‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 29 sur 284 · CAMPAGNE DE VIRGINIE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE VIRGINIE

pour se rendre dans la Chesapeake, et lui prescrivit de fermer à Cornwallis toute retraite par la Caroline du Nord. Le 30, il lui confia qu’il allait marcher vers le sud.

La Fayette, ragaillardi par ces bonnes nouvelles et par la perspective de jouer un rôle actif, se rendit à Richmond le 3 août (1) et établit, le 6, son camp sur la rivière Pamunkey. Cornwallis était entré dans la rivière d’York et avait débarqué à York et à Gloucester. Le marquis l’annonça, le 6 août, à Washington et ajouta :

Nous agirons d’après les circonstances, mais en évitant de nous jeter dans un faux mouvement, qui donnerait à l’ennemi, à cause de sa cavalerie et de sa supériorité sur l’eau, l’avantage sur nous. Sa Seigneurie joue si bien qu’on ne peut de sa part espérer une faute pour en réparer une de la nôtre... Si une flotte nous arrivait dans ce moment, nos affaires prendraient une heureuse tournure.

La Fayette se trouvait, le 1 1 août, à New-Kent Mountain et, le 13, à Montock-Hill(2). Puis il s’établit, le 16, sur les branches d’York-River,d’ou il observait Cornwallis, qui se

(t) Cf. Tower, II, 412. — On lit, au sujet de la campagne de Virginie, dans une lettre écrite le 4 août 1781 par l'abbé Robin, attaché, comme aumônier, au corps d’armée de Rochambeau, le passage suivant : « Un guerrier, à la tête de douze ou quinze cents hommes, se soutient cependant en Virginie, sans que l'impétueux Arnold et l’actif Cornwallis aient osé rien entreprendre contre lui. Vous supposez sans doute qu’un tel guerrier est un de ces hommes qu’une longue expérience, que des succès éclatants et soutenus ont rendu depuis longtemps redoutable. Ce guerrier est un homme de vingt-quatre ans, qui s’est échappé des bras d’une épouse tendre et aimable, du séjour des plaisirs et de la grandeur, où son nom, une alliance illustre devaient sans peine lui frayer le chemin des dignités, pour venir, sous le Fabius de l’Amérique, défendre la liberté et apprendre à servir sa patrie; et déjà le mot de marquis , qui tant de fois a servi chez nous à caractériser la légèreté et la frivolité, est devenu pour les Américains un signe chéri qui excite leur admiration et leur reconnaissance. » (Cf. Nouveau voyage dans l'Amérique septentrionale en l'année 1781, et campagne de l'armée de M. le comte de Rochambeau par M. l’abbé Robin; Paris, Moutard, 1781, in-8, p. 7).) Cet abbé Robin avait été un des fondateurs de la loge les Neuf-Sœurs. (Cf. L. Amiable, La loge les Neuf-Sœurs , p. 2j.)

(2) Cf. Tower, II, 416.

fortifiait dans York et dans Gloucester. De son camp il écrivit, le 2 1, à Washington, et, le 24, aux comtes de Vergennes et de Maurepas et à sa femme. Il disait à celle-ci : « Cette campagne a pris partout une beaucoup meilleure tournure que nous ne devions espérer. Peut-être pourrat-elle finir fort agréablement. » Le marquis était en effet plein d’espérance : Washington lui avait mandé, le 21 août, que son armée était en marche; le général anglais O’Hara évacuait Portsmouth et rejoignait Cornwallis à York. Tout se concentrait sur ce point, et La Fayette prenait en hâte ses dispositions pour couper la retraite à l’ennemi. Enfin, la flotte du comte de Grasse venait d’apparaître à l’entrée de la baie de Chesapeake. De Holt’s Forge, La Fayette félicita, le Ier septembre, Washington de cet heureux événement et déclara que Cornwallis avait très peu de chances de s’échapper. Il se porta sur Williamsburg, où il fut rejoint, le 5, par le corps français du marquis de Saint-Simon (1). Celui-ci et le comte de Grasse lui proposèrent d’enlever York par un coup de main. Quelque tentante que fût cette opération, La Fayette préféra attendre Washington et Rochambeau que risquer une attaque meurtrière et faire, pour une vaine gloire personnelle, verser beaucoup de sang (2). Pendant ce temps le comte de Grasse avait, le 6 septembre, attaqué la flotte anglaise de l’amiral Hood et lui avait infligé une cruelle défaite, puis il était venu se réunir, le 13, dans la baie de Chesapeake, à l’escadre du comte de Barras, arrivée de Rhode-Island. Enfin, le 14 septembre 1781, l’armée de Washington et de Rochambeau opéra sa jonction avec celle de La Fayette. Le len-

(1) La Fayette écrivit sur ce sujet à Washington, de Williamsburg, le 8 septembre 1781.

(2) C’est ce que La Fayette déclare dans ses Mémoires.

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