IL REPREND DU SERVICE ACTIF
phait enfin. Le marquis l’annonça à Washington, le 4 février 1788 :
L’édit qui donne aux sujets non catholiques du roi un état civil a été enregistré. Vous vous rappelez, mon cher général, ce que je vous ai écrit, il y a trois mois. Vous jugerez aisément combien, dimanche dernier [3 février 1788], j’ai eu de plaisir à présenter à une table ministérielle le premier ecclésiastique protestant qui ait pu paraître à Versailles depuis la révocation de 168).
La Fayette, voyant que les États généraux n'étaient convoqués que pour 1792, résolut, en attendant le moment d’entrer en scène, de reprendre un service actif dans l’armée. Le 18 mars 1788, il écrivit à Washington (1) :
Les troupes ont été divisées en armées et en grandes divisions. Les généraux seront des maréchaux de France. Les grandes divisions seront commandées par des lieutenants généraux. J’ai demandé à être employé dans les provinces méridionales sous mon beau-père, le duc d’Ayen. Je serai son plus ancien major général. Les divisions sont d’environ dix mille hommes. Les commandements des majors généraux s’appellent brigades. On joindra à mes régiments deux corps d’infanterie légère. Nous servirons pendant deux mois.
La demande fut exaucée. La P'ayette obtint, le Ier avril 1788, le commandement d’une brigade d'infanterie dans la division du Languedoc et du Roussillon, sous les ordres de son beau-père (2). Le ministère pensait se débarrasser d’un adversaire dangereux en détournant son activité sur les affaires militaires. Il n’en fut rien. Le maréchal de camp continua à s’occuper de politique; il était à Paris le
(1) Washington écrivit à La Fayette, de Mount Vernon, les 10 janvier et 7 février 1788. Dans la première lettre il l’entretint de la guerre entre les Russes et les Turcs et dans la seconde il exprima sa satisfaction de voir s’évanouir les bruits de guerre entre la France et l'Angleterre. (Cf. Jared Sparks, t. IX, p. 505 et 316.)
(2) Cf. Archives administratives du ministère de la guerre.
25 mai et exposait ses plus intimes pensées dans une lettre à Washington (1) :
Le peuple, mon cher général, a été si engourdi que j’en ai été malade, et les médecins ont été obligés de me rafraîchir le sang. Ce qui a beaucoup augmenté ma colère, c’est un lit de justice (2) où le roi a créé une cour plénière, composée de juges, de pairs et de courtisans, sans un seul représentant réel du pays, et l’impudence des ministres, qui ont osé dire que tous les impôts et emprunts seraient enregistrés. Grâce à Dieu, nous l’avons emporté, et je commence à espérer une constitution... Au milieu de ces troubles et de cette anarchie, les amis de la liberté se fortifient journellement, ferment l’oreille à toute négociation et disent qu’il leur faut une assemblée générale ou rien. Telle est, mon cher général, l’amélioration de notre situation. Pour ma part, je suis satisfait de penser qu’avant peu je serai dans une assemblée de représentants de la nation française, ou à Mount Vernon.
La noblesse de Bretagne protesta contre les édits de Lamoignon et de Loménie de Brienne, notamment celui établissant une cour plénière, et elle transmit sa résolution, signée par trois cents gentilshommes, à La Fayette, qui y donna une adhésion complète. On s’émut à la cour de ce nouvel acte d’opposition. La reine fit témoigner au marquis son étonnement de ce que, sans être Breton, il avait pris part à cette résistance, et celui-ci répondit qu’il était Breton de la même manière que la reine appartenait à la maison d’Autriche (3). Cette attitude lui valut une prompte disgrâce. Le roi lui retira, le 15 juillet 1788, ses
(1) Washington avait écrit à La Fayette, le 28 avril 178?, pour lui exprimer son désir que les affaires de France soient en meilleur état. « Puissent de bons effets, et j’en ai confiance, s’ensuivre sans convulsion. » (Cf. Jared Sparks, t. IX, p. 3 54.)
(2) Le 8 mai 1788.
(3) Cf. Mémoires , t. 11. — La Fayette était d’origine bretonne par sa mère et il possédait, comme on l’a vu plus haut, de grandes propriétés dans cette province.