ASSEMBLÉE PROVINCIALE D'AUVERGNE I^I
l’assemblée provinciale d’Auvergne (i), se prépara à partir (2). Le 3 août 1787, il écrivit à Washington :
L’esprit de liberté gagne beaucoup dans ce pays; les idées libérales se propagent d’un bout du royaume à l’autre. Notre assemblée des notables était une belle chose, excepté pour ceux qui l’avaient imaginée. Vous savez la querelle personnelle que je me suis faite à propos de quelques dons accordés aux favoris, aux dépens du public. Cela m’a attiré un grand nombre de puissants et invétérés ennemis, mais a été très bien reçu de la nation. J’ai. depuis lors présenté quelquesunes de mes idées en termes fort clairs. Je ne puis dire que je sois en faveur à la Cour, si par elle vous entendez le roi, la reine et les frères du roi; mais je suis amicalement avec l’administration actuelle... Cependant, le Parlement, animé par l’exemple des notables, oppose une grande résistance à l’établissement de nouveaux impôts. 11 sera forcé d’enregistrer les édits; mais il est bon qu’il ait demandé une assemblée générale de la nation, et, quoique cela ne doive pas se réaliser tout de suite, je prévois l’événement, lorsque les assemblées, qui s’établissent à présent dans chaque province, auront acquis l’importance convenable et le sentiment de leur force.
La Fayette se rendit à Clermont-Ferrand. L’assemblée provinciale d’Auvergne s’ouvrit, le 14 août 1787, dans la grande salle du collège de cette ville. Dès la première séance, le marquis manifesta son esprit réformateur en faisant insérer dans le procès-verbal une revendication des anciens États provinciaux, qui encourut le blâme
(1) Cf. Proces-verbal des séances de l'assemblée provinciale d'Auvergne, tenue à Clermont-Ferrand dans te mois d'août 1787; Clermont, 1787, in-4 , de 51 pages (Arch. nat., C 12), et F. Mège, L’assemblée provinciale [dé Auvergne], 1787-1789; Paris, 1867, in-8, p. 20.
(2) A l'assemblée des notables, La Fayette avait exposé la triste situation de ses compatriotes d’Auvergne, victimes de l'inégalité de l impôt et de l'inattention du gouvernement et n'ayant d'autre alternative que la mendicité ou l’émigration, et il avait déclaré qu’on 11e pouvait « augmenter leurs charges sans les réduire à toutes les extrémités de la misère et du désespoir. » (Cf. Mémoires de La Fayette, t. II.)
royal (1). Le 18 août, il fut nommé, avec le comte d’Espinchal, pour représenter l’élection de Brioude dans les assemblées d’élection (2). La septième et dernière séance eut lieu le 2 1 août.
La Fayette parcourut alors sa province et fut reçu « avec les plus touchants témoignages d’affection et de confiance par toutesles classes d’habitants (3). » Le ior septembre 1787, une députation des habitants d’Aurillac vint à sa rencontre jusqu’au château de Miramon. Le marquis entra dans la ville par la promenade du cours de Montyon et fut salué d’acclamations réitérées. Il fut conduit à l’hôtel de M. Crozet d’LIauterive, rue de la Bride, où les différents corps de la ville s’empressèrent à le féliciter. « C’était, dit naïvement un chroniqueur, le premier héros que l’on voyait; l’on ne pouvait se lasser de le regarder. » Le soir, il parcourut, en compagnie de la marquise de Fontanges, les rues brillamment illuminées, et il assista à un grand bal donné en son honneur; mais les dames furent mortifiées de le voir causer avec son ami le vicomte de Peyronnenc au lieu de danser. Le dimanche 2, il entendit la messe, assis dans un fauteuil que lui avait préparé le curé de la paroisse, et il soupa chez la marquise de Fontanges. Puis on le reconduisit triomphalement jusqu’à Vie (4).
(1) Un des membres de l’assemblée, le comte d’Espinchal, dit dans un journal inédit, cité par M. Francisque Mège : « Dès la première réunion de notre assemblée provinciale, La Fayette manifesta des principes révolutionnaires. 11 chercha à faire rappeler et revivre de prétendus Etats existant en Auvergne il y a quelques siècles. Sans cesse occupé à flatter le Tiers état, il tâchait d’aigrir les esprits contre le gouvernement, et il faut dire qu’il y avait dans toutes les têtes sans exception de grandes dispositions à cet égard. » — L’économiste Léonce de Lavergne a, dans ses Assemblées provinciales sous Louis XVI , blâmé la revendication de La Fayette.
(2) Cf. Procès-verbal , p. 40.
(5) Cf. lettre de La Fayette à Washington, en date du 9 octobre 1787.
(4) Le récit de cette réception de La Fayette à Aurillac a été publié,