ASSEMBLÉE PROVINCIALE D’AUVERGNE I
que les intérêts des hommes puissants mettront des bâtons dans les roues.
Opérer les réformes sans grande convulsion , tel est le but que se flattait d’atteindre La Fayette avec l’appui des nouveaux ministres. L’archevêque de Toulouse, Loménie de Brienne, est un homme honnête et éclairé, auquel il croit un talent de premier ordre ; le nouveau ministre de la marine, le comte de La Luzerne, est bien disposé pour les intérêts américains; son ami Malesherbes a été rappelé au conseil. « En tout, dit-il, cette nouvelle administration est composée d’hommes honnêtes, et quelques-uns ont un mérite distingué (1). »
La Fayette retourna en Auvergne pour la session d’affaires de l’assemblée provinciale, qui s’ouvrit le 8 novembre 1787. L’augmentation de l’impôt des vingtièmes, proposée par le gouvernement, donna lieu à des discussions ardentes. Le marquis fit partie de la commission nommée, le 22 novembre, pour examiner cette grave qLiestion. Il rédigea la délibération par laquelle l’assemblée protesta énergiquement, le 23, contre le projet ministériel. Les 3 et 6 décembre, le marquis fit deux rapports, au nom du bureau du bien public, pour appeler l’attention de l’assemblée sur les abus les plus criants dans les questions d’agriculture, d’industrie et de commerce (2). Le 4, il fut adjoint à la commission intermédiaire. Leroi ayantmanifesté sa désapprobation de la protestation de l’assemblée, La Fayette fit adopter, dans la séance de clôture, le 11 décembre 1787, une délibération portant que l’assemblée avait appris avec une profonde consternation les marques inattendues du mécontentement du roi et qu’il
(1) Cf. lettre de La Fayette à Washington, en date du 9 octobre 1787.
(2) Cf. Mémoires de La Fayette et F. Mège, L'assemblée provinciale d'Auvergne, p. 82 et suiv.
ne lui resterait, « dans sa vive douleur, aucune consolation, si chacun de ses membres, en adoptant la délibération du 23 mai dernier, n’avait pas uniquement suivi la voix de sa conscience. » En conséquence, elle renouvelait sa première proposition « avec confiance au pied d’un roi chéri », c’est-à-dire qu'elle refusait toute augmentation d’impôt. Cette opposition fortifia les haines de la cour contre celui qui en avait été l’âme.
La Fayette revint à Paris. Le ier janvier 1788, il adressa ses vœux de bonne année à Washington, exprima son admiration pour la nouvelle constitution des États- Unis et supplia le général, au nom de l’Amérique, du genre humain et de sa propre renommée, de ne pas refuser la charge de président. « Vous seul, disait-il, pouvez faire marcher cette machine politique, et je prévois que cette époque fournira un admirable chapitre à votre histoire. » Puis il expliquait son rôle personnel :
Je suis revenu de l’assemblée provinciale d’Auvergne, où j’ai eu le bonheur de plaire au peuple et le malheur de déplaire au gouvernement à un très haut point. Le ministre demandait une augmentation de revenus; notre province est du petit nombre de celles qui n’ont rien donné... Le gouvernement voit décliner le pouvoir de la couronne et cherche à le recouvrer en l’exerçant avec une sévérité dangereuse... Pour moi, je souhaite avec ardeur obtenir un bill des droits et une constitution, et je voudrais que la chose pût s’accomplir, autant que possible, d’une manière calme et satisfaisante pour tous.
Une grande joie le récompensa de son labeur. Le 20 janvier 1788, le Parlement enregistra l’édit donnant un état civil aux sujets non catholiques du roi. La cause des protestants, que La Fayette avait si généreusement embrassée et pour laquelle il avait ouvertement combattu, triom-