‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 42 sur 284 · LA FAYETTE A MOUNT VERNON · texte numérisé non relu

LA FAYETTE A MOUNT VERNON

L’adresse qu’il lui présenta se terminait par ces mots : « Puisse votre séjour en Amérique vous être aussi agréable qu’il le sera à une nation qui ne pourra jamais oublier la belle conduite et les grands talents du marquis de La Fayette. » Le général répondit en termes émus à ces témoignages si flatteurs (1). Le 14 août, il quitta Philadelphie, coucha, le 15, à Baltimore et arriva, le 17, à Mount Vernon, but principal de son voyage (2). Washington reçut La Fayette avec une sollicitude toute paternelle (3). Les deux amis passèrent ensemble dans cette douce retraite quelques jours heureux, car ils jouissaient de la joie de se revoir après l’accomplissement d’une grande tâche et dans les loisirs d’une paix glorieusement conquise. Il fallut se séparer; le 28 août 1784, La Fayette prit congé de Washington, mais sous la promesse de se revoir encore avant de rentrer en France. Le 31, il entra dans Baltimore. C’était là qu’il avait, en 1780, réorganisé son armée, grâce au dévouement des citoyens et des citoyennes de la ville. Aussi son souvenir y était-il resté vivace. Le ier septembre, un dîner de trois cents couverts fut offert au général dans la grande salle de l’Hôtel de Ville et on lui présenta une adresse rappelant qu’il avait

(1) Cf. Saint-John de Crèvecœur, t. III, p. j 19 à J2I.

(2) Cette date est fournie par une lettre du 20 août 1784, adressée par Washington au comte de Rochambeau, et où on lit : « Je vous remercie de votre lettre du 16 juin, remise par le marquis de La Fayette, qui est arrivé il y a trois jours. » (Cf. Jared Sparks, t. IX. p. 55.)

(3) Washington étendait son affection à la marqtiise de La Fayette. Le 4 avril 1784, il avait écrit à celle-ci une lettre, dont voici le passage le plus intéressant : « Quelque grand que soit votre titre à mon affection, comme femme française ou américaine, ou comme épouse de mon aimable ami, vous en avez d'autres auxquels on peut donner la palme. Les charmes de votre personne et la beauté de votre visage ont un pouvoir plus efficace. C'est cela, Madame, qui vous a fait aimer de moi, et tout ce qui tient à votre nature aura droit à mon affection. George et Virginie, les enfants de votre amour, dont les noms font honneur à mon pays et à moi-même, y ont un double droit et seront l’objet de mes vœux. » (Cf. Jared Sparks, t. IX, p. 58.)

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été le sauveur de la cité, menacée par l’armée anglaise. La Fayette répondit modestement que cet heureux succès avait été dû plutôt à la bravoure des Américains qu’à ses faibles talents (1). Les Irlandais nouvellement arrivés à Baltimore le congratulèrent aussi et la soirée se termina par un bal, qui rappela au marquis celui où il avait jadis obtenu que les dames de la ville fissent des chemises pour ses pauvres soldats.

La Fa}^ette s’arracha aux charmes de cette hospitalière cité et revint à New-York le 1 2 septembre 1784. Il écrivit, le 1 5, au comte de Vergennes, qu'il partait « pour un traité de sauvages (2). » En effet, il se rendit à Albany, où le corps municipal lui offrit un diplôme de citoyen enfermé dans une boîte d’or et donna un grand dîner en son honneur. Le 20 septembre, il s’embarqua sur la rivière d’Hudson, avec le chevalier de Caraman et Barbé de Marbois, pour le fort Schuyler. Une assemblée de sauvages y eut lieu le 26 septembre, dans le but de conclure un traité avec les Américains. La Fayette rappela aux Indiens combien les prédictions qu’il leur avait faites dans sa première réunion avec eux s’étaient réalisées et il les

(1) Cf. Saint-John de Crèvecœur, t. III, p. 327 et 329. — Voici le texte de cette allocution, tel qu’il fut publié par le Courrier de L'Europe, dans son numéro du 9 novembre 1784, p. 302 :

,<1 Messieurs, je me sens infiniment honoré de recevoir ce témoignage flatteur du plaisir que vous cause mon arrivée et j’éprouve la plus vive satisfaction de voir la ville de Baltimore dans un état aussi florissant. C’est à la fermeté et à la bravoure avec lesquelles vous vous êtes conduits contre l’ennemi que vous devez attribuer les heureux succès de vos armes, et non aux faibles talents que je puis avoir en partage. Le bonheur de l’Amérique ne peut m’être indifférent, c’est un devoir sacré pour moi d’y veiller. La déclaration que la France vient de faire de quatre ports francs est une démarche qui, je n’en doute nullement, tournera à l’avantage du commerce de ce pays et resserrera les liens qui doivent à jamais unir les deux nations. Je vous remercie très sincèrement, Messieurs, de vos souhaits obligeants, et goûterai toujours le plaisir le plus vif en apprenant que les citoyens de Baltimore et la nation en général jouissent d’un sort heureux. » (2) Cf. Mémoires de La Fayette.

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