DÉPART POUR LES ÉTATS-UNIS
de m’embarquer immédiatement pour l’Amérique. Je me rendrai directement au Potomac, et c’est avec émotion que mon cœur jouit déjà du plaisir de nous retrouver à Mount Vernon.
Les journaux annoncèrent que La Fayette allait former des établissements dans les terres qui lui avaient été concédées par le Congrès (1). Au moment de partir, le marquis reçut une lettre du gouverneur de Pensylvanie l’informant que, le 4 mars 1784, le corps législatif de cet Etat avait érigé en comté une partie des terres situées à l'ouest des montagnes d’Alléghany et avait donné à ce comté le nom de La Fayette (2). Ce témoignage de gratitude dut lui être très sensible : c’était une consécration durable de sa gloire.
Le 1 8 juin 1 784 (3), La Fayette quitta Paris, mais il ne s’embarqua à Brest que le ier juillet (4) sur le paquebot le Courrier de New-York { 5), en compagnie du chevalier de Caraman.
(1) On lit, en effet, dans le Courrier de l'Europe, n° 4 j, 28 mai 1784, sous la rubrique des Nouvelles de France du 24 mai : « M. le marquis de La Fayette doit aussi incessamment partir pour l’Amérique, pour former des établissements dans les concessions qui lui ont été faites par le Congrès. »
(2) La lettre de John Dichkenson, gouverneur de l’Etat de Pensyivanie, à La Fayette, est datée de Philadelphie, 6 mars 1784. On y lit : « C’est à l’univers à juger le mérite de vos actions et la justice de notre reconnaissance. Vous avez défendu notre liberté; l’Assemblée législative se félicite donc, en jouissant de cette liberté, de ce que votre nom sera dorénavant inscrit sur les différents actes de justice qui en seront les titres et les preuves. » — La Fayette répondit à cette lettre dès qu'il fut arrivé en Amérique. — La région au delà des montagnes d’Alléghany était divisée en trois comtés, qui portaient les noms de Washington, La Fayette et Bedford. (Cf. Saint-John de Crèvecœur, Lettres d'un cultivateur américain, édition de 1787, t. III, p. 322 et j 2 j.)
(3) C’est la date donnée par Saint-John de Crèvecœur, t. III, p. 377.
(4) Saint-John de Crèvecœur dit que La Fayette arriva à New-York le 4 août 1784, après une traversée de trente-quatre jours (t. III, p. 3i6). De là j’ai établi la date du xer juillet pour le départ de Brest.
(3) La Fayette, dans ses Mémoires, appelle ce vaisseau le Courrier de l'Europe, mais Saint-John de Crèvecœur, si bien informé de tout ce qui concerne le voyage de La Fayette, lui donne le nom de Courrier de New-York, qui m’a paru plus vraisemblable.
La Fayette débarque à New-York le 4 août 1784 et est reçu avec enthousiasme. — 11 visite Philadelphie et arrive, le 19 août, à Mount Vernon. — Entrevue émouvante avec Washington. — Brillante réception à Baltimore le icr septembre. — Conférence au fort Schuyler avec les chefs indiens et conclusion d’un traité entre eux et les Américains. — Il visite Albany, Hartford et Worcester. — -Entrée triomphale à Boston. — Célébration de l’anniversaire de la capitulation de Cornwallis à Yorktown (19 octobre 1784), et réjouissances à cette occasion. — Réception à Salem le 29 octobre et visite à Cape-Anne, Marble-Head, Beverley, Newbury-Port, Portsmouth, Providence, Rhode-Island et Newport. — 11 est conduit par la frégate la Nymphe à l’embouchure de la rivière d’York. — Voyage en Virginie et réception à Williamsburg. — Il retrouve à Richmond, le 15 novembre, Washington et repart avec lui pour Mount Vernon. — Tous deux sont acclamés à Alexandrie et à Annapolis. — La Fayette reçoit de l’Etat de Maryland des lettres de naturalisation. — Touchants adieux de Washington à La Fayette et fragment d’une admirable lettre de lui. — Voyage en Virginie. — Imposante manifestation du Congrès réuni à Trenton, le 11 décembre 1784. — Lettre d'adieux de La Fayette à Washington. — Départ de New-York sur la frégate la Nymphe, le 21 décembre 1784.
Après une traversée de trente-quatre jours, La Fayette aborda, dans le port de New-York, le mercredi 4 août 1784; il fut reçu avec le plus grand enthousiasme et dès le lendemain on lui offrit un grand dîner (1). Il visita les fortifications qui avaient été élevées en 1776 pour la défense de la ville et il partit pour Philadelphie, où il arriva le 10 août. Accueilli au son des cloches et au bruit du canon, conduit solennellement chez le gouverneur, il fut acclamé par les habitants, qui illuminèrent leurs maisons. Le 11, le corps législatif de Pensylvanie vint le féliciter.
(1) Cf. Saint-John de Crèvecœur, Lettres d’un cultivateur américain, édition de 1787, t. III, p. j 16 et 517. C’est à cet ouvrage que sont empruntés la plupart des détails donnés ici sur le troisième voyage de La Fayette aux Etats-Unis.