent position à Mechunek-Creek et couvrirent les grands magasins d’Albermale Court-House, que l'ennemi aurait voulu détruire. Cornwallis leva alors son camp d’Elkle 15 juin et retourna à Richmond ( 1), qu’il évacua le 2 1 . Il se retirait sur Williamsburg,en vertu des ordres du général en chef Clinton, jaloux de son subordonné.

La Fayette profita de cette retraite inespérée (2) et il suivit pas à pas son adversaire avec la prudence d’un Fabius. Le 22 juin, il était à Process’House (3) et, le 25, à Beacon’s Ordinary (4). Le 28.il écrivit à Washington :

L’ennemi a été si obligeant qu’il s’est retiré devant nous; je lui ai deux fois offert le combat, tout en ayant soin de ne pas m’engager plus que je ne voulais, mais il a continué son mouvement rétrograde. Sans doute, on aura exagéré nos forces, et notre air de hardiesse aura confirmé cette erreur (5).

(1) La Fayette annonça le départ de Cornwallis au baron de Steuben par une lettre du 15 juin 1781. (Cf. Tower, II, 558.)

(2) A ce moment, on n’avait guère confiance dans le succès de la campagne. Rochambeau était des plus pessimistes, car il écrivait, le 16 juini78i, au marquis de Ségur : « Le général Washington n’a qu’une poignée de monde qu'il pourra peut-être porter à sept ou huit mille hommes dans un mois ou deux, et j’en doute encore par sa dernière lettre. L’armée de Cornwallis est au milieu de la Virginie, entre Richmond et Fredericksburg, et sera incessamment sur le Potomac. Le pauvre marquis de La Fayette avec son détachement se retire au-devant d’un autre détachement de troupes de Pensylvanie, que lui mène le général Wayne... Ces gens-ci sont à bout de voies et de moyens. » (Arch. hist. de la guerre, Corr. du comte de Rochambeau , t. II, p. 4}.)

(?) La Fayette écrivit de ce lieu, le 22 juin 1781, aux généraux Steuben et Wayne. (Cf. Tower, II, 341.)

(4) La Fayette écrivit de ce lieu au général Wayne. (Cf. Tower, II, p. 546.)

(5) La Fayette ignorait la raison véritable de la retraite de Cornwallis, c’est-à-dire les ordres du général Clinton.

Le 26, l’avant-garde américaine, commandée par le colonel Butler, avait eu un engagement heureux avec l’arrière-garde anglaise (1). Le 4 juillet, Cornwallis évacua Williamsburg (2). Le 6,1e général Wayne attaqua imprudemment, en avant de Green-Spring, les ennemis et perdit deux pièces de canon (3). Il fut dégagé par La Fajmtte, dont le cheval de main, qu'on conduisait à ses côtés, fut tué (4).

Les Anglais continuèrent leur retraite sur Portsmouth et les Américains occupèrent Williamsburg le 9 juillet (5). Le 20, La Fayette était à Malvan-Hill, d’où il observa ses adversaires enfermés dans Portsmouth. De son camp il écrivit à Washington les 20, 26, 30 et 31 juillet. Il demandait à son ami de le rappeler à New-York, où il pensait que l’armée anglaise se rendrait. « J’ai la maladie du pays* disait-il, et si je ne puis aller au quartier général, je voudrais au moins en entendreparler. » De soncôté Washington, qui était alors à Dobb’s Ferry, félicita, le 13 juillet, La Faj^ette de ses succès et l’avertit de sa jonction avec Rochainbeau. Le 15, il le prévint que la flotte du comte de Grasse avait dû quitter, le 3 juillet, Saint-Domingue,

(1) Cf. Tower, II, 548.

(2) Cf. Tower, II, 359.

(j) Cf. Tower, 559. — La Fayette appelle ce combat l'affaire de Jamestown.

(4) Le 8 juillet 1781, Rochambeau mandait au marquis de Ségur (Arch. de la guerre, Corr. de Rochainbeau, t. Il, p. 63) : « Depuis cette lettre écrite, nous avons nouvelle de M. de La Fayette que son avant-garde, commandée par le général Wayne, avait eu un choc assez vif avec l’arrière-garde de Cornwallis, qui a déjà marché cent milles en rétrogradant. Les Américains ont eu quelque perte d’hommes, mais celle des Anglais est plus considérable. M. de La Fayette s’est très bien conduit dans le début de cette campagne en Virginie en reculant sagement et à propos et avançant de même. » — Le 26, il écrivait à Vergennes : « M. de La Fayette a mordu deux fois l’arrière-garde de Cornwallis avec des succès balancés. Il s’est en tout parfaitement bien conduit dans toute sa campagne de Virginie. » (Cf. H. Doniol, t. IV, p. 640.)

(5) Cf. Tower, II, 571. — La Fayette avait écrit à Washington deAmbler’s Plantation, le 8 juillet 1781.

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