‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 31 sur 284 · MARQUISE DE LA FAYETTE · texte numérisé non relu

MARQUISE DE LA FAYETTE

d’après une miniature appartenant à la famille.

RETOUR A PARIS

produit un glorieux effet dans toute l’Europe (i). Puis il partit avec ses amis pour Versailles et pour Paris. Il arriva inopinément dans la capitale le lundi z i jan/ier(2), pendant que sa femme assistait, à l’Hôtel de Ville, aux fêtes données en l’honneur de la reine à l’occasion de la naissance d’un dauphin. Le bruit de la présence du jeune héros se répandit aussitôt; les poissardes coururent à l’hôtel de Noailles et lui offrirent deux branches de laurier (3). La marquise de La Fayette, avertie, aurait eu quelque peine à rejoindre son époux, à cause du cortège et de la foule, si la reine ne l’avait fait monter dans un de ses carrosses et ne Lavait déposée à l’hôtel de Noailles (4). Le marquis se précipita au-devant de sa femme, qui s’évanouit de joie ; il la reçut dans ses bras et la transporta dans ses appartements, aux applaudissements des spectateurs (5). Le lendemain 22 janvier,

(1) Cf. Dans les Mémoires la lettre de La Fayette à Washington, en date de Lorient, 18 janvier 1782.

(2) On lit à ce sujet dans la Vie de madame la duchesse d’Ayen par madame de La Fayette, p. 78 : « Le retour de M. de La Fayette et démon beau-frère, le 21 janvier, pendant que nous étionsà la ville, en fut le complément. »

(j) Cf. Correspondance secrète de Métra, à la date du 24 janvier 1782, t. XII, p. 275, et Lescure, Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, t. ICI', p. 458, à la date du Ier février 1782.

(4) On lit à ce sujet dans la Correspondance secrète de Métra, à la date du 24 janvier 1782, t. XII, p. 275 : «J'ai pu négliger de vous mander, Monsieur, que le marquis de La Fayette, arrivé, comme on sait, au milieu des fêtes de Paris, fut accueilli par une nombreuse et joyeuse bande de poissardes qui, l’ayant attendu, on ignore sur quel avis, à la porte de l'hôtel de Noailles, lui offrirent des branches de laurier; mais ce que je me reprocherais de manquer de consigner ici, ce sont les témoignages de satisfaction dont l’ont honoré Leurs Majestés et une circonstance qui peint bien l'âme sensible et délicate de notre reine. La marquise de La Fayette s'était rendue à la ville, sur l'invitation qui lui en avait été faite. Au retour sa voiture ne l’aurait ramenée à l’hôtel de Noailles qu’en lui faisant perdre plus de six ou sept heures pour laisser passer tout le cortège. La reine voulut que cette dame prît une place dans l’une des voitures de Sa Majesté et daigna même faire arrêter le cortège devant l’hôtel de Noailles, afin que la marquise pût descendre et se rendre auprès de lui. »

(5) La Galette d'Amsterdam publia, le Ier février 1782, sous la rubrique de Paris, 25 janvier, le récit suivant : « Le marquis parut mardi à la Cour,

il se rendit à Versailles et reçut du roi le meilleur accueil. Louis XVI fit l’éloge de Washington. A la Cour comme à la ville, chacun s’empressa autour du marquis et lui fit des protestations d’estime et d’amitié. Le vieux maréchal de Richelieu l’invita à dîner avec tous les maréchaux et porta la santé de Washington. La Fayette en informa son illustre ami dans une lettre écrite de Versailles le 30 janvier ( 1). A l’Opéra, comme il assistait, le 10 février, à une représentation

où Sa Majesté lui témoigna combien elle était sensible à ses services. Tous les courtisans s'empressèrent à l’envi de lui marquer leur estime et leur amitié. Mais rien ne fut plus touchant que la première entrevue du marquis avec sa jeune épouse. Le jeune héros avait voulu la surprendre, mais les cris d’un peuple innombrable qui, au premier instant de son arrivée, faisait retentir son nom de tous les côtés, rendit toutes ces précautions vaines. On eut toutes les peines du monde à retenir la jeune épouse de se jeter dans la foule pour aller à sa rencontre. La reine, avertie de son embarras, envoya un de ses propres carrosses pour la prendre. La marquise arriva ainsi à T hôtel de Noailles. Le jeune marquis, ayant entendu sa voix, s’élança des appartements, vola à la portière, reçut entre ses bras sa tendre épouse, à qui l’excès de la joie avait ôté la connaissance. 11 la porta de la sorte entre ses bras, au milieu des applaudissements d’une multitude qui ne pouvait s’empêcher de faire éclater sa sensibilité sur cette scène touchante de la tendresse conjugale. »

Une autre version se trouve dans le journal inédit du libraire Hardy, t. V, p. 97; on y dit que la reine adressa des compliments à La Fayette. — Cf. Pièces justificatives , n° XI.

(ij On y lit ce passage : « J’ai été reçu par la nation en général, par le roi et par mes amis, d une manière dont vous auriez joie et qui a surpassé toute mon ambition. Le roi m’a parlé de vous dans des termes d’une si haute confiance, m’a tellement exprimé la considération, l’admiration et l’affection qu’il a pour vous, que je ne puis me dispenser de vous le dire. J’ai été l’autre jour invité à dîner chez le maréchal de Richelieu, avec tous les maréchaux de France. Votre santé y a été portée avec toute sorte de respect, et j’ai été chargé de vous présenter les hommages de ce corps. Tous les jeunes gens de la Cour sollicitent la permission d’aller en Amérique. » — Cette considération pour Washington n’était pas nouvelle; dès le 10 mars 1781 le comte de Vergennes écrivait à La Fayette : « J’ai lieu de croire que M. Washington sera content des efforts que nous faisons pour le soutien de la cause américaine, et qu’il fera de son côté tout ce qui sera en son pouvoir pour qu’ils ne soient pas infructueux. Je vous prie d’assurer ce général que nous mettons la plus entière confiance dans son zèle, dans son patriotisme et dans ses talents, et que nous le verrons avec bien du plaisir acquérir enfin la gloire d'avoir délivré sa patrie et assuré sa liberté. » (Arch. des Affaires étrangères, Etats-Unis, t. XV, n° 92.)

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