ASSEMBLÉE DE SAUVAGES
engagea à vivre en bonne intelligence avec les vainqueurs. Il terminait ainsi son discours :
Si vous avez ouvert les oreilles et bien entendu mes paroles, je vous en ai dit assez. Répétez- les les uns aux autres, tandis que sur l’autre bord du grand lac je recevrai avec plaisir de vos nouvelles, et jusqu’au moment où nous fumerons ensemble, où nous coucherons encore sous la même écorce, je vous souhaite bonne santé, chasses heureuses, union, abondance, et le succès de tous les rêves qui vous promettent du bonheur.
Le chef des Mokawks, Tocksicanéhiou, répondit à Kayewla (c’était le nom indien du général) :
Oui, mon père, nous voyons que tout ce que tu nous as dit est vrai, que l’alliance entre l’Amérique et la France serait une chaîne indissoluble et que ceux qui en douteraient pourraient passer le grand lac et voir par eux-mêmes. Mon père, les paroles que tu as prononcées aujourd’hui seront publiées parmi les six nations ; elles vont fortifier la chaîne d’amitié que nous désirons voir durer toujours.
Le lendemain 27 septembre, la Sauterelle, orateur des nations amies, présenta à La Fayette le collier que le comte de Montcalm avait remis aux Indiens en signe d’amitié vingt ans auparavant, et le général, en lui rendant ce gage de paix, félicita les sauvages de leur fidélité. Hoktawitchy, chefhuron, et Towanéganda, chef des Sénécas, firent aussi des discours (1). Cette conférence amena la conclusion d’un traité entre les Américains et les Indiens, qui fut signé le 14 octobre et qui déjoua les intrigues anglaises (2).
(1) Cf. Saint-John de Crèvecœur, t. III, p. 534 et 338, et les Mémoires de La Fayette. — Les Indiens donnèrent au chevalier de Caraman le nom de Skana-Houchy.
(2) Le 12 octobre 1784, La Fayette écrivait au comte deVergennes : « Je n’ai pas quitté M. de Marbois; il vous parlera du traité sauvage où
lio LE GÉNÉRAL IA FAYETTE [1784]
La Fayette, satisfait de l’accueil des Indiens et du résultat obtenu, revint à Albany, visita Saratoga, LIartford et Worcester, et s’arrêta à Water-Town, localité située à trois lieues de Boston, et où les habitants de cette cité, venus à sa rencontre, lui offrirent à dîner dans l'auberge de la ville. L’entrée à Boston fut triomphale. La Fayette, accompagné du comte de Granchain, commandant la frégate la Nymphe , du chevalier de Caraman et du major général Henry Ivnox, précédé de fifres, de tambours et du corps de musique, escorté d’une foule immense, arriva à l’auberge de Whigs et, du haut d’un balcon, remercia les citoyens. LTne adresse lui fut présentée par Ivnox, au nom des officiers de la ligne de Massachusetts, et le général se glorifia d’être le fils adoptif et le disciple de Washington (i). Le 19 octobre 1784, la ville de Boston célébra l’anniversaire de la reddition de lord Cornwallis à Yorktown. A cette occasion, le Conseil exécutif et les membres des deux Chambres de l’Etat de Massachusetts firent à La Fayette une réception solennelle. Un repas de cinq cents couverts eut lieu à l’Hôtel de Ville et, à un moment donné, un rideau placé derrière le général tomba et laissa voir le portrait de Washington, couronné de
nous avons été ensemble et où l’on a cru que je pouvais être de quelque utilité. Il est impossible de ne pas jouir de l’attachement que ces nations ont conservé pour nous. Ils aiment nos manufactures et peuvent avec un peu de soin nous offrir une petite branche de commerce. » (Cf. Mémoires de La Fayette.) — Le Courrier de l'Europe, dans son numéro du 8 mars 1785, t. XVII, p. 147, publia l’information suivante, en annonçant le retour de La Fayette en France : « Il a beaucoup contribué à la paix, conclue le 14 octobre dernier au fort Stanwix [Schuyler] entre les nations indiennes de la partie septentrionale et les Etats-Unis de l’Amérique. Le générai Washington, M. de Marbois et le chevalier de Caraman assistèrent aux conférences des commissaires du Congrès avec les chefs des sauvages. Les harangues du marquis de La Fayette furent vivement senties et applaudies et elles eurent le succès désiré. » — C’était exact, sauf la présence de Washington.
(1) Cf. Saint-John de Crèvecœur, t. III, p. 146 à 549.