‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 44 sur 284 · RÉCEPTION DANS LES VILLES DES ÉTATS-UNIS III · texte numérisé non relu

RÉCEPTION DANS LES VILLES DES ÉTATS-UNIS III

lauriers et de fleurs et encadré par les drapeaux de France et d’Amérique. La Fayette ressentit une vive émotion de cette attention délicate; rien ne pouvait lui plaire davantage que d’être ainsi associé à la gloire de son illustre ami. Un bal suivit le banquet ; la ville était illuminée et dans les jardins de Mm0 Flayley, sœur de John Wilkes, un des chefs du parti libéral anglais, on tira un feu d’artifice (1).

Le général s’arracha à ces réjouissances et arriva, le 29 octobre, à Salem, toujours accompagné du comte de Grandchain et du chevalier de Caraman. Les cloches sonnaient à toute volée et le peuple l’acclama. Le corps municipal lui présenta une adresse et La Fayette y répondit avec son affabilité habituelle (2). De Salem, il visita Cape-Anne, Marble-Head, où les veuves étaient nombreuses, car la moitié de la population masculine avait péri pendant la guerre, Beverley, Newbury-Port et Portsmouth. De là, il revint à Boston, visita Providence, Rhode-Island et Newport, qui lui rappelaient tant de souvenirs, repassa par Boston et s’embarqua dans cette ville sur la frégate la Nymphe, qui le conduisit à l’embouchure de la rivière d’York, dans la baie de Chesapeake. Il voulait revoir cette Virginie, où il avait acquis tant de gloire militaire. Les habitants de Williamsburg vinrent le recevoir et le général Nelson lui donna l'hos-

(1) Cf. Saint-John de Crèvecœur, t. III, p. j 5 j , et 1 e Courrier de l'Europe, n° du ji décembre 1784, p. 422.

(2) Le Courrier de L'Europe publia, dans son numéro du ji décembre 1784, p. 422, l'information suivante sous la rubrique de Salem, 2 novembre : « Son arrivée fut annoncée par le son des cloches, et son entrée dans Salem fut précédée et suivie d'une cavalcade des plus nombreuses; la populace, dont toutes les rues étaient remplies, faisait retentir les airs de ses acclamations. Le marquis salua tout le monde avec la plus grande alfabilité. Il se rendit à la salle du concert au milieu de ce cortège et fut reçu par le corps municipal, qui lui présenta une adresse, à laquelle cet officier général répondit de la manière la plus obligeante... »

pitalité (1). Enfin, le 15 novembre 1784, La Fayette entra dans Richmond, où Washington l’attendait (2). Après avoir été congratulés par la Chambre des délégués, les deux amis se rendirent à Mount Vernon pour y goûter quelque repos. Puis ils visitèrent les cités d’Alexandria et d’Annapolis, où on les fêta avec enthousiasme. L’Etat de Maryland donna au marquis des lettres de naturalisation pour lui et ses descendants mâles (3). Enfin, l’heure de la séparation sonna : Washington fit à La Fayette d’affectueux adieux ; il lui donna sa bénédiction paternelle et l’embrassa avec émotion. Il lui remit une lettre destinée à la marquise et où il écrivait :

Le marquis retourne vers vous avec toute la chaleur et l’ardeur d’un amant nouvellement enflammé. Nous vous le rendons en bonne santé, couronné des guirlandes de l’amour et du respect de toutes les parties de l’Union. Puisse ce retour vers vous, sa famille et ses amis, être favorable et aussi heureux que vous pouvez le souhaiter; puissiez-vous vivre long-

(1) Cf. Saint-John de Crèvecœur, t. III, p. à 560.

(2) Cf. Saint-John de Crèvecœur, t. III, p. 564 à 569.

(?) Le Courrier de l'Europe, t. XVII, n° du 20 mai 1785, p. J21, donne le texte de l’acte de naturalisation de La Fayette par les Etats du Maryland :

« L’Assemblée générale de l’Etat du Maryland, jalouse de perpétuer un nom cher à la patrie et de compter au nombre de ses citoyens le marquis de La Fayette, ayant reconnu qu’à l’âge de dix-neuf ans il abandonna sa patrie et vint exposer sa vie pour la défense des libertés de l’Amérique; qu’après avoir été nommé major général de l’armée américaine, il refusa généreusement les émoluments attachés à ce grade; qu’il n'a combattu que pour mériter ce qu’il a obtenu, la réputation d’un zélé patriote et d’un brave soldat; que, nommé au commandement d’une expédition contre le Canada, il s’en acquitta à la satisfaction du Congrès; qu’à la tête d’une armée en Virginie, il sut rendre inutiles les manœuvres d’un général ennemi des plus distingués, et mérita l’admiration des généraux les plus consommés; qu’il s’est attiré l’attention et s’est concilié l'amitié de l’immortel Washington; enfin qu’il a travaillé et réussi dans tout ce qu’il a entrepris pour porter le nom des Etats-Unis de l’Amérique au faîte du temple de la gloire; il a été arrêté par l’Assemblée générale du Maryland que mondit sieur marquis de La Fayette et ses descendants mâles seront à jamais et sont dès ce moment reconnus pour sujets de cet Etat, et jouiront dorénavant des immunités, droits et privilèges de citoyens, en se conformant aux lois et à la constitution dudit Etat. »

Page 1